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Qui est Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis, sous le feu des critiques et des remarques racistes ?

Ecrit par Lény-Huayna Tible – le jeudi 2 avril 2026 à 15H51
Capture d'écran X.

Élu à Saint-Denis (Ile-de-France), le maire LFI Bally Bagayoko cristallise attaques politiques, polémiques médiatiques et propos racistes. Cible de la chaine CNews et de la sortie controversée de Mémona Hintermann-Affejee, portrait d’un édile déjà sous pression.

À peine installé dans son fauteuil de maire, Bally Bagayoko est déjà au cœur d’une séquence politique et médiatique d’une rare intensité. Intensité, c'est bien le mot.

À Saint-Denis (en Ile-de-France), l’élu de La France insoumise ne découvre pas seulement les rouages du pouvoir local. Il affronte, en accéléré, la brutalité d’un débat public où se mêlent attaques idéologiques et dérapages racistes.

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Issu d’un parcours militant, Bagayoko incarne une génération politique qui assume frontalement ses engagements. Son élection, déjà scrutée comme un symbole, a rapidement dépassé le cadre municipal.

En quelques jours, son nom s’est imposé dans le débat national.

Il y a d'abord eu tout une spéculation et un certain fantasme autour de sa personne, son parcours, lui issu de l'immigration (parents Maliens). Car le maire né en 1973 dans les Hauts-de-Seine casse les codes de la politique actuelle, jusqu'à irriter la partie la plus à droite de l'échiquier politique.

Diplômé de l’université Paris-VIII en géopolitique, il y obtient également une maîtrise sciences et techniques consacrée à la "connaissance des banlieues". Installé de longue date dans la commune, il y mène une vie familiale discrète, entouré de son épouse et de leurs quatre enfants.

Militant, engagement associatif

Avant d’entrer en politique, cet ancien cadre de la RATP s’est d’abord fait un nom dans le tissu associatif local. Passionné de basket, il entraîne pendant des années une équipe dionysienne qu’il hisse jusqu’à un niveau semi-professionnel. Chez Bally Bagayoko, l’histoire personnelle n’est jamais loin de la trajectoire politique.

Avant la mairie, il y a eu le militantisme, l’engagement à SOS Racisme, les années d’apprentissage dans les réseaux associatifs et syndicaux. Une ascension patiente, presque organique, qui s’inscrit dans un récit politique classique à gauche mais qui, dans son cas, prend une résonance particulière tant il incarne la ville qu’il dirige aujourd’hui.

C’est cet engagement de terrain, au plus près des habitants, qui attire l’attention des responsables politiques locaux et finit par ouvrir la voie à son entrée en politique, sous l’impulsion du maire communiste de l’époque.

Ce récit, pourtant, se heurte immédiatement à une mécanique de disqualification. Dès le soir de son élection, le dimanche 15 mars, une séquence télévisée tronquée circule en ligne. On lui prête une phrase qu’il n’a pas dite, "la ville des Noirs", alors qu’il citait en réalité une formule poétique sur "la ville des rois et du peuple vivant".

"C’est une fake news, une déformation de mes propos", dénonce-t-il, évoquant aussi "un propos raciste en plus". L’emballement est rapide, amplifié par des figures de l’extrême droite et repris sur plusieurs plateaux. Une polémique construite de toutes pièces, mais suffisamment virale pour installer un soupçon durable.

Dérives des chaines TV ?

Sans compter que les images de sa victoire, le maire étant entouré de militants de différentes cultures, ont largement été reprises, interprétées, voire dénaturées, par les médias les plus conservateurs.

Bagayoko est ensuite propulsé par une prise de position tranchée, notamment sur le désarmement de la police municipale qu'il souhaiterait appliquer à sa ville. Des propos pour lesquels l'édile a en partie été invité sur de nombreux plateaux de télévision, dont la chaine orientée CNews.

"Sommes-nous obligés d’avoir une offre médiatique avec des chaînes racistes", a d'ailleurs réagi l'édile sur ses réseaux, appelant explicitement à la fermeture de la chaîne, après avoir subi - en direct sur le plateau - des propos racistes par les chroniqueurs.

Une déclaration qui fait immédiatement basculer le maire dans une tempête médiatique. À droite, on dénonce une atteinte à la liberté d’expression. À gauche, certains saluent un discours courageux face à ce qu’ils perçoivent comme une banalisation des propos discriminatoires.

Lire aussi : Après la polémique sur Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis, le dérapage de la Réunionnaise Mémona Hintermann-Afféjee sur CNews

Dans l’entourage du maire, on parle d’une "cabale" qui dépasse sa seule personne. Pour ses soutiens, ces attaques "visent à décrédibiliser" à la fois son élection et, au-delà, La France insoumise elle-même.

Le phénomène n’est pas isolé. D’autres intox circulent, du faux bras d’honneur à des accusations infondées sur son indemnité. Une stratégie d’usure médiatique, où l’image précède le réel, et où chaque séquence devient un terrain de lutte.

Ambitions présidentielles ?

"Cette victoire montre l’impact du travail de terrain de Bally", souligne la députée européenne LFI Manon Aubry auprès du Parisien, rappelant qu’il "a été de toutes les batailles sociales, depuis des années". Présente à ses côtés durant la campagne, l’eurodéputée insiste sur la constance d’un engagement forgé loin des projecteurs, au fil des mobilisations locales.

À ses côtés sur la liste, Sofia Boutrih décrit, elle, un élu "très accessible" et "très à l’écoute". Pour cette colistière communiste, le mandat qui s’ouvre pourrait "casser les caricatures" qui collent encore aux responsables politiques issus des quartiers populaires, en donnant à voir une autre pratique du pouvoir, plus ancrée, plus directe.

Lui-même inscrit déjà sa victoire dans une perspective plus large. Au micro de TF1, Bally Bagayoko y voit une étape "pour faire renaître cette gauche de rupture", avec en ligne de mire l’élection présidentielle de 2027, comme un prolongement naturel du scrutin municipal.

Dans cette bataille narrative, Bagayoko apparaît moins comme un simple maire que comme un symbole disputé, pris dans un conflit politique, social et racial qui le dépasse largement.

Mais la polémique prend une autre tournure lorsqu’elle s’accompagne d’attaques visant directement l’homme. Sur les réseaux sociaux comme sur certains plateaux, les critiques politiques glissent vers des remarques à caractère racial. Une dérive que ses soutiens dénoncent comme "révélatrice d’un malaise plus profond dans le débat public français".

C’est dans ce contexte déjà électrique qu’intervient la Réunionnaise Mémona Hintermann-Affejee. Invitée sur CNews ce mardi 31 mars, la journaliste réunionnaise provoque un tollé après des propos jugés stigmatisants.

Lire aussi : Polémique après les propos de Mémona Hintermann-Afféjee sur CNews : le député Philippe Naillet demande que le lycée change de nom

La séquence, largement relayée, accentue encore la tension autour du maire. Elle illustre surtout la manière dont la controverse dépasse désormais les frontières locales pour s’inscrire dans une bataille culturelle et médiatique plus large.

Bagayoko, lui, maintient sa ligne. Refus de reculer, refus d’édulcorer. Dans ses prises de parole, il insiste sur la "responsabilité des médias" et sur la nécessité de lutter contre les discours qu’il estime "dangereux". Une posture qui séduit une partie de (son) l’électorat mais qui, en retour, le place durablement dans le viseur de ses opposants.

Sans compter, que le maire de Saint-Denis vient de prendre un nouvel arrêté anti-expulsions, déjà voué aux polémiques de tous bords.

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