Opérations immobilières familiales : Sadeck Dindar ne veut pas porter le chapeau

21 appartements vides depuis 2012 et une mésentente familiale plus tard, l’opération immobilière "Les Vergers du soleil" à La Possession a plus occupé les tribunaux qu’elle n’a connu de locataires ces dix dernières années.
Au début du mois de septembre, nous sommes revenus sur les derniers développements de ce dossier inextricable. Depuis notre dernier article datant de 2019 à la faveur d’une audience devant le tribunal correctionnel, un fait nouveau et majeur est venu donner une note plus mélodramatique à l’histoire. Depuis cette époque, Sadeck Dindar s’est retrouvé isolé du reste de la fratrie à compter de 2019. Cette année-là, ses frères et soeur ont commencé à prendre les commandes des sociétés immobilières jusque-là gérées par leur aîné Sadeck. "Ils ont profité de l’AVC de notre père", estime Sadeck Dindar alors qu’en face de lui, l’important était de sauver ce qui pouvait encore l’être.
Comme nous l’évoquait un proche de la famille souhaitant préserver son anonymat, les soeurs et frère de Sadeck Dindar craignaient pour les finances des SCI créées dans le but de gérer le patrimoine immobilier familial autant à La Réunion qu’en métropole. La fratrie ne faisait là que poursuivre un business de rente locative mis en place par leurs parents dès les années 70. "Si sa famille l’avait laissé en place, il aurait mené la famille de M. Sulliman Dindar à la ruine", nous indiquait ce proche pour montrer la situation tendue.
En réponse à ces critiques qui le font passer pour le grand méchant de la famille, Sadeck Dindar informe que, "par principe", il n’a jamais voulu avoir la signature sur les comptes bancaires de la SCI Sully fondée par son père, et "encore moins sur les comptes de mon père et de ma mère contrairement à ma soeur devenue nouvelle gérante".
Un exemple lui vient d’ailleurs à l’esprit sur la façon dont il a mené la barque familiale ces trois dernières décennies. C’est le cas pour la construction de l’immeuble Victor Hugo où deux crédits ont été obtenus mais "aucun des prêts bancaires n’a été mis en place car une de mes soeurs avait refusé de remettre sa carte d’identité car elle était contre la loi anti terroriste", raconte Sadeck Dindar. En effet, il faut savoir qu’après les graves attentats qui ont touché la France en 2015, le président Hollande avait promulgué une loi obligeant chaque actionnaire d’une SCI à remettre sa carte d’identité à sa banque. "Elle était contre cette loi et le prêt n’a donc pas pu être signé…", ajoute-t-il.
Toujours dans l’opération immobilière Victor Hugo dont l’immeuble est situé dans le chef-lieu, Sadeck Dindar a appris que la nouvelle gérante, l’une de ses soeurs, s’est octroyé le plus grand des appartements mais se demande comment cette acquisition s’est matérialisée au niveau comptable car, même en tant qu’actionnaire de la SCI Sully, il n’a reçu à ce jour aucun compte d’exploitation depuis l’année 2019. "Si la justice veut faire la lumière, elle n’a qu’à demander aux banques les comptes de la société et ceux des associés depuis le 1er janvier 2019", lance-t-il, confiant sur le fait que ce qu’elle y découvrirait viendrait le dédouaner de tous les reproches qui lui ont été faits ces dernières années.
Sur le volet gestion pure, Sadeck Dindar demeure aussi très critique sur la façon dont ses soeurs et son frère mènent les affaires courantes des opérations immobilières familiales depuis qu’il a été évincé en 2019. "Ils n’ont rien sauvé ! Ils se font guider par un ex-salarié de mes entreprises que j’avais licencié pour faute lourde", indique-t-il.
Des comptes bancaires à explorer, "si la justice veut faire la lumière"
Dans notre article de septembre dernier, un volet n’avait pas été évoqué. Et pour cause, ce n’est que fin septembre, après avoir tenté une dernière main tendue à l’amiable vis-à-vis d’un notaire de Saint-Denis que Sadeck Dindar a pris la décision de s’en remettre au procureur de la République. Dans sa plainte initiale de février 2023, Sadeck Dindar désignait déjà son frère, ses soeurs, son ancien employé ainsi qu’un mandataire judiciaire comme possibles responsables d’abus de confiance et d’escroquerie après l’avoir éjecté des sociétés bâties par leur père Sulliman Dindar.
Dans ce courrier complémentaire adressé au procureur fin septembre, Sadeck Dindar révèle un pan qu’il avait jusque-là passé sous silence en raison du pacte qui le liait avec le notaire familial. Selon lui, les choix de cet officier public ministériel qui disposait de la capacité de signature dès le début de l’opération "Les Vergers du soleil" ont aussi contribué à rendre possible les manoeuvres entreprises par ses soeurs, son frère et le mandataire judiciaire comme relaté dans notre article de septembre.
Rappelons que Sadeck Dindar est tombé par hasard sur des échanges de mails entre son ancien employé et le mandataire judiciaire alors que le sort de la SARL Sulliman devait être fixé par le tribunal de commerce.
A cette époque-là, pour éviter la liquidation pure et simple de cette société qui détient 90% du capital de l’opération "Les Vergers du soleil", Sadeck Dindar prépare, à distance, avec le "monsieur passif " du cabinet du mandataire judiciaire, un plan de redressement de la société. Mais deux jours avant l’audience, l’avocat de Sadeck Dindar apprend du mandataire judiciaire qu’il a eu l’accord de la soeur de Sadeck Dindar pour mettre en liquidation la SARL Sulliman. Sadeck Dindar en est encore abasourdi aujourd’hui. "Ma soeur n’a jamais été nommée gérante de cette SARL…", dit-il. C’est pourtant à elle et à un ancien employé de Sadeck Dindar que s’adresse le mandataire durant trois années, de 2019 à 2022. "Le mandataire ne m’a jamais contacté", résume Sadeck Dindar alors qu’il était en principe l’interlocuteur numéro 1.
"Ne connaissant pas du tout le monde de la gestion immobilière, ma soeur s’est rapprochée de mon ancien employé. Mais il faut savoir que je l’avais licencié pour faute lourde en mars 2019. Il voulait donc ma peau. C’est donc comme ça qu’il a proposé ses services au mandataire. Pourtant, comme pour ma soeur, il n’avait aucun titre de gérance de la SARL", confirme l’ancien gérant. Des échanges de mails entre ce trio attestent, selon Sadeck Dindar, de "manoeuvres fraudeuses" et de "collusions" pour l’écarter de la gestion de la société immobilière familiale. Raison pour laquelle il emploie, avec son avocat parisien, le terme d’abus de confiance dans la plainte qu’il a déposée en février 2023 à Saint-Denis.
Pour la petite historie, le jour de l’audience devant le tribunal de commerce, la tentative de mise en liquidation "artificielle" de la SARL échouera, les juges ayant compris que la soeur de Sadeck Dindar ne possédait aucun pouvoir de gérance.
Un tribunal de commerce peu regardant ?
Mais cet épisode raté n’aurait pas arrêté ses détracteurs qui ont alors imaginé changer le statut de la SARL en EURL sans lui en rendre compte évidemment. Dans les mails qu’il ne découvrira qu’en 2022, Sadeck Dindar saisira la preuve que c’est son ancien employé qui a manigancé avec un expert comptable afin de transformer la SARL Sulliman en EURL Sulliman afin de lui faire porter le chapeau seul. "Ceci a été rendu possible avec l’extrême incompétence du tribunal de commerce qui a enregistré le changement de statut sans aucune vérification", déplore-t-il au passage.
"Ils ont modifié la SARL Sulliman dont j’ai les statuts en EURL Sulliman appartenant à Sadeck Dindar seul. Mais pour procéder au changement de statut, il leur fallait convoquer une assemblée générale. Or, j’étais le gérant et le seul ayant capacité à signer", confirme Sadeck Dindar. Inutile de dire qu’il n’a été convoqué à aucune assemblée mais que pourtant, des actes avaient été produits dans son dos. "Vous ne trouverez ma signature que dans la déclaration de fin de travaux des Vergers du soleil à La Possession suite à la signature de l’architecte. C’est le notaire qui a tout signé entre 2019 à 2022 sans que je sois mis au courant ", expose-t-il.
"Le pire dans la SARL Sulliman c’est qu’il y avait un appartement de type T3 dans l’opération Résidence des Poètes. Cet appartement a disparu du patrimoine, je ne sais pas ce qu’ils en ont fait. C’est ce notaire qui aurait tout organisé. Ce n’est pas à moi de dire si c’est vrai ou pas mais ma signature a été imitée pour faire tous les documents", explique Sadeck Dindar qui à sa petite idée sur les talents d’imitation de son ancien employé déjà condamné dans une autre affaire. Une condamnation qu’il a découverte fortuitement, pendant le procès des Vergers du soleil en 2019.
Dans l’équation, son notaire, qui avait été condamné dans l’affaire judiciaire des Vergers du soleil en 2019, doit plus de 2 millions d’euros à son assurance. "Après la condamnation, l’assureur a joué son rôle en faisant l’avance aux personnes lésées dans la vente des appartements mais désormais l’assureur se retourne vers le notaire ! Sauf que ce dernier, pour éviter de payer plus de 2,7 millions d’euros - ce qui lui ferait aussi perdre son titre de notaire - a cherché par tous les moyens à me faire porter le chapeau seul. C’est en s’associant à ma soeur et mon ancien employé qu’ils ont imaginé me faire porter toute la responsabilité à travers la création sans mon avis d’une EURL à mon nom propre…", déplore-t-il le probable stratagème mis en place pour le faire passer pour le seul pigeon de l’histoire.
Des preuves matérielles jointes à sa plainte
Malgré tous éléments qui semblaient se liguer contre lui, Sadeck Dindar a tout de même pu compter sur des erreurs commises ici et là par la partie adverse. C’est ainsi que son ancien employé "a communiqué au tribunal de commerce l’adresse postale de l’entreprise pour laquelle il travaillait pour moi, ce qui est la preuve qu’il a continué à agir pour le compte de mes soeurs et de mon frère alors qu’il avait été licencié".
Aussi, profitant de son passage à La Réunion en septembre 2021 alors qu’il vit en grande partie au Portugal depuis cinq ans, Sadeck Dindar a réussi à mettre la main sur de précieux échanges de mails produits par son ancien employé licencié, son frère et ses soeurs en lien avec le mandataire judiciaire. Des mails dans lesquels le premier se disait prêt à apporter son concours pour le coincer. Les copies de ces échanges nourrissent sa plainte déposée en 2023.
Sadeck Dindar a donc fait état de ces révélations sur le rôle joué par ce notaire dans un nouveau courrier adressé au procureur le 21 septembre dernier.


