Notes de lecture - "Artémis a disparu", de Céline Huet : À ne surtout pas rater !

De Célimène, on ne connaît que la lithographie de « la femme à la guitare ». Albius portera, jusqu’à la fin des temps, cette énorme moustache et cet air triste qui n’appartiennent qu’à lui ; oubliant un peu vite qu’il a été un petit garçon joueur et curieux, même si esclave, comme le chante si bien notre pote Harry Pitou dans son clip audacieux.
Il fallait bien Céline Huet pour nous rappeler que ces icônes ont été des êtres humains, des femmes et des hommes de chair et de sang comme vous et moi. Mais elle a une façon bien à elle de s’y prendre…
Sans jamais le dire, son roman prend pied dans le genre « historique », mais avec tact.
Ses héroïnes et héros s’agitent dans cette période sombre qui a vu le partage entre l’esclavagisme et l’après-Abolition ; époque durant laquelle nombre d’anciens esclaves refusèrent de s’engager en faveur d’un ancien maître alors que d’autres y consentaient parce qu’il fallait bien vivre.
Nous trouvons les deux sortes d’états d’esprit dans une même famille, avec un père libre qui disparaît ; son fils, parti à sa recherche, disparu lui aussi ; et le dernier fils qui s’est engagé, faute de mieux, sur les terres à sucre de Charles Panon-Desbassyns à la Rivière-des-Pluies.
Et la maman qui attend d’improbables retours de ceux qu’elle persiste à aimer…
Les diverses péripéties animant nos personnages leur font rencontrer des gens bien, des salauds amateurs de chair fraîche, des profiteurs mais aussi quelques « petites gens » bien adorables. Leurs routes croisent celles des célébrités citées plus haut, non pas confites dans des attitudes admises une fois pour toutes, mais dans leur vie de tous les jours, avec leurs joies, leurs peines, leurs désespérances.
Ça se lit d’une traite avec un plaisir non dissimulé. La très grande courtoisie de Céline Huet est d’avoir fait imprimer son texte dans une écriture à l’intention des dyslexiques. Je vous rassure, ceux qui n’ont aucun problème de lecture peuvent y aller aussi ! Ce n’est qu’en s’attachant à de minuscules détails qu’on se dit, en effet, que…
La bibliographie de Céline Huet, déjà plus longue que la barbe de Mathusalem, et un palmarès fichtrement impressionnant, s’enrichissent d’une nouvelle pépite que vous serez nombreux, je n’en doute pas, à admirer.
« Artémis a disparu », de Céline Huet
Editions du 20 décembre
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