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Aux assises, premier jour du procès sanglant de Mare à Citrons

Ecrit par Lucas Candessoussens – le mardi 21 avril 2026 à 08H00

Ce lundi 20 avril s’est ouvert aux Assises le premier jour du procès de Billy Sinamoutou, accusé d’avoir tué Alain Laravine le 9 octobre 2023 à Mare à Citrons, dans la commune de Salazie.

Chemise noire au col serré, coupe de cheveux militaire et lunettes carrées sur le nez, la carrure imposante de Billy Sinamoutou détonnait dans le box des accusés. Pendant trois jours, les jurés devaient examiner sa culpabilité dans le meurtre d’Alain Laravine, survenu en octobre 2023.

L’intéressé n’a jamais nié les faits. Dès son interpellation, une dizaine de jours après le crime, le jeune Salazien avait reconnu l’assassinat. Après le meurtre, il avait tenté d’immoler le cadavre et avait volé la voiture de fonction de la victime.

En toile de fond de ce dossier : une hypothétique relation homosexuelle entre l’accusé et la victime, que le premier niait farouchement.

De multiples avances et attouchements

Les deux protagonistes se connaissaient. Alain Laravine, âgé d’une cinquantaine d’années, fréquentait depuis longtemps la chorale d’Hell-Bourg, à Salazie, avec le jeune Billy Sinamoutou. C’est à cette période-là, selon l’accusé, que les premières avances auraient été faites, et qu’il lui aurait opposé une fin de non-recevoir.

À l’audience, plusieurs témoins ont indiqué qu’Alain Laravine assumait publiquement son homosexualité dans son entourage. Des éléments relevant de sa vie privée ont également été évoqués au cours des débats.

Au fil des témoignages, certaines rumeurs circulant localement ont été évoquées devant la cour au sujet d’Alain Laravine. Des propos non étayés judiciairement et immédiatement replacés dans leur strict cadre testimonial. Entendu à l’audience, l’accusé a affirmé s’être confié à sa mère à l’époque en évoquant des gestes déplacés de la part d’Alain Laravine, sans aller plus loin dans ses accusations.

De l’autre côté, Billy Sinamoutou était issu d’une famille bien ancrée à Salazie. Au moment des faits, le jeune homme avait une petite amie au Le Chaudron. Sans emploi, il avait plus tard postulé à la Mission Locale de Saint-André… où Alain Laravine était en poste.

Selon les déclarations de Billy Sinamoutou rappelées à l’audience, Alain Laravine aurait repris contact avec lui à cette période et lui aurait adressé de nouvelles avances.

Une préméditation assumée

Lors d’une discussion avec son père, Billy Sinamoutou avait appris que ce dernier avait subi des violences sexuelles dans son enfance. Plus tard, en garde à vue, il dira aux enquêteurs que cela avait été le déclencheur de son passage à l’acte.

Il avait expliqué qu’à la fin septembre 2023, il s’était volontairement rapproché de sa future victime en échangeant avec elle sur Messenger. Un premier rendez-vous entre les deux hommes était intervenu le 22 du mois. Deux jours avant les faits, ils devaient se revoir, mais Billy Sinamoutou avait annulé au dernier moment. Finalement, le 9 octobre, l’accusé s’était retrouvé chez Alain Laravine. Dans son sac, les enquêteurs retrouveront des gants, une corde et un couteau.

La nuit de l’assassinat

Pensant que le jeune homme avait cédé à ses avances, Alain Laravine s’était préparé : douche prise et peignoir enfilé, il l’attendait nu sur le canapé-lit. Lentement, Billy Sinamoutou avait terminé sa cigarette et son café avant de se saisir d’un couteau.

Il avait porté un premier coup lorsque la victime s’était rendu compte de l’agression. Très vite, le plus jeune avait pris l’avantage et lui avait asséné un coup de couteau sous l’oreille gauche. Invitée à la barre, la médecin légiste a décrit une mort par hémorragie interne.

La victime avait abondamment saigné, la mort survenant en quelques minutes. Après cela, Billy Sinamoutou s’était rendu à Hell-Bourg chez son père, avait pris de l’essence dans sa remise, puis était retourné chez son hôte pour terminer le travail.

Il avait aspergé le corps d’essence avant d’y mettre le feu. Par la suite, le jeune homme avait subtilisé ses papiers, ses clés et sa carte bleue, avant de prendre la fuite vers Saint-Denis avec la voiture de fonction d’Alain Laravine.

Enquête expéditive

Le lendemain, ne voyant pas Alain Laravine se rendre au travail, sa cheffe de service s’était rendue chez lui à Mare à Citrons, inquiète. Elle avait découvert la scène de crime. Comme l’ont montré les photos diffusées à l’audience, le corps de la victime apparaissait partiellement carbonisé sur le canapé-lit.

Les gendarmes, rapidement sur place, avaient vite compris qu’il ne s’agissait pas d’un incendie mortel accidentel : la forte odeur d’essence et la plaie visible sur le cadavre orientaient déjà les soupçons.

La section de recherches de Saint-Denis avait été saisie. Peu à peu, les enquêteurs étaient remontés jusqu’à Billy Sinamoutou, notamment grâce à la vidéosurveillance d’une station-service. Plusieurs signes distinctifs avaient permis de relier l’auteur présumé au jeune homme : tatouages, bijoux, paire de chaussures…

Sa présence au domicile de la victime avait été corroborée par le bornage téléphonique. Le 20 octobre, onze jours après l’assassinat d’Alain Laravine, Billy Sinamoutou avait été interpellé.

"Débarrasser le monde d’un grand dégueulasse"

Ce qui avait frappé les gendarmes lors de la garde à vue de Billy Sinamoutou, c’était son calme. Le jeune homme n’avait opposé aucune résistance et avait avoué froidement les faits. Comme à la barre, où il a expliqué méthodiquement à la cour et à la médecin légiste comment il avait enfoncé son couteau dans le crâne d’Alain Laravine.

Lorsqu’on tente d’aller plus loin, aucun mobile clair ne ressort réellement. Lors de sa garde à vue, rappelée à l’audience par l’enquêteur principal, Billy Sinamoutou avait expliqué en avoir eu assez des avances répétées d’Alain Laravine. Il avait alors déclaré avoir "débarrassé le monde d’un grand dégueulasse".

Cette piste a toutefois été explorée. Interrogé sur ce point, l’enquêteur en charge du dossier a indiqué que les vérifications réalisées n’avaient mis au jour aucune plainte visant Alain Laravine pour des faits de nature sexuelle. L’exploitation du téléphone de la victime n’a révélé aucun contenu pénalement répréhensible. Les investigations ont également fait apparaître un témoignage anonyme évoquant d’anciens faits supposés, a indiqué l’enquêteur devant la cour.

Un signalement resté sans suite judiciaire, la personne concernée ayant refusé de déposer plainte, ce qui n’a pas permis d’en vérifier la portée.

De nombreuses zones d’ombre

Après la médecin légiste et l’enquêteur principal, la cour a entendu de nombreux témoins, proches de l’accusé. Tous se rejoignaient sur un point : Billy Sinamoutou n’aurait jamais semblé capable d’un tel crime, au regard de sa gentillesse apparente.

Reste la question du mobile. S’agissait-il, comme il l’assure, d’une affaire d’attouchements ? Les gendarmes ont relevé que, le 22 septembre, les deux hommes avaient passé la nuit ensemble.

Qui plus est, sur le téléphone de l’accusé, les enquêteurs ont retrouvé des vidéos de romance homosexuelle et d’autres de mises à mort violentes. Le deuxième jour d’audience devait désormais éclairer la cour sur la personnalité de Billy Sinamoutou.

Etiquettes : Assises | Salazie

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