St-Pierre : Une violence incontrôlable dans un corps juvénile

Accro à différentes drogues depuis ses 14 ans, principalement au tabac chimique, son addiction provoque des états de violences envers ses proches. Il a pourtant du mal à reconnaître les dérives où sa consommation l’amène. "Pour moi, c’est comme si je fumais une cigarette. J’avais consommé, mais c’était juste une petite dispute familiale", assure-t-il à la barre.
Pourtant, la "petite dispute familiale" a nécessité l’intervention de plusieurs personnes pour contenir Kenny dans son excès de rage le 7 février dernier. Ce jour-là, le jeune homme avait demandé à sa mère d’aller lui chercher du papier à rouler. Mais celle-ci n'arrive pas assez vite et une dispute éclate. Sa mère le pousse, ce qui va déclencher sa fureur.
Entendant le bruit, un couple de voisins arrive. L’homme tente de maintenir le frêle jeune homme, mais l’état de fureur de ce dernier le rend incontrôlable. La voisine va venir aider son compagnon avant de se faire mordre le bras. C’est finalement l’arrivée de la police qui permettra de le maîtriser.
Lors de son audition, la mère de Kenny va finir par se lâcher et dévoiler d’autres agressions. Même la grand-mère du prévenu est victime de ses crises. La mère du prévenu est dépassée et ne sait plus quoi faire, Kenny rejetant toute solution.
Une repentance peu convaincante
Après un séjour en hôpital psychiatrique puis en détention, le jeune homme semble loin de cette image diabolique. Son côté enfantin resurgit à chaque fois qu’il se retourne en espérant que sa mère entre dans la salle. Elle ne viendra jamais.
Il va lire une lettre d’excuse qui lui fait ressortir ses larmes et assure avoir décroché de ses addictions. Surtout, Kenny ne veut pas retourner en prison où il se sent en danger avec les autres détenus. Enfin, il va avoir un enfant avec sa compagne, elle aussi très jeune.
Des arguments qui ne convainquent pas la procureure. "Il est touche-à-tout dans ses consommations. Aujourd’hui, il est repentant, mais devient incontrôlable lorsqu’il consomme. Quand on en arrive à faire tomber sa grand-mère sur les genoux, c’est que l’on descend bien bas. Il est capable de menacer", souligne la représentante de la société.
Elle craint également la réitération des faits puisqu’il n’a pas de moyen d’hébergement autre que chez sa famille. "L’expertise psychiatrique indique qu’il y a une dangerosité avérée et constante liée au trouble de l’usage. Elle affirme qu’il n’y a pas une volonté manifeste de se soigner. Cette addiction ne peut pas être réglée en un mois de détention", ajoute la parquetière avant de requérir 10 mois de prison, dont 7 avec sursis. Surtout, elle demande une obligation de soin et d’entrer en contact avec les victimes.
Me Bruno Raffi, qui défend le prévenu, accepte une période de détention. "Si vous estimez qu’un temps de repos lui soit nécessaire, je ne vais pas aller contre. Mais je vais insister sur l'après'. Je plaide surtout pour cette deuxième partie. Il doit se voir infliger des mesures de soins drastiques, car dorénavant il a une autre âme à charge", souligne la robe noire.
Le tribunal va aller plus loin que les réquisitions en le condamnant à 10 mois de prison, mais seulement 5 mois de sursis. Il a interdiction d’entrer en contact avec sa mère, sa grand-mère et la voisine.


