Revenir à la rubrique : Economie

Budget 2026 : l’Outre-mer soumis à une cure d’austérité

Ecrit par J.D. – le mercredi 29 octobre 2025 à 10H31

Le Document de politique transversale (DPT) Outre-mer confirme une baisse globale des crédits pour 2026. Les exonérations LODEOM sont réduites, le logement et les investissements publics ralentis, tandis que la continuité territoriale et la transition écologique résistent à la rigueur budgétaire.

Alors que les députés abordent la première partie du projet de loi de finances 2026, les contours du budget dédié à l’Outre-mer se précisent. Le Document de politique transversale (DPT), publié en amont des discussions, dresse le constat d’un repli budgétaire mesuré mais significatif : –623 millions d’euros en autorisations d’engagement et –151 millions en crédits de paiement par rapport à 2025. Une inflexion que le gouvernement présente comme une “rationalisation” après plusieurs exercices de rattrapage, mais qui sonne plutôt comme un coup de frein pour les économies ultramarines.

À La Réunion, cette tendance se traduit d’abord par la baisse du programme 138 « Emploi Outre-mer », qui finance les exonérations de charges patronales LODEOM. Ces compensations à la Sécurité sociale passent de 1,84 milliard d’euros à 1,49 milliard (–19 %). Une réforme du barème est attendue dans le PLFSS 2026, afin de concentrer les allègements sur les secteurs dits productifs : industrie, agroalimentaire, tourisme, énergies renouvelables.

Mais sur le terrain, la perspective inquiète. La LODEOM concerne près de 70 % des entreprises réunionnaises et soutient des milliers d'emplois. Pour beaucoup de chefs d’entreprise, la baisse des compensations pourrait amplifier les tensions sur la masse salariale et rogner les marges dans un contexte économique déjà atone.

Lire aussi : Investissement productif et Lodeom : la réforme budgétaire qui inquiète les entreprises ultramarines

Autre grand poste touché : le programme 123 « Conditions de vie Outre-mer », qui regroupe le logement, l’aménagement du territoire et l’appui aux collectivités. Ses crédits d’engagement reculent de 21 %, avec une baisse de 10 % sur la ligne budgétaire unique du logement social, de 14 % sur l’aménagement et de 51 % sur le Fonds exceptionnel d’investissement (FEI). Ces coupes pourraient ralentir la production de logements à La Réunion, alors que de nombreux ménages restent en attente. Paradoxalement, les crédits de paiement progressent de 22 % cette année : une hausse ponctuelle destinée à solder les opérations déjà lancées. L’État paie les factures de chantiers engagés, mais se garde d’ouvrir de nouvelles enveloppes pour les années à venir.

Continuité territoriale et transition écologique épargnées

Certaines missions échappent toutefois à la diète. La continuité territoriale — billets d’avion subventionnés, aides étudiantes, mobilité des ultramarins — bénéficie d’une légère hausse de 3 %. Même stabilité du côté de la transition écologique, dont les crédits sont maintenus via le Fonds vert : 23,6 millions d’euros pour le projet SWAC du CHU Sud, 16 millions pour l’électrification rurale et 1 million pour un projet industriel de recyclage.

Le service public de l’énergie, lui, est presque effacé du périmètre budgétaire : la réforme de la péréquation tarifaire dans les zones non interconnectées fait passer les crédits du programme 345 de 2,03 milliards en 2024 à 113 millions en 2026. Officiellement, il s’agit d’un transfert comptable.

Dans ce paysage en recomposition, le gouvernement met en avant une lecture plus longue : depuis 2017, les crédits Outre-mer ont augmenté de plus de 30 %. Mais cette tendance historique masque un virage plus immédiat : la fin des budgets d’expansion, remplacés par une logique de ciblage et de performance.

Dans la même rubrique

0💬
Tri :