Tant d'amalgames entre la criminalité et à l'enfance délinquante de l'ordonnance de 1945 !
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Et tant qu’on restera dans cette superficialité avec un déni de réalité avec une politique à spectacle, on s’enkystera bien dans une dimension lointaine à résoudre les vrais problèmes.
Quant on tire sur les forces de l’ordre à l’arme lourde, pour moi ce n’est pas de la délinquance quotidienne mais bien du grand banditisme. Le traitement devrait me semble t-il être différent. Avec cet amalgame criminalité et délinquance, les dérapages voient jour de plus en plus et les politiques de nouveau, font dans la diversion.
Rappelez-vous, l’idée qui remonte en 2006, d’un député du Haute Seine. C’était un projet de détection précoce des troubles de comportement chez les enfants de la maternelle. Ce qui a vu naître une montée de bouclier chez les professionnels spécialisés, associations des parents…etc à travers une forte mobilisation et d’une pétition, qui ont fait reculer l’idée du projet.
Fin l’année 2008, le même phantasme est revenu au galop. Je cite cet autre député "Quand vous détectez chez un enfant très jeune, à la garderie, qu’il y a un comportement violent, c’est le servir, c’est lui est utile à lui, que de mettre en place une politique de prévention tout de suite. Si l’on veut éviter d’avoir à appliquer le pénal très tôt, il faut essayer de faire de la prévention, il faut accompagner ces enfants dont on voit qu’ils sont entrain de partir sur un mauvais chemin".
Il faut croire que l’idée d’un fœtus qui bouge un peu trop dans le ventre maternel, c’est déjà un futur délinquant…
Puis on est arrivé par la suite à un rapport de la commission Verinard, avec ses propositions de refonte de l’ordonnance de 1945 dont le principe est l’affirmation de la primauté de l’éducation sur la sanction, tandis que la commission Verinard, elle préconise une fixation de responsabilité pénale à l’âge de 12 ans (le répressif prend le pas sur l’éducatif voire case de prison).
Dès cette année de 2008, le grand malaise a commencé à se nourrir dans l’opinion publique. Malgré, cette pensée du député et de son rapport, avait dit long sur les réponses à apporter sur les problématiques des mineurs délinquants.
Surtout, quand le premier ministre a désavoué son collègue de justice en disant que "Je suis totalement hostile à ce qu’on mettre des enfants de 12 ans en prison. Et que le gouvernement n’a aucun projet dans ce domaine, de modifier la législation dans ce sens".
Pan sur le bec de notre ancien ministre de la justice et aussi du rapport de la Commission Verinard.
Aujourd’hui, à ce début d’août 2010, nous sommes dans les mêmes incohérences voire les mêmes cafouillages.
Le discours du Chef de l’Etat de juillet à Grenoble qui a martelé que la fermeté étant la seule solution pour que "les atouts" de la France ne soient pas "gâchés par une poignée de délinquants. Tous les moyens seront mis en œuvre dès la rentrée pour châtier ces délinquants"…
Le Président préconise, la déchéance de la Nationalité Française pour toute personne d’origine étrangère qui aurait volontairement atteinte à la vie d’un policier, gendarme ou autre dépositaire de l’autorité publique (une inégalité devant la loi de la République ?), extension peine plancher de 30 ans, responsabilité pénale des parents et aussi revoir pour la énième fois l’Ordonnance du 2 février 1945 de l’enfance délinquante…etc.
Trop de préventif semble conclure le Président, il faut que le répressif reprend le pas. Quitte à démanteler l’ordonnance de 1945 sur les mineurs délinquants, qu’exige le Président, dès la rentrée parlementaire du 7 septembre (journée de grève nationale).
Je pense que se sera une grosse erreur d’envoyer en prison ces petits mineurs délinquants. Au contraire, je pense encore, qu’il ne faut absolument pas abandonner toutes approches éducatives qui peuvent aider les jeunes à se reconstruire, eux qui ont besoin d’être accompagnés et d’être soutenus.
La réponse d’une société n’est pas que de la répression et la stigmatisation. Il y a un gros travail de nos collègues éducateurs de rues, de la PJJ, des juges, des GUT, des associations, les communes… réalisent et que personne n’en parle.
J’ai cette impression qu’on est en train de culpabiliser ces équipes de professionnels aguerries et qui sont très souvent, seuls au front avec peu de moyens, dans des prises en charges éducatives continues avec un cadre éducatif rigoureux en terme de repères sociaux avec des circuits fondamentaux de socialisation dont l’école, la famille, l’emploi, la citoyenneté…etc.
D’ailleurs ces centres d’éducation renforcée (CER) se veulent être la dernière chance pour des jeunes multirécidivistes pour éviter le chemin de la prison (combien en a-t-on construit ?).
Mais en amont, il y a aussi une nécessité absolue de travailler en partenariat avec la famille, d’associer les parents au projet de son enfant. Car souvent cette violence, cette agressivité, cette transgression par rapport à la Loi, ces délits etc.. découle d’une grande instabilité affective et là, plus des moyens sont nécessaires pour la prévention spécialisée. ( Celle-ci n'excuse les actes qui doivent être sanctionnés).
Car, très souvent, la violence développée chez certains jeunes, leur sert aussi à « se protéger » contre la peur d’être détruits voire contre une violence, souffrance… vécue.
Voilà pourquoi des réponses doivent être aussi données aux causes. C'est-à-dire le chômage des parents, plus d'éducateurs spécialisés aux quartiers sensibles et défavorisés.
Aux jeunes déstructurés des moyens à se reconstruire, répondre aux mutations des villes avec accompagnement, répondre au problème de logement, à la pauvreté, à l’ascenseur social en panne pour les mêmes, au problème de drogue etc….
Pour se faire, ouvrons la réflexion, elle ne sera pas stérile si nous n’opposons pas, répression à l’éducation ou le répressif à l’éducatif.
Etant donné qu’il y a très souvent possibilité de répondre autrement que la prison, à condition peut être que les professionnels de la prévention spécialisée soient renforcés en moyens et en structures (on est très loin des besoins et de celles qui étaient prévues).
Dans toutes les hypothèses, un projet éducatif doit être construit avec le jeune, le travailleur social et surtout avec le magistrat, c’est eux qui demeurent les garants de l’avant, du pendant et de l’après projet.
La question est posée, mais où va t- on dans la destruction de l’enfance ? Faut-il revisiter une nouvelle fois la l’Ordonnance de 1945, que dans le champ sécuritaire ? C’est vraiment fou, la société que certain envisage de construire !
Mais de grâce arrêtons d’introduire cette vision "terroriste" à propos de nos mineurs délinquants.
Enfin, la parole nous la laissons à nos parlementaires en septembre, pour qu’on différencie bien, le banditisme et le délinquant, avec comme socle, l’ordonnance du 2 février 1945 renforcé en moyen préventif pour nos délinquants.
Jean Claude COMORASSAMY.
Educateur en pédopsychiatrie


