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Une verrue immobilière à La Possession cache une guerre fratricide chez les Dindar

Vue sur le Port et l’océan mais ennuis à tous les étages depuis des années. La résidence ou plutôt verrue "Les Vergers du soleil" à La Possession est au centre d’un bras de fer déconcertant au sein d'une même famille. Sadeck Dindar dépose plainte après avoir été évincé par ses frères et sa soeur des affaires immobilières familiales. Il soupçonne aussi un mandataire judiciaire d'avoir été à leur service.
Ecrit par Ludovic Grondin – le mercredi 4 septembre 2024 à 06H01

Vingt-et-un appartements alignés sur les contreforts du quartier Sainte-Thérèse à La Possession. La vue est belle depuis les fenêtres du versant nord mais, voilà, ce sont les ennuis que promoteur, acquéreurs, riverains et monde judiciaire ont devant les yeux depuis quinze ans.

Une sorte d’histoire sans fin dont l’un des grands chapitres a quand même donné l’illusion, en 2019, que l’affaire était réglée une fois pour toutes. Pourtant, cinq ans après, le dossier n’est toujours pas pacifié et, de façon très surprenante, fait intervenir des personnes d'une même famille.

Sadeck Dindar est le promoteur de la résidence les Vergers du soleil. En 2012, nous relations déjà les premiers faits de gloire de cette opération immobilière à travers la mobilisation des riverains de la rue Alexandre Dumas à Sainte-Thérèse. Hormis la vue qu’ils perdaient sur les bas, avec la ville du Port en point de mire, les voisins craignaient pour leur sécurité dans la petite voie sans issue, fortement inclinée et à sens unique qui dessert les habitations. A l’époque, ils avaient agité les incohérences en matière d’urbanisme avec une largeur de voie insuffisante et une zone de retournement non présente pour les véhicules de secours. Devant le tintamarre relayé dans les journaux, la mairie avait publié un arrêté ordonnant la suspension des travaux.

« Je suis allé jusqu’en cassation et j’ai gagné face aux riverains lorsque l’affaire a été rejugée en appel. Le géomètre a confirmé que la voie nous appartenait bien mais, qu’en plus, les voisins avaient empiété sur mon terrain », s’en félicite aujourd’hui Sadeck Dindar sur ce volet, clairement pas le plus important du dossier. A l’époque pourtant, ce bras de fer avec le voisinage avait fait de la mauvaise pub à un projet pour lequel des ventes en l'état futur d'achèvement s’étaient déjà conclues.

Fortement contrarié par des délais de livraison impossibles à tenir, Sadeck Dindar avait franchi la ligne rouge en demandant à son deuxième architecte de produire une fausse attestation d’achèvement des travaux. Le stratagème était même allé plus loin puisque de faux baux de location et de faux comptes-rendus de gérance immobilière avaient été produits pour cacher la réalité des appartements vides. Un stratagème qui aura vécu jusqu’à ce qu’un acheteur de métropole en vienne, de façon indirecte, a découvrir la supercherie.

La condamnation de 2019 clôt le premier chapitre

Séduit par la promesse d’une défiscalisation sur l’appartement qu’il avait donc acheté sur plan, à 10.000 km de chez lui, cet acquéreur avait eu la surprise de voir son centre des impôts, situé dans le Nord de la France, lui refuser la ristourne promise à la clé de son investissement. C’est ce tout premier grain de sable qui fera tomber l’écran de fumée mis en place par Sadeck Dindar. En tout, 12 investisseurs venus des quatre coins de l’Hexagone s’étaient portés partie civile, tout comme la mairie de La Possession puisque son plan local d’urbanisme n’avait pas été respecté.

Ce chapitre de « correctionnelle » se refermera le 30 avril 2019. Sadeck Dindar y sera jugé coupable devant le tribunal de Saint-Denis. Par contre, l’action judiciaire envers l’architecte s’était naturellement éteinte puisque celui-ci était décédé entretemps.

Cette condamnation définitive désormais derrière lui, Sadeck Dindar porte plainte à son tour contre X des chefs d’abus de confiance et d’escroquerie. L’ex-promoteur laisse le soin à la justice de désigner d’éventuels suspects mais sa plainte laisse peu de place au doute sur les personnes qu’il désigne responsables de ses déboires. Le plaignant vise notamment ses frères, sa soeur, son ex-comptable ainsi que le mandataire judiciaire désigné par le tribunal de Saint-Denis. Rien que ça.

Depuis février 2019, une guerre fratricide oppose ainsi Sadeck Dindar à ses frères et sa soeur. Le premier se dit injustement écarté de la gérance de la société civile immobilière Sully créée en 1979 par leur père et dont Sadeck Dindar était le co-gérant jusqu’à la disparition de son père en septembre 2019. Cette SCI a pour vocation de gérer le patrimoine immobilier familial à travers la construction d’immeubles, autant à La Réunion qu’à Paris.

C’est donc en février 2019 que les relations deviennent glaciales. Sadeck Dindar est démis avec fracas de ses responsabilités dans la société civile immobilière de sa famille. Un curieux cambriolage vient matérialiser cette mésentente familiale. Profitant de l’absence de Sadeck Dindar, les locaux de la SCI Sully sont visités entre le 29 janvier et le 1er février 2019. Les serrures y sont changées et des documents subtilisés. Sadeck Dindar est chassé des affaires familiales sans ménagement. Il dépose plainte pour ce vol et soupçonne déjà ses frères et sa soeur d’être derrière.

Et pour cause, ce même 1er février 2019, Sadeck Dindar reçoit un courrier lui annonçant la tenue d’une assemblée générale extraordinaire de la SCI programmée trois semaines plus tard. Il découvre que sa révocation et le retrait de tous ses pouvoirs au sein de la SCI Sully sont à l’ordre du jour. La méthode est radicale.

Ses frères et soeur, associés chacun à hauteur de 10%, motivent leur décision en lui reprochant un défaut de présentation du bilan comptable des deux années précédentes et une absence de transparence sur l’utilisation des fonds de la SCI familiale. Evincé car mis en minorité le jour de l’AG, Sadeck Dindar est remplacé par sa soeur.

Une éviction qui lui coûtera cher puisque, selon ses dires, la SCI demeure débitrice de 300.000 euros à son égard au titre des avances sur trésorerie qu’il aurait consenties pour des travaux mais aussi qu’il restait redevable des créances de la société en tant que caution solidaire. C’est donc à ce titre qu’en novembre 2019, le Crédit mutuel est venu lui exiger le versement de 127.000 euros suite à l’arrêt, en 2019 par la nouvelle gérante de la SCI, du remboursement d’un prêt contracté auprès de cette banque.

Sadeck Dindar a donc porté plainte en février 2023 pour abus de confiance devant le procureur de la république pour ces faits.

Il suspecte le mandataire d'avoir été au service de ses frères et soeur

L’autre volet de sa plainte porte sur des faits supposés d’escroquerie. C’est là que Sadeck Dindar inclut le mandataire judiciaire dans l’équation.

Le 15 octobre 2018, le tribunal de grande instance de Saint-Denis ouvre une procédure de redressement judiciaire à l’encontre de la société Vergers du soleil, celle-là même qui pilote la construction de cette vingtaine d’appartements et de deux villas dans le quartier Sainte-Thérèse à La Possession. Naturellement, un mandataire judiciaire est désigné par le tribunal.

« En juin 2019, j’ai voulu présenter un plan de redressement qui consistait en la vente des appartements achevés », nous explique Sadeck Dindar. Mais cette possibilité lui sera refusée de façon « frauduleuse », expose-t-il.

« J’ai découvert des échanges entre mes frères, soeur ainsi qu’un comptable que j’avais licencié et réengagé par ma soeur, avec le mandataire judiciaire Maître Hirou. Des échanges dans lesquels ce dernier dit espérer des documents d’archives de la société Vergers du soleil et où les autres protagonistes réclament au mandataire de me faire perdre mes titres. Or, je rappelle que je n’ai jamais été convoqué à ma révocation et que le comptable dont il est question n’a jamais été salarié de la société Vergers du soleil », explique Sadeck Dindar. « Ils ont donc choisi l’option d’une liquidation à l’amiable. Voilà comment on m’a empêché de présenter mon plan de redressement à travers cette collusion frauduleuse entre le mandataire, mes frères, ma soeur et ce comptable qui, je dois le rappeler, n’étaient ni représentants légaux, ni associés de la société », avise le promoteur mis à la porte par sa propre famille. « Un mandataire judiciaire n’a pas à écrire des mails en disant : ‘amenez moi des preuves’, en plus ça n’a pas été fait sur une période courte, ça a duré des mois », fait-il remarquer. Contacté, Me Laurent Hirou nous renvoie vers la lourde condamnation de Sadeck Dindar en 2019 pour rappeler l'état de service de ce dernier. Il est vrai que Sadeck Dindar y a été condamné pour "exécution de travaux non autorisés par le permis de construire, escroquerie et altération frauduleuse de la vérité dans un écrit".

« Il aurait mené sa famille à la ruine »

Le son de cloche est évidemment différent de l’autre côté de la barrière. « Si sa famille l’avait laissé en place, il aurait mené la famille Dindar à la ruine », déclare une personne proche du dossier. « Quand vous escroquez votre famille, qu’est-ce qui vous empêche d’escroquer d’autres gens ? En plus, il a mis des gens en faillite. Pourtant, il s’en est très bien sorti, il n’a pris que six mois de prison avec sursis. Aujourd’hui, il est en train de chercher un coupable sur cette opération immobilière mais, comme par hasard, il se manifeste une fois que sa responsabilité civile n’est plus engagée cinq ans après… Une SCI, à la base c’est pour récolter des loyers et les redistribuer. Là, ils n’ont récolté que des problèmes ! », ajoute cette personne. « Sur les Vergers du soleil, il n’avait pas totalement tort mais là où il aurait pu trouver une solution à l’amiable avec la municipalité et ses voisins sur des aspects mineurs, aujourd’hui c’est un désastre alors que ce n’était pas un mauvais projet au départ, comme tous ses projets d’ailleurs », admet ce proche, forcément désabusé par la tournure des événements entre frères et soeur.

Sur site, les 21 appartements demeurent vides d’occupants. L’opération immobilière a débuté en décembre 2008... Depuis, au fil des ans et des entourloupes, les acquéreurs emballés par la défisc ont retiré leurs billes. Plus récemment, un bailleur social s’est montré intéressé pour y loger ses demandeurs sur liste d'attente mais a évoqué la nécessaire réhabilitation des lieux car ils ont été vandalisés. « Il faut revoir les installations électriques, l’arrivée d’eau, etc. soit autour de 25.000 euros. C’est rien si on considère que chaque appartement vaut 150.000 euros », estime Sadeck Dindar.

Seules les deux villas situées au pied de la résidence ont trouvé preneurs. Une famille voisine a sauté sur l’occasion d’acquérir ces maisons dans la rue où ils ont toujours vécu à Sainte-Thérèse. Pour cette famille aussi, ses acquisitions se sont déroulées dans un climat conflictuel. « Nous sommes allés en contentieux avec M.Dindar », nous confie ainsi une propriétaire qui dit avoir fait une croix sur 4000 euros de défisc sans compter les frais de procédures.

Le seul bénéfice qu’ils retirent de l’inoccupation des appartements voisins reste la tranquillité. Un luxe par les temps qui courent. Les 21 appartements avec vue sur le Port trouveront-ils un jour leurs locataires ? Voilà quinze ans que le projet est figé dans la pierre, doublé d'un conflit familial depuis cinq ans.

Sadeck Dindar estime aujourd’hui à 5 millions d’euros le préjudice qu’il aurait subi à la suite de son éviction des affaires immobilières familiales.

 

Etiquettes : La Possession

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