Devenir jockey : Les jeunes Réunionnais tentent leur chance

Ils sont une quarantaine de candidats environ à s'être présentés ou qui s'apprêtent à le faire d'ici vendredi à un casting pour devenir, dans le meilleur des cas, jockey dans quelques années. Mais le parcours pour y arriver est long. C'est tout l'intérêt de cette sélection par une structure agréée par le ministère de l'agriculture : l'AFASEC, l'association de formation et d'action sociale des écuries de course.
Ce matin encore, et depuis lundi, Laurence Aveillan, chargé de mission à la formation professionnelle ainsi qu'un collègue reçoivent un par un de jeunes Réunionnais venus afficher leurs motivations pour embrasser la carrière hippique.
Venue spécialement pour cette détection, Laurence Aveillan tente de déceler le degré de maturité des jeunes qui ont entre 14 et 18 ans.
Les candidats se bousculent
C'est le cas de Vincent Gérard qui, accompagné hier matin par ses parents au centre hippique de Bras-Panon est venu à la fois s’informer et faire bonne figure.
En attendant, anxieuse, la fin de l'entretien du lycéen de 17 ans et 57kg (ça a son importance pour un éventuel futur jockey), sa mère évoque son désir de devenir jockey depuis des années. Et l'opportunité s'est présentée : "Nous avons vu un communiqué comme quoi ils faisaient une détection de jeunes désireux de devenir jockey, nous sommes venus", dit-elle simplement.
Surprise de taille : le jeune Vincent n'a pas de vécu particulier dans un club équestre de l'île. Sa maman part malgré tout confiante. Une confiance qui sera entretenue par les propos des responsables de cette détection : "Embrasser une carrière dans le milieu hippique ne signifie pas y être tombé dedans depuis sa tendre enfance", répond en substance la chargée de mission.
Dix autres candidats se sont ainsi présentés au portillon du centre hippique de la ville de l'Est ce matin-là. "Le téléphone n'arrête pas de sonner", plaisante Laurence Aveillan. "Nous devions en principe clôturer les entretiens de motivation jeudi mais nous ajouterons sans doute une journée qui devait être en quartier libre vendredi afin de répondre à toutes les entrevues de dernière minute".
"On leur explique qu'ils rentrent dans un métier" lance la détectrice de talents. Le cursus est composé de deux filières principales : la formation initiale réservée aux plus jeunes et la formation professionnelle (pour les plus de 17 ans). "Nous devons donc nous assurer que l'adolescent soit prêt dans quelques mois à rejoindre nos centres de formation en métropole, ce qui veut dire passer à une vie quasi autonome". Ce qui attend le futur candidat sélectionné : une formation qui va de septembre à juillet.
La voie pour devenir jockey est mince
Dans la formation initiale par exemple, à la suite d'un brevet des collèges, un CAP agricole cavalier d'entraînement ou driver est la suite logique, puis vient un bac pro option hippique.
Pour le jeune Vincent Gérard qui étudie encore au lycée agricole du Grand Pourpier de Saint-Paul, "son parcours semble jouer en sa faveur" souligne en aparté Laurence Aveillan. "Il sait déjà comment se comporter avec des animaux et il connaît le milieu agricole". Chose étonnante : la sélection ne privilégie aucunement les enfants appartenant déjà à un club équestre. "Nous formons le futur jockey ou cavalier d'entraînement dans nos cinq écoles disposées en métropole dont l'une à Chantilly", la fameuse ville et son hippodrome. Deuxième préjugé qui tombe : "le nombre de filles qui s'inscrivent dans cette filière frôlerait les 60 à 70%" selon Laurence Aveillan.
Mais le chemin qui mène au métier de jockey est long. Beaucoup de candidats formés seront en effet simple cavalier d'entraînement, façon de parler, autrement dit l'anti-chambre avant de pouvoir galoper pour des courses professionnelles. "2% des élèves deviendront jockey" dit, réaliste, Laurence Aveillan. Au-delà de ce chiffre plutôt cuisant, "nous atteignons un taux d'insertion de l'ordre de 70% dans les trois mois après la formation, et encore plus au-delà".
Mais comme pour tout métier, c'est avant tout la motivation de l'élève qui fait l'essentiel. Pour le jeune Vincent et les autres candidats qui viendront encore ce matin du côté du centre hippique de Bras-Panon, il s'agit désormais de contacter à nouveau l'AFASEC dans les deux semaines qui viennent si toutefois leur motivation reste intacte après cet entretien. Assez de temps pour réfléchir, en famille, à un futur départ du marmaille vers la métropole.


