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"Madame la procureure a demandé 6 ans ferme, je trouve ça inhumain" : revivez le live de cette dernière journée du procès David Vital

Ecrit par E.L. et L.C. sur place – le mercredi 11 février 2026 à 09H32
Au cours d'un long procès, 6 ans de prison ont été requis par le parquet contre David Vital, 3 ans dont deux avec sursis contre François Caillé.

Le procès de David Vital entre dans sa dernière journée d’audience ce mercredi au tribunal judiciaire de Saint-Denis. La matinée doit être consacrée à l’examen des personnalités des prévenus, avant des réquisitions attendues ce jour.

Hier, les débats ont été particulièrement denses. Plusieurs protagonistes ont été entendus sur les volets des fausses factures, des flux financiers en espèces et des marchés publics, notamment à la ville de Saint-Paul.

Lire aussi : Direct – Procès David Vital : à la barre, François Caillé reconnaît un "système" de fausses factures

À la barre, François Caillé a reconnu être entré dans un « système » de fausses factures destiné, selon lui, à rémunérer des prestations d’intermédiation en matière de marchés publics. Il a évoqué un « new deal » avec David Vital, admettant une « erreur », tout en affirmant que son ex-directrice générale, Nelly Daroueche, n’avait pas connaissance du caractère frauduleux des opérations.

De son côté, Nelly Daroueche a reconnu avoir exécuté des paiements qu’elle savait irréguliers, tout en assurant avoir agi sur instructions et par loyauté envers sa hiérarchie. Elle a maintenu ne pas avoir été informée des détails liés aux marchés publics.

Un agent municipal de Saint-Paul, Divene Nany, a, lui, admis avoir transmis des informations confidentielles en amont d’appels d’offres et avoir perçu ou été sollicité pour des contreparties, notamment en espèces et sous forme de voyage. La lecture des auditions a également fait état de versements en liquide et d’un système de chèques sans ordre.

Au fil des audiences, la question d’un pacte autour de l’attribution de marchés publics a occupé une place centrale, chacun tentant de préciser son rôle et ses responsabilités.

Lire aussi : Procès David Vital : "Il n’y a ni corrompu ni corrupteur dans ce dossier", se défend François Caillé

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Merci d'avoir suivi cette troisième et dernière journée d'audience avec nous, ce live est désormais terminé.

19h30 - Fin des plaidoiries, délibéré rendu le 10 avril

Cette troisième et dernière journée d'audience touche à sa fin. Le jugement est mis en délibéré au 10 avril prochain (à 8 heures). Si David Vital était condamné à une peine de prison ferme avec exécution provisoire et assortie d’un mandat de dépôt différé, cela signifierait que la peine devrait exécutée quand bien même il ferait appel de sa condamnation mais aussi qu’elle serait appliquée à l’issue de sa convocation devant le procureur qui décidera de son incarcération dans un délai inférieur à quatre mois.

Interrogé en dernier, David Vital a lu une courte lettre à la barre, dans laquelle il dit regretter que sa "demande de renvoi ait été qualifiée de dilatoire, car elle reposait sur son seul choix d'être assisté de Me Franck Berton". Le principal prévenu dans cette affaire dit aussi que "les conditions d'un procès équitable n'ont pas été réunies et qu'il y a d'autres affaires de nature comparable qui ont fait l'objet d'un renvoi". "Mme la procureure a demandé 6 ans ferme, je trouve ça inhumain, d'autant que ça s'est fait sans la présence de mon avocat", conclut-il.

18h45 - David Vital "appelait François Caillé son petit lapin blanc"

Dernier avocat à prendre la parole, Me Cyril Tragin, conseil de Nelly Darouèche, déplore que l’enquête n’a été interprétée qu’à sens unique sous le seul prisme d’un commandant de police. Il regrette aussi qu’il n’y ait pas eu ouverture d’une information judiciaire ou encore qu’on lui ait "reproché de s’accrocher à sa fonction de juge consulaire comme une moule à son rocher… ".

"On lui demande 50.000 euros d’amende alors qu’elle n’a pas perçu un centime dans cette affaire", reproche-t-il a l’accusation.
Ce dernier estime que c’est une énigme de l’avoir renvoyé devant la juridiction sous des qualifications aussi "honteuses". La robe noire ne comprend pas pourquoi elle se trouve aux côtés d’un homme aussi "toxique" que David Vital. Et rappelle qu’elle n’a joué qu’un rôle de "passe-plat" dans cette affaire comme elle l’a elle-même décrit au cours des débats.

"De façon constante, elle a déclaré être restée à distance de David Vital, appuie l'avocat. La corruption n’existe que dans la capacité d’interprétation du commandant de police." Avant d'ajouter : "Mme ignore tout des directives qui lui sont données par François Caillé, qui est seul à solliciter les services de Monsieur Vital." Me Tragin rappelle à ce propos que David Vital "appelait François Caillé son petit lapin blanc".

Il soutient que Nelly Daroueche a été "mise sous pression" par les services de police pour qu’elle avoue la corruption. Il en est d’autant plus choqué que sa cliente a livré des informations que les policiers n’avaient eux-mêmes pas découvert.

Me Tragin plaide finalement la relaxe complète de sa cliente.

18h - la défense de Divene Nany conteste toute corruption

La parole est donnée à Me Omarjee pour la défense de Divene Nany.

L’avocat affirme d’emblée : « Je ne défends ni un obligé de David Vital ni une victime de David Vital. » Il replace la relation entre les deux hommes dans son contexte, rappelant qu’en 2018, David Vital était collaborateur de Didier Robert, ce qui, selon lui, explique la rencontre avec un agent municipal.

Il évoque le dernier message échangé entre les deux hommes en 2024, dans lequel Divene Nany réclame le remboursement d’une somme prêtée à David Vital. « Dans ce dossier, une réalité factuelle s’impose : Divene Nany est créancier d’une dette envers celui qu’on soupçonne de l’avoir corrompu. C’est une première ! » plaide-t-il, estimant que la prévention constitue « une insulte à l’intelligence » de son client.

Sur le volet corruption, l’avocat souligne que son client n’est pas poursuivi pour la ristourne de 1.500 euros ni pour les SMS envoyés. Il cite un message dans lequel Divene Nany écrit avoir agi « sans rien demander en retour ». Les bouteilles de champagne et les lunettes de marque ne constitueraient pas, selon lui, des éléments déterminants.

Concernant le voyage à Maurice, il rappelle que son client a expliqué qu’on lui avait proposé une prise en charge du billet d’avion grâce à des connexions, et qu’un remboursement de 3.750 euros aurait été effectué. Aucun élément ne viendrait, selon lui, caractériser la corruption.

Il conteste également toute promesse d’embauche dans le Groupe Caillé. Divene Nany affirme ne jamais en avoir bénéficié. François Caillé soutient la même version. Des messages de David Vital viendraient, selon la défense, démontrer qu’aucune promesse ferme n’était établie.

« Aucun élément objectif et matériel ne permet de considérer qu’il y a corruption », soutient Me Omarjee. Il cite un message de David Vital indiquant que la dette envers Divene Nany était personnelle et non liée à un marché public.

Sur l’association de malfaiteurs, il rappelle que la prévention vise uniquement David Vital. La transmission de documents ne saurait, selon lui, caractériser une telle infraction. Aucun agent de la mairie de Saint-Paul n’aurait fourni d’informations confidentielles.

Concernant le blanchiment, il relève que les dépôts en espèces reprochés couvrent la période 2018-2020, alors que la prévention vise 2021-2024. Prêter de l’argent à un particulier ne constituerait pas en soi une infraction pénale.

Pour la défense, aucun élément ne vient étayer les qualifications de blanchiment ou d’association de malfaiteurs, qui ne serviraient qu’à « colorer le dossier ».

Enfin, l’avocat relève l’absence d’intervention informatique de Divene Nany sur le marché de 2020 et s’interroge sur le caractère réellement confidentiel des informations évoquées.

Il demande la relaxe pour les faits de corruption et sollicite la levée de l’interdiction d’exercer dans la fonction publique.

17 h - Me Djalil Gangate démonte point par point les infractions visant François Caillé

L’audience reprend avec la plaidoirie du bâtonnier Djalil Gangate, qui défend François Caillé.

D’emblée, l’avocat replace l’utilisation d’espèces dans le contexte des événements liés aux Gilets jaunes. Il lit un article du Monde décrivant la gravité de la crise sociale — insurrection, pillages, violences — afin de justifier le recours à des « grands frères » pour protéger les points de vente du groupe. Selon lui, David Vital aurait simplement facilité ces démarches.

Le bâtonnier entame ensuite un examen méthodique des infractions reprochées.

Sur les prestations prétendument fictives, il conteste formellement l’analyse du parquet. Deux contrats d’apporteur d’affaires figurent au dossier, rappelle-t-il. Il soutient que David Vital rendait compte chaque mois oralement à François Caillé pour les activités automobile et grande distribution. « Il fait une prestation concrète », affirme-t-il. « Ce n’est pas un habillage de quelque chose de frauduleux. »

Concernant la fausse facture de la société V’Elect en 2023, l’avocat explique que François Caillé souhaitait solder la relation avec Prométhée pour « arrêter les frais ».

Sur le volet corruption impliquant Divene Nany, il exclut toute remise d’argent directe ou indirecte de la part de son client. Selon lui, les marchés auraient été remportés légalement, sur la base de conseils avisés mais gratuits. Il estime par ailleurs peu crédible que Divene Nany ait risqué son emploi pour un avantage limité sur un contrat de location automobile.

S’agissant des abus de biens sociaux et des recels d’abus de biens sociaux, il critique le manque de précision de la prévention et soutient que François Caillé ignorait les détails des opérations suivies par ses directeurs.

Sur le délit de corruption, l’avocat débute en saluant la qualité architecturale de l’enquête policière, tout en contestant l’interprétation de certains échanges. Il évoque notamment les mentions de « bouteilles » dans des messages, estimant qu’elles concernaient non des marchés automobiles mais d’autres opérations, notamment immobilières.

Il cite un message attribué à David Vital : « Je vais parcourir toute La Réunion pour tuer le macro d’antillais », qu’il relie à des négociations foncières et non à des marchés publics.

Selon la défense, les policiers se seraient trompés dans l’analyse de certains messages, interprétés à tort comme des sollicitations liées aux appels d’offres de Saint-Paul.

L’avocat ne conteste toutefois pas que le groupe Caillé ait pu bénéficier d’informations privilégiées, mais il minimise la portée des marchés de 2020 et 2021, estimant qu’ils ne démontrent pas l’existence d’une infraction. Pour 2022, il reprend la thèse selon laquelle les échanges litigieux concernaient l’acquisition de terrains dans l’Est de l’île.

Selon lui, l’ensemble de ces éléments « n’a rien à voir avec la corruption », d’autant que Divene Nany est aujourd’hui en disponibilité de la mairie de Saint-Paul.

Le bâtonnier Gangate achève sa démonstration en évoquant un « télescopage » entre différents dossiers sans lien direct avec les marchés remportés par le groupe Caillé.

Reste la question des avantages évoqués au dossier. Concernant le voyage à Maurice, l’avocat soutient qu’il s’agissait d’un bon prix obtenu grâce à David Vital, qui aurait avancé les frais avant remboursement par Divene Nany. Sur la promesse d’embauche, il n’y voit qu’une opportunité non concrétisée, précisant que rien n’était calé, promis ou dû, l’intéressé ayant finalement reçu un « carton rouge » de la part de la direction des ressources humaines.

Et de conclure : « Je vous demande de relaxer François Caillé du chef de corruption. »

Le bâtonnier Gangate précise enfin que, selon lui, la seule infraction éventuellement constituée serait d’avoir accepté un système de fausses factures, relevant du faux et usage de faux, et, à la rigueur, d’un possible favoritisme. « Mais c’est tout », résume-t-il, estimant que les autres qualifications, notamment la corruption, ne sont pas caractérisées.

Les plaidoiries de la défense se poursuivent.

15h40 - Me Jean-Lou Salha plaide la relaxe de Joseph Bréma

La parole est donnée à Jean-Lou Salha, avocat de Joseph Bréma, ancien président du directoire d’Air Austral.

L’avocat indique avoir relevé une volonté de requalification des faits et annonce plaider la relaxe pour les poursuites d’abus de biens sociaux.

Il conteste l’analyse du parquet selon laquelle Joseph Bréma aurait été dirigeant de fait de la filiale Mascareignes Développement (MADEV). Selon lui, aucun élément ne démontre qu’il était à la tête de cette société. MADEV n’aurait jamais été représentée par un dirigeant d’Air Austral.

Après validation de la facture et du bon à payer, la direction de MADEV aurait seule eu compétence pour procéder au règlement. Me Salha insiste : Joseph Bréma ne disposait pas des pleins pouvoirs en tant que président du directoire et n’aurait contacté personne pour faire payer la facture litigieuse.

Il s’appuie notamment sur la déposition d’un salarié de MADEV affirmant que Joseph Bréma n’exerçait aucune fonction opérationnelle au sein de la filiale.

S’agissant de l’intérêt personnel, la défense souligne que la facture aurait servi à rémunérer David Vital, sans que cela ne procure un quelconque bénéfice à Joseph Bréma. « Vous n’avez pas d’éléments clairs sur l’intérêt de Joseph Bréma à régler cette fausse facture », plaide-t-il.

Sur la base de ces éléments, Me Jean-Lou Salha sollicite la relaxe.

15h23 - la défense de la SCI Clavit plaide la relaxe

La parole est donnée au bâtonnier Laurent Payen, qui intervient pour la SCI Clavit et son président, Joseph Vital, père de David Vital.

D’emblée, Me Payen annonce qu’il plaidera la relaxe.

En préliminaire, il conteste la présence de la société Prométhée sur le banc des parties civiles. Selon lui, cette position viserait avant tout à permettre à l’État de confisquer l’appartement appartenant à la SCI familiale Clavit.

L’avocat indique ne pas comprendre précisément ce que le parquet reproche à son client et à la SCI. Il soutient que le recel d’abus de biens sociaux ne saurait concerner les fonds injectés par Prométhée, dès lors qu’il existait, selon lui, une relation contractuelle via un contrat de bail et des conventions d’associés.

À défaut, s’agirait-il d’un recel d’abus de biens sociaux par blanchiment ? Me Payen estime que les qualifications demeurent floues et que l’on ne sait pas précisément ce qui est reproché.

Il affirme que Joseph Vital n’avait pas conscience des malversations de son fils. Le simple fait que père et fils vivent à moins de 200 mètres l’un de l’autre ne saurait, selon lui, suffire à établir cette connaissance, d’autant qu’aucun témoignage ne l’étayerait.

L’avocat soutient également que son client ignorait l’origine et la provenance des chèques déposés sur le compte de la SCI. Il ne pouvait, selon lui, blanchir des fonds dont il ignorait la nature.

Enfin, il déplore la volonté de confiscation de l’appartement T7 de 300 m² occupé par David Vital, estimant que l’on cherche à saisir le bien de « petites gens ». Il considère que le produit supposé de l’infraction n’est pas proportionné à la valeur du bien, qu’il évalue à 267 000 euros sur la période de prévention.

Les plaidoiries de la défense se poursuivent.

14h10 - Me Julien Laurent, avocat du fils de David Vital, plaide la relaxe

L’audience reprend avec la plaidoirie de Me Julien Laurent, avocat d’Allan Chan Kane, fils de David Vital.

L’avocat rappelle qu’avant d’être président de la société Prométhée, Allan est d’abord le fils de David Vital. Selon lui, son père l’aurait placé à la tête de la société en 2021 pour échapper à certaines contraintes fiscales.

À 21 ans, fraîchement sorti du baccalauréat, Allan aurait été incapable d’expliquer l’objet social de Prométhée ou la nature exacte des activités de son père. « Ce n’était pas du travail, ce n’était pas une rémunération », plaide l’avocat à propos des sommes perçues.

Il souligne que l’ensemble des personnes entendues en CRPC ont présenté Prométhée comme étant l’affaire de David Vital, et non celle d’Allan. Il cite même une déclaration de David Vital lui-même qualifiant son fils de « gérant de paille ».

Me Laurent énumère plusieurs témoignages allant dans ce sens. Il met en avant des éléments matériels : la carte bancaire au nom de David Vital, des factures présentant la même écriture et la même signature – celle de David Vital –, des contrats de prestations signés par lui, y compris avec des stations-service, alors même que la société concernée était Prométhée. Dans certains cas, seule la signature d’Allan apparaît, jamais les deux conjointement.

Selon la défense, Allan signait parfois des documents à la demande de son père sans en connaître le contenu exact.

Sur le volet d’abus de biens sociaux, l’avocat insiste sur l’élément intentionnel. La mauvaise foi doit être démontrée. « On ne peut pas simplement condamner parce qu’il est gérant de droit », soutient-il. Pour lui, Allan pensait qu’il s’agissait de l’argent de son père et non de celui de la société. Il invoque une méconnaissance réelle.

Concernant la complicité de fraude fiscale, il estime qu’aucun élément intentionnel ne permet d’établir qu’Allan a sciemment permis à son père d’utiliser le chéquier ou la carte bancaire.

« Êtes-vous en mesure d’affirmer qu’Allan a agi avec mauvaise foi ? Pour moi, la réponse est non », plaide-t-il.

Il soutient que l’absence de déclarations fiscales s’expliquerait par une incapacité et non par une volonté frauduleuse.

En conclusion, Me Julien Laurent sollicite la relaxe de son client, estimant que le défaut d’élément intentionnel empêche de caractériser les infractions.

12 h 46 L'audience est suspendue.

12h32 - 6 ans de prison requis contre David Vital, 3 ans dont deux avec sursis contre François Caillé

La procureure a longuement insisté sur l’influence exercée par David Vital au sein de la société réunionnaise, estimant qu’il "participe à la gravité d’un territoire qui pourrit La Réunion" et dénonçant une "atteinte à l’État de droit".

À l’issue de ses réquisitions, elle a demandé à son encontre six ans d’emprisonnement, avec mandat de dépôt à effet différé et exécution provisoire, 375 000 euros d’amende ainsi qu’une interdiction de gérer et d’exercer toute activité commerciale pendant quinze ans.

Des peines ont également été requises contre François Caillé, à savoir trois ans d’emprisonnement dont deux avec sursis (peine aménageable), 200 000 euros d’amende et une interdiction de gérer pendant cinq ans ; contre Nelly Daroueche, avec dix-huit mois de prison avec sursis, 50 000 euros d’amende et cinq ans d’interdiction de gérer ; et enfin contre Divene Nany, pour lequel deux ans d’emprisonnement avec sursis, une amende de 100 000 euros et une interdiction d’exercer dans la fonction publique ont été requis.

12h20 - le parquet durcit le ton

Poursuivant ses réquisitions, la procureure estime qu’en remettant du cash à David Vital en plus de son contrat d’apporteur d’affaires, François Caillé est devenu son obligé.

S’agissant de Nelly Daroueche, elle affirme que celle-ci savait pertinemment que les opérations étaient illégales.

La magistrate interpelle ensuite les prévenus : « Comment avez-vous pu faire confiance à David Vital ? »

Puis, s’adressant à François Caillé, elle lance : « En tant que capitaine d’industrie, comment avez-vous pu vous en remettre à l’escroc et au joueur de cartes qu’est David Vital ? »

La procureure s’attarde ensuite sur la situation de Nelly Daroueche. Elle rappelle que l’intéressée a reconnu avoir remis des enveloppes sur instruction de François Caillé, en lien avec les marchés publics et les fausses factures de Prométhée.

Elle souligne qu’elle a mis en avant sa loyauté envers son dirigeant et le groupe, tout en affirmant se méfier de David Vital. Pourtant, selon le parquet, elle a choisi de rester, de ne pas dénoncer et de participer en connaissance de cause aux infractions.

« Vous avez eu le choix de vous opposer aux infractions, vous avez fait le choix de vous taire », conclut-elle.

La procureure se tourne ensuite vers Divene Nany.

Elle lui reproche d’avoir communiqué des informations relatives à des marchés publics avant leur publication officielle. En contrepartie, il aurait obtenu divers avantages : une réduction sur l’achat d’un véhicule, un voyage et des espèces offerts par David Vital, ainsi que ce qu’elle qualifie de « vagues remerciements », comprenant notamment une paire de lunettes de marque d’occasion et une bouteille de champagne.

La magistrate évoque également un rendez-vous organisé en vue d’un poste au sein du Groupe Caillé, qui n’aura finalement pas abouti. Elle souligne l’absence de pénalités appliquées concernant des retards sur certains lots et rappelle la confirmation de réunions discrètes.

Pour le parquet, les infractions sont constituées.

12h03 - Pour la procureure, « la matérialité des faits de corruption est établie »

La procureure poursuit ses réquisitions en abordant le volet liant David Vital aux sociétés du groupe Ethève.

Elle rappelle la reconnaissance par le comptable du paiement de fausses factures. De son côté, Nelly Daroueche a admis avoir agi sur instruction de François Caillé pour procéder aux règlements. François Caillé a, lui, reconnu l’existence d’un contrat avec David Vital.

Elle dresse ensuite un inventaire détaillé des fausses factures recensées dans le dossier, avant de s’attarder sur le volet des marchés publics.

Concernant les marchés publics, la procureure indique que l’analyse du téléphone de David Vital met en lumière ses liens avec Divene Nany, agent municipal de Saint-Paul. Les conversations versées au dossier feraient apparaître son rôle dans la collecte d’informations relatives aux appels d’offres.

Pour le parquet, ces éléments caractérisent une association entre David Vital, François Caillé et Divene Nany, reposant sur des échanges réguliers, directs ou indirects, des rencontres et des communications parfois codées, avec un cloisonnement de l’activité vis-à-vis du groupe Caillé.

Pour la procureure, « la matérialité des faits de corruption est établie ».

Les réquisitions se poursuivent.

11h54 - 18 mois avec sursis requis contre Joseph Bréma, ex-pdg d'Air Austral

La procureure s’attarde ensuite sur la situation de Joseph Bréma.

« Comment peut-on encore évoquer une erreur ? Il s’agit d’une infraction », lance-t-elle. Pour le parquet, les faits constituent un abus de biens sociaux, motivé par un intérêt personnel, même s’il n’est pas nécessairement financier.

Elle requiert à son encontre une peine de 18 mois d’emprisonnement avec sursis, 50 000 euros d’amende, ainsi qu’une interdiction de gérer pendant cinq ans.

Les réquisitions se poursuivent.

11h47 - 18 mois avec sursis requis contre Joseph Vital

La procureure poursuit ses réquisitions à l’encontre de Joseph Vital.

Selon elle, le dossier met en évidence plus de 12 000 euros de flux financiers litigieux. Dirigeant de longue date, il revendique gérer seul sa société, ce qui entrerait en contradiction avec les dépôts de chèques relevés dans la procédure.

Elle lui reproche d’avoir accepté les apports financiers en provenance de Prométhée sans chercher à en comprendre l’origine. Il persiste, selon elle, à qualifier le bien immobilier concerné de logement de fonction. La magistrate relève qu’il aurait profité de l’opération pour augmenter le loyer afin de rembourser le prêt et les charges, tout en se retranchant derrière des relations distendues avec son fils. Pour le parquet, il connaissait le montage financier.

Les infractions doivent, selon la procureure, être retenues.

Tenant compte d’un casier judiciaire vierge, elle requiert une peine de 18 mois d’emprisonnement avec sursis et une interdiction de gérer pendant cinq ans.

Les réquisitions se poursuivent.

11h43 - le parquet requiert 12 mois de sursis contre le fils Vital

La procureure poursuit ses réquisitions à l’encontre de Chane Kane.

Elle rappelle qu’il disposait d’une procuration bancaire lui permettant d’effectuer des retraits. Il n’aurait jamais déclaré de revenus, alors même qu’il a perçu environ 26 000 euros, qu’il présente comme de « l’argent de poche ». Il aurait également remis des chèques en échange d’espèces à la demande de David Vital.

Pour la magistrate, « le fait d’ignorer la qualification pénale exacte ne fait pas disparaître sa matérialité et son élément moral ». Elle ajoute : « Il n’y a aucune justification d’aller chercher du cash dans une station-service, ce n’est pas la réalité. »

Elle estime qu’il était capable de discernement, malgré l’influence de son père. Il a perçu de l’argent, utilisé la carte de l’entreprise et profité des largesses paternelles en plus des 26 000 euros encaissés. La procureure évoque une attitude qualifiée de désinvolte.

Elle invite toutefois le tribunal à tenir compte de son jeune âge et de l’absence de condamnation à son casier judiciaire. Les faits sont, selon elle, établis. Sur le volet de fraude fiscale entre 2020 et 2023, elle requiert la relaxe, ces éléments ne figurant pas dans la plainte initiale de l’administration fiscale.

Pour le reste, elle requiert la culpabilité et sollicite une peine de 12 mois d’emprisonnement avec sursis, une amende de 10 000 euros dont 5 000 euros avec sursis, ainsi qu’une interdiction de gérer pendant cinq ans.

Les réquisitions se poursuivent.

11h34 - « services d’influence rémunérés » et flux financiers opaques

Poursuivant ses réquisitions, la procureure évoque l’activité de certaines sociétés commerciales liées au dossier. Elle indique que des prestations ont bien été recensées, mais décrit un ensemble hétéroclite : livraisons impossibles à chiffrer précisément, absence de bons de commande, éléments comptables lacunaires.

Elle rappelle que la procédure établit la remise régulière de chèques sans ordre, pratique qui, selon elle, participe à la caractérisation des infractions d’abus de biens sociaux et de blanchiment d’abus de biens sociaux.

La magistrate s’attarde également sur la situation particulière des stations-service, qu’elle compare à de véritables « lessiveuses ». L’une des gérantes aurait perçu une commission de 14 230 euros. Elle parle à ce propos de « services d’influence rémunérés ».

Concernant le père de David Vital, Joseph Vital, gérant de sa société, la procureure évoque des transferts financiers avec Prométhée : des virements mensuels de plus de 3 000 euros pendant près d’un an. Elle estime que le système était conçu pour éviter toute traçabilité fiscale. Le compte de la société aurait été alimenté par d’autres entreprises, sans que les sommes perçues ne fassent l’objet de déclarations fiscales.

Enfin, elle souligne que le siège social de Prométhée correspond à l’appartement de David Vital, et non à des locaux professionnels permettant une activité identifiable. Aucun élément, selon elle, ne permet de démontrer une véritable structure opérationnelle.

Les réquisitions se poursuivent.

11h27 - le parquet décrit un système d’emprise et une « coquille vide »

Poursuivant ses réquisitions, la procureure Véronique Denizot insiste sur la personnalité de David Vital.

Selon elle, il peut se montrer « harcelant » et « menaçant », plusieurs déclarations versées au dossier venant étayer ce point. Elle évoque également la découverte, lors des investigations, d’un téléphone contenant près de 250 000 messages, qui lui serviraient en partie d’« assurance ».

La magistrate estime que David Vital entraîne avec lui des personnes déjà condamnées dans le cadre de CRPC ainsi que les prévenus jugés dans ce dossier.

S’agissant de la société Prométhée, elle la qualifie de coquille vide, sans comptabilité ni déclarations fiscales. Pourtant, près d’un million d’euros auraient été encaissés, sans trace fiscale correspondante. Elle souligne que le Groupe Caillé représenterait environ 25 % des sommes créditées.

La perquisition aurait par ailleurs mis en lumière un train de vie qualifié de luxueux.

La procureure relève également qu’au sein du groupe Caillé, personne ne serait en mesure d’expliquer précisément les activités de David Vital, évoquant un dossier traité de manière quasi exclusive entre lui et François Caillé.

Enfin, concernant Air Austral, elle rappelle qu’un ancien contrat supposément renouvelé tacitement aurait donné lieu en 2023 à un avenant antidaté, qu’elle qualifie de faux.

Les réquisitions se poursuivent.

11h22 - le parquet entre dans ses réquisitions

La procureure de la République, Véronique Denizot, entame ses réquisitions.

D’emblée, elle qualifie le dossier d’« assez exceptionnel », soulignant qu’il gravite autour d’un homme : David Vital. Elle insiste sur le retentissement médiatique de l’affaire et rappelle que « la répression est essentielle ». Elle énumère les peines encourues et revient sur les procédures de CRPC intervenues dans le dossier.

Très structurée, la magistrate déroule ensuite les différentes infractions visées, qu’elle estime étroitement liées entre elles. Elle parle d’une « affaire systémique », dressant un inventaire précis des faits reprochés.

Pour elle, l’élément central demeure David Vital. Le dossier démontrerait, selon ses réquisitions, une volonté d’enrichissement et de conquête d’influence. Elle décrit un homme « joueur régulier », se délectant des rapports de force qu’il entretient, évoquant une véritable « toile » tissée autour de lui.

La procureure parle d’une « recherche avérée d’argent », estimant qu’il corrompt les relations qu’il noue et rend ses interlocuteurs dépendants. Elle décrit un homme exploitant les vulnérabilités et parfois la naïveté de ceux qu’il approche, doté d’une force de persuasion réelle.

« J’espère que l’on assiste aujourd’hui à sa chute », conclut-elle à ce stade de ses réquisitions.

Les réquisitions se poursuivent.

10h47 - le mandataire ad hoc évoque un « système » né d’une dette fiscale

La parole est donnée à Me Armand Feste-Guidon, avocat du mandataire ad hoc représentant 16 sociétés se disant flouées.

Selon lui, deux volets se dessinent : celui de David Vital et celui de François Caillé.

S’agissant de David Vital, l’avocat estime qu’il se retrouve « aux abois » dès 2012-2013 au regard de sa dette fiscale. Il en découlerait, selon lui, la mise en place du système de fausses factures, avec la volonté d’obtenir des espèces et de se constituer un patrimoine immobilier. Par « métastases », les chefs d’entreprise auraient été contaminés volontairement, beaucoup ayant reconnu des abus de biens sociaux dans le cadre de CRPC. David Vital aurait, lui, admis le recel. Les deux stations-service, pourvoyeuses d’espèces, ont également reconnu les faits.

Me Feste-Guidon détaille ensuite le mécanisme qu’il décrit. David Vital bénéficie d’un logement de fonction alors qu’il n’est pas salarié de Prométhée, dont il est seulement gérant de fait. Il souhaite l’acheter sans disposer des fonds nécessaires. « Quel est l’intérêt de Prométhée d’acheter l’appartement ? Il n’y en a pas », plaide l’avocat, y voyant un abus de biens sociaux.

Il qualifie David Vital de « James Bond de La Réunion »

Sur le volet Caillé, il soutient que Nelly Daroueche est complice, estimant qu’elle a prêté assistance en transmettant les fausses factures à la comptabilité sur instruction de François Caillé. Même si elle affirme ne pas avoir voulu savoir, « elle savait parfaitement ce à quoi elle participait », avance-t-il. Lorsqu’elle explique ne pas avoir su convaincre son supérieur, cela démontrerait, selon lui, qu’elle avait conscience des faits. Elle aurait pu, ajoute-t-il, s’abstenir.

Concernant François Caillé, l’avocat estime que la matérialité des faits est constituée, même en l’absence d’enrichissement personnel direct. L’intérêt serait ailleurs : « il le fait car c’est son ami », soutient-il, parlant d’un intérêt personnel moral. Il qualifie David Vital de « James Bond de La Réunion », venu, selon lui, au secours d’un dirigeant soucieux de préserver son image et son influence.

Enfin, il ironise sur l’argument de la défense selon lequel il ne pourrait y avoir abus de biens sociaux dès lors que les fonds serviraient à dégager du cash pour obtenir des marchés publics ou financer des travaux personnels. Pour lui, les infractions sont caractérisées et les faits reconnus.

Fin des plaidoiries des parties civiles. La parole sera donnée à la procureure, Véronique Denizot, après une courte suspension.

(photo Pierre Marchal / Anakaopress)

10h15 - La mairie de Saint-Paul dénonce une atteinte à la probité

La parole est donnée à Me Virginie Garnier, avocate de la commune de Saint-Paul.

L’avocate estime que la collectivité a été « doublement atteinte » : dans son fonctionnement interne, du fait des agissements de son agent, mais aussi dans sa réputation en matière de commande publique.

Elle rappelle que Divene Nany est agent depuis 2011. Il participait concrètement à la rédaction des cahiers des charges et à l’analyse des offres, occupant une place centrale dans les marchés publics de la commune. Quatre marchés, représentant douze lots, ont été attribués au Groupe Caillé. Selon elle, un « basculement spectaculaire » s’opère à partir du moment où Divene Nany est introduit auprès de François Caillé par David Vital.

Me Garnier soutient que l’agent municipal a transmis des informations au groupe Caillé par l’intermédiaire de David Vital et qu’il s’est abstenu de réclamer des pénalités de retard. Le but, selon elle : obtenir une embauche au sein du groupe, ainsi qu’un voyage à Maurice, des espèces et des chèques encaissés.

Elle réfute toute idée de simple « sourcing préalable » : le principal concurrent du groupe Caillé n’aurait jamais été contacté par Divene Nany. Pour l’avocate, il s’agit bien d’informations confidentielles transmises, évoquant des réunions discrètes et des explications « nébuleuses ». Elle parle clairement de corruption et de favoritisme.

La commune se considère victime d’un agent ayant détourné ses obligations à des fins privées, manquant à la probité, à l’intégrité et à l’impartialité. « Quand un agent public se met au service d’un privé, la loi est bafouée, mais aussi les administrés », soutient-elle.

Estimant que les faits ont porté atteinte à la réputation de la collectivité, elle sollicite la condamnation solidaire de Nelly Daroueche, Divene Nany, David Vital et François Caillé, ainsi que l’octroi de dommages et intérêts à hauteur de 5 000 euros et 4 000 euros.

10h06 - Plaidoirie pour les sociétés du groupe Ethève

La parole est ensuite donnée à Me Lorans Cailleres, avocat des sociétés du groupe Ethève.

Il décrit « un schéma délictueux assez grossier », reposant selon lui sur un pacte noué autour de faux contrats et de fausses factures, pour un montant global de 296 000 euros, impliquant David Vital, M. Mangata et le gérant de la société d’électricité.

En contrepartie, l’avocat évoque la promesse d’une station-service, d’un appartement parisien, d’une embauche à Air Austral ou au sein du Groupe Caillé au profit de M. Mangata, même si ces engagements n’auraient finalement pas été concrétisés.

Me Cailleras rappelle également une formule attribuée à David Vital lors d’un échange avec M. Mangata : « Dieu, c’est moi. »

10h00 - Le fisc demande des condamnations solidaires

La parole est ensuite donnée à Me Laurie Delage, qui intervient pour l’administration fiscale.

L’avocate précise d’emblée qu’elle vient en soutien de l’action publique et se constitue partie civile uniquement pour les faits de fraude fiscale, visant la société Prométhée ainsi que David Vital à titre personnel. Elle sollicite que la décision à intervenir soit affichée.

Sa demande principale : que David Vital et son fils soient tenus solidairement responsables avec la société Prométhée. Aucun chiffrage définitif n’est avancé à ce stade, les montants étant susceptibles d’évoluer.

Me Delage rappelle que la société Prométhée Services a fait l’objet d’un contrôle fiscal portant sur la TVA (2021-2022) et l’impôt sur les sociétés (2021). Elle souligne qu’en 2023, la société a persisté à ne pas déposer ses déclarations fiscales. Malgré les relances, aucune régularisation n’est intervenue. Un redressement de 232.000 euros a été notifié pour seulement deux années.

Selon l’administration fiscale, les factures émises par Prométhée étaient formellement conformes, mais les déclarations fiscales n’ont pas suivi. La société est toujours active, avec Chane Kane comme président de droit. Une réclamation contentieuse a bien été déposée, sans contestation sur le fond, uniquement sur les pièces utilisées lors du contrôle, accompagnée d’une demande de sursis de paiement. Aucune somme n’a été réglée à ce jour. L’avocate évoque une persistance de la fraude fiscale.

Elle rappelle que le représentant légal demeure responsable des déclarations fiscales de sa société. Selon elle, il ne peut être question d’une simple « façade » : le dirigeant était en contact avec le comptable et en lien avec David Vital et son fils. Des obligations en découlaient.

Me Delage requiert la condamnation de Chane Kane, ainsi que celle de David Vital, qu’elle présente comme largement rémunéré par Prométhée et gérant de fait.

Sur le volet personnel, l’avocate indique qu’un contrôle fiscal a également été mené concernant David Vital, portant sur la période 2012-2023. Les éléments matériels seraient constitués, pour un montant évoqué de 322 000 euros sur deux années.

Les plaidoiries se poursuivent.

(photo Pierre Marchal / Anakaopress)

9h40 : Pour Air Austral, une fausse facture « sans cadre contractuel »

Les plaidoiries des parties civiles s’ouvrent avec Me Bruno Quentin, avocat d’Air Austral et de sa filiale Mascareignes Développement (MADEV).

D’emblée, l’avocat évoque « une affaire observée au microscope local », estimant que le dossier ne représenterait que « la partie émergée de l’iceberg », laissant supposer une dimension plus vaste encore inconnue.

Concernant Air Austral, Me Quentin rappelle qu’il s’agit d’une société « sous perfusion d’argent public », soulignant ainsi la gravité des faits reprochés. Il insiste sur la chronologie contractuelle : la prestation de service de David Vital aurait pris fin en septembre 2014. Un nouveau contrat aurait été signé en novembre 2023, antidaté en février 2023. Dans ces conditions, la facture de 37 750 euros litigieuse « ne repose sur aucun cadre contractuel », soutient-il.

S’agissant de Joseph Bréma, l’avocat rappelle qu’il a donné le bon à payer (BAP) permettant le règlement de la facture. « Les faits sont simples et reconnus », plaide-t-il. Pour Me Quentin, rien ne justifiait qu’Air Austral ou sa filiale soient redevables d’une somme à David Vital. La reconnaissance du caractère frauduleux de la facture ne saurait, selon lui, être atténuée par l’argument d’un travail réellement effectué.

L’avocat estime par ailleurs que Joseph Bréma a bien commis un abus de biens sociaux, même en l’absence d’enrichissement personnel direct. Il rappelle que, en tant que président du directoire d’Air Austral, il était dirigeant de fait des filiales, dont MADEV. « C’est lui qui a fléché le paiement », affirme-t-il, le qualifiant d’« ordonnateur, même s’il n’est pas le payeur ».

Enfin, Me Quentin évoque la question d’un éventuel intérêt personnel. « Ce n’est pas parce qu’il ne surgit pas qu’il n’existe pas », soutient-il, laissant entendre que les relations de David Vital avec certains patrons de presse auraient pu constituer un levier d’influence indirect.

L’avocat rappelle également une rencontre organisée un samedi matin, après les perquisitions menées notamment chez David Vital et au sein d’Air Austral. Autour de la table : Joseph Bréma, le dirigeant de la société d’électricité concernée et David Vital.

Pour Me Quentin, cette réunion constitue « un aveu ultime » des infractions poursuivies dans ce dossier, révélant, selon lui, la conscience qu’avaient les protagonistes de la gravité des faits.

9 heures : Examen des personnalités avant les réquisitions

La dernière journée d’audience débute au tribunal judiciaire de Saint-Denis par l’examen des personnalités des prévenus. La procureure ouvre la séquence.

Le premier appelé est le fils de David Vital. Célibataire, sans enfant, il ne présente aucune condamnation à son casier judiciaire. Agent polyvalent à l’aéroport, il indique travailler pour Air France.

Vient ensuite Joseph Bréma. Père de trois enfants, sans condamnation, il explique ne plus travailler depuis son départ d’Air Austral. Inscrit à France Travail, il perçoit environ 7 800 euros de revenus de retour à l’emploi et dit attendre des missions via sa société de consulting.

Le père de David Vital, retraité, ne présente également aucune condamnation au casier judiciaire.

L’agent municipal de Saint-Paul, Divene Nany, marié et père de deux enfants à charge, déclare un revenu mensuel de 3 300 euros. Il occupe un poste de chargé de mission à la mairie de Saint-Paul, dans le domaine de la sécurité. Son casier judiciaire est vierge.

Nelly Daroueche, mère de deux enfants, n’est plus directrice générale mais demeure secrétaire générale du groupe. Elle déclare environ 6 700 euros de revenus mensuels. Juge consulaire au tribunal de commerce, elle indique s’être suspendue elle-même de ses fonctions après réception de sa convocation judiciaire. Il lui a été suggéré d’envisager une suspension officielle ; elle préfère attendre la décision de justice.

François Caillé, retraité, père de trois enfants, perçoit environ 7 000 euros de pension mensuelle. Il précise ne pas se verser de salaire via sa société de consulting mais toucher des dividendes — environ 140 000 euros cette année. Il mentionne une condamnation ancienne pour fraude fiscale, datant du 4 avril 2000, aujourd’hui réhabilitée de plein droit.

Enfin, David Vital est interrogé sur sa situation. Père de trois enfants, il indique être « en sommeil » professionnellement et ne percevoir aucune aide sociale, précisant que son père l’aide financièrement à l’occasion. Son casier judiciaire comporte cinq mentions (appels malveillants, travail dissimulé, dégradations, abus de confiance, conduite sans permis), toutes réhabilitées à l’exception de la dernière.

Un incident de procédure survient ensuite : l’avocat de Joseph Bréma sollicite le renvoi du dossier pour son client, évoquant une possible requalification des faits. Initialement poursuivi pour abus de biens sociaux, Joseph Bréma pourrait voir les faits requalifiés en corruption. La défense estime devoir préparer sa stratégie face à ces nouvelles qualifications.

Après une courte suspension, le tribunal rejette la demande de renvoi.

Etiquettes : Affaire David Vital

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