Pharmacies : Matignon suspend la réforme, une pause dans la mobilisation

Le gouvernement a choisi de suspendre pour trois mois la mesure qui devait plafonner les remises commerciales accordées aux pharmacies sur les médicaments génériques. Une annonce intervenue mercredi soir, après une forte mobilisation des officines dans tout le pays, Réunion compris.
Selon des informations du Figaro, le Premier ministre a acté le gel de l’arrêté du 4 août. Celui-ci prévoyait de limiter les remises consenties par les laboratoires à 30 %, puis à 20 %, alors qu’elles peuvent aujourd’hui atteindre 40 %. Ces marges constituent une ressource essentielle pour les officines, notamment dans un contexte économique fragilisé.
Ce délai doit permettre à l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et à l’Inspection générale des finances (IGF) de mener une mission rapide. Objectif : mesurer l’impact concret de cette réforme sur les revenus des pharmacies et proposer des pistes d’évolution du modèle économique, considéré comme de plus en plus vulnérable, en particulier dans les zones rurales.
Vers un nouveau modèle de rémunération
Le gouvernement dit vouloir engager une réflexion sur la rémunération des pharmaciens, qui pourrait à terme être moins dépendante de la vente de médicaments et davantage centrée sur la qualité de la prise en charge des patients.
Des aides financières ont par ailleurs été promises à 900 pharmacies en difficulté, localisées dans des territoires sans médecin généraliste. Le plan s’accompagne d’un engagement : la participation des pharmaciens aux futures « maisons France santé », dont 5 000 doivent voir le jour d’ici 2027 afin de garantir une offre de soins accessible partout sur le territoire.
Les compétences des pharmaciens devraient aussi être renforcées. Le gouvernement envisage de généraliser l’expérimentation actuellement menée en Bretagne, où certains professionnels peuvent déjà soigner des affections bénignes comme des plaies, brûlures, rhinites ou piqûres de tiques, en étant rémunérés pour ces actes.
"L’accord prévoit un engagement commun pour soutenir l’économie des officines tout en maîtrisant les dépenses de santé, notamment par le développement de la substitution des biosimilaires", estime l'USPO (Union des syndicats de pharmaciens d’officine), dans un communiqué. Le syndicat salue l’élargissement des missions des pharmacies d’officine même si le délai de trois mois semble trop court aux yeux des professionnels.
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À La Réunion, une colère toujours vive
Dans l’île, la mobilisation a été forte. Plus de 200 pharmaciens ont défilé ce jeudi dans les rues de Saint-Denis selon les syndicats, et l’ensemble des officines sont restées fermées, une première.
Reçue en préfecture, l’intersyndicale a réitéré sa demande d’abrogation pure et simple de l’arrêté du 4 août et dénoncé l’ampleur des réquisitions préfectorales. Les syndicats estiment qu’une trentaine d’officines pourraient fermer si la réforme venait à s’appliquer, notamment dans les Hauts et les zones isolées. Ils redoutent aussi des pénuries accrues de génériques si les prix trop bas incitaient certains laboratoires à réduire leur production.
Une trêve sous condition
Si la suspension décidée à Paris ouvre une phase de négociations, les organisations syndicales préviennent que la mobilisation pourrait reprendre si les discussions n’aboutissent pas. Plusieurs scénarios sont déjà envisagés : fermetures le samedi ou grève pendant les fêtes de fin d’année, à l’image du mouvement prévu à Marseille entre Noël et le Nouvel An.
"Nous restons vigilants à ce que le gouvernement ne temporise pas", commente le président de l'USPO 974, Loïc Lomé.


