Saint-Denis : un homme d’affaires et son notaire en garde à vue pour des opérations immobilières aussi juteuses que douteuses

Ce matin, trois personnes ont été placées en garde à vue par les policiers du STPJ dans le cadre d'une enquête portant sur des rachats, à la fois troubles et lucratifs, de biens immobiliers vétustes destinés à des marchands de sommeil. Parmi eux figurent un homme d'affaires à la réputation sulfureuse, son épouse mais aussi leur notaire.
L’enquête du Service Territorial de Police Judiciaire (STPJ) débute il y a plusieurs mois en arrière à la suite d’un signalement concernant des logements insalubres avec des locataires logés dans des conditions particulièrement indécentes, notamment dans le chef-lieu du département.
De fil en aiguille, les policiers se penchent sérieusement sur le cas d’un homme d’affaires à la réputation sulfureuse, qui est au cœur de nombreuses transactions immobilières menées à la fois pour son propre compte mais aussi avec le concours d’autres personnes soucieuses de réaliser de juteuses acquisitions d’appartements, de maisons mais aussi d’immeubles.
Une histoire de marchands de sommeil
Bilal Khatib, également à la tête d’une petite société de location de véhicules peu florissante, agit toujours pour son propre compte, souvent en faisant office d’intermédiaire. Le mode opératoire de cet homme, qui traite la plupart du temps avec de riches hommes d’affaires originaires comme lui de Madagascar, est somme toute assez simple.
Bilal Khatib s’arrange pour être aux premières loges lorsqu'une succession a pour effet de mettre sur le marché des bâtisses en mauvais état. Ainsi, il peut racheter ou faire acheter des biens à vil prix avant qu’ils ne soient à nouveau cédés avec une plus-value à la clé. Des logements qui terminent dans les mains de marchands de sommeil peu scrupuleux, objet initial de l’enquête des policiers.
Des transactions immobilières juteuses et troubles à la fois
A partir de là, les transactions sont réalisées par diverses sociétés lui appartenant mais aussi par des acquéreurs peu regardants quant à l’origine des fonds qui se croisent. Une manière de jongler avec la trésorerie, qui manquerait à l’évidence de transparence avec des bénéfices qui échapperaient aux impôts.
Pour valider ses opérations immobilières, l’homme d’affaires passe nécessairement par un notaire avec qui il a fini par tisser des liens d’affaires d’une certaine façon. C’est là qu’entre en jeu Me Pascal Michel. Depuis ce matin d’ailleurs, Bilal Khatib et le notaire sont en garde à vue aux mains des policiers du STPJ. Lesquels sont assistés d’enquêteurs du Groupe Interministériel de Recherches (GIR), notamment en charge des investigations à caractère patrimonial.
L’étude notariale perquisitionnée
L’homme d’affaires et Me Michel ne sont pas les seuls à avoir été invités à rejoindre les enquêteurs. L'épouse de Bilal Khatib est également entendue à leurs côtés.
Pour Me Pascal Michel, sa convocation à se rendre au commissariat n’est pas une surprise en soi. En février dernier, une perquisition avait été conduite par le même groupe d’enquête à son étude notariale du 13 de la rue de Paris à Saint-Denis. Hors département, il était évidemment absent lors du passage des policiers, assistés comme l’exige la loi d’un magistrat du parquet.
Abus de biens sociaux et blanchiment
Me Pascal Michel a évidemment été mis au parfum avant son retour de Turquie de la saisie d’une douzaine de ses dossiers dont le point commun était qu’ils concernaient Bilal Khatib, son client depuis près d’une vingtaine d’années.
Les enquêteurs ont tout pris concernant les différentes transactions-acquisitions réalisées pour le compte de l’homme d’affaires et opérées exclusivement à l’étude par Me Pascal Michel. Ils ont ainsi collecté les actes notariés mais aussi les documents comptables faisant référence aux versements liés aux différentes transactions immobilières.
Il semble que les policiers s’intéressent à des abus de biens sociaux présumés mais aussi à ce qui s’apparente à des opérations de blanchiment. Il ressort à cet effet que le discret Bilal Khatib serait en indélicatesse avec le fisc pour des montants assez vertigineux.
L’enquête porte sur plusieurs millions d’euros
Les sommes brassées par l’homme d’affaires ne trouveraient pas forcément d’écho sur ses feuilles d’imposition ou sur les déclarations faites par ses sociétés. Concernant le notaire, les enquêteurs cherchent à vérifier s'il aurait commis quelques négligences ou s'il est davantage impliqué dans les affaires de son client. Selon nos informations, les opérations immobilières troubles, sur lesquelles ils planchent, porteraient sur plusieurs millions d’euros.
Les enquêteurs pourraient enfin s'intéresser à une transaction récente dans laquelle apparaît le nom d’un hôtelier dionysien mais peut-être aussi celui d'un acteur du monde économique bien connu dans l'île.


