Revenir à la rubrique : Politique

La Possession : la CRC étrille le projet de front de mer de Vanessa Miranville

Ecrit par M.B – le samedi 1 février 2025 à 19H19
La Chambre régionale des comptes à Saint-Denis

Le rapport de la Cour régionale des comptes de La Réunion qui va bientôt être présenté aux élus du conseil municipal revient en détail sur l'un des projets phare de la majorité municipale : l'aménagement du front de mer de La Possession. Sur une quinzaine de pages, les magistrats tirent un rapport au vitriol sur les errements de la mairie sur ce dossier.

L’objectif principal du projet était de donner aux habitants de La Possession un accès direct à la mer, jusqu’alors obstrué par la RN1. Ce projet a été vu comme une réponse à la "séparation physique entre le centre-ville et le littoral" créée par cette route à double voie. Comme le soulignent les auteurs du rapport, l'absence d'un accès direct à la mer était une "nuisance majeure pour la population locale" et limitait le potentiel touristique et récréatif du littoral.

Un empilement de conventions et de modifications du projet

Le projet a été marqué par une accumulation de conventions, d'avenants et de modifications, rendant le suivi et la gestion particulièrement complexes. Dès 2011, un protocole d'accord général a été signé entre la commune et la Région, sans pour autant prévoir un financement précis. Ce manque d'engagement financier a été pointé dans le rapport, qui précise : "les engagements financiers de la Région, bien que conséquents, ont été mal coordonnés avec l’avancement réel du projet".

En 2013, une convention cadre a été signée, mais celle-ci n’a cessé d’être révisée. Les modifications apportées au projet ont eu des conséquences sur les coûts et les délais. "Les avenants successifs ont provoqué un étalement du calendrier initial, avec une réévaluation des coûts, notamment pour les travaux d’aménagement du front de mer", précise le rapport.

Des difficultés financières et une absence de suivi clair

L'un des principaux problèmes soulevés par la Cour des comptes réside dans l'absence de suivi rigoureux du projet, ce qui a entraîné un manque de cohérence entre les différentes phases d'exécution. "La gestion décentralisée du projet, impliquant plusieurs acteurs, a conduit à un manque de transparence et à une diffusion confuse des responsabilités", indique la CRC.

En outre, il semble que les financements n’aient pas toujours été utilisés de manière optimale. Le rapport relève que "l’absence de réajustement des financements régionaux en fonction des évolutions du projet a contribué à l’absence de clarté dans les dépenses".

Un suivi environnemental complexe et des incertitudes sur la qualité de l'eau

Le projet de bassin de baignade, élément clé du réaménagement, rencontre des obstacles liés à la qualité de l’eau. Bien qu’un suivi environnemental ait été mis en place, incluant des analyses bimensuelles de l’eau dès 2021, des dépassements de seuils réglementaires, notamment de l'indice phénol, ont été relevés. "Les analyses ont montré un dépassement quasi systématique de cette valeur, lié à l’environnement proche du projet, notamment le port et les rejets industriels", précise le rapport.


Le suivi complémentaire a confirmé qu'il n'y avait pas de contamination, mais la Cour des comptes note que les analyses n'ont pas été réalisées sous accréditation, ce qui aurait assuré un contrôle de qualité plus rigoureux. De plus, un avis défavorable a été émis en septembre 2023, soulignant l'absence d’étude sur le risque de pollution interne dû aux baigneurs. "Bien que le risque externe ait été écarté, la question de la pollution interne reste préoccupante", indique l'ARS. Les auteurs du rapport précisent "le dossier est repris dans son intégralité" suite à une réunion entre la DEAL et la commune. Mais l'extension du Grand Port maritime constitue "une nouvelle contrainte à la réalisation de ce projet".

Un projet touristique en mal de cohérence

Le rapport de la Cour des comptes met également en évidence la confusion autour de l’aspect touristique du projet. En effet, bien que la zone soit censée devenir un pôle d’activités récréatives et touristiques, le projet a perdu de sa direction avec l’implication tardive du TCO. "La compétence touristique, confiée au TCO, a été sous-exploitée, laissant une grande partie du projet dans le flou", est-il précisé dans le rapport.

Les acteurs locaux ont reconnu que la gestion de la zone touristique s’était avérée " mal coordonnée", et ce manque de cohésion est illustré par la citation suivante : "les objectifs de développement touristique ont été relégués au second plan, et les résultats attendus ne sont pas au rendez-vous".

Dans la même rubrique

0💬
Tri :