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Saint-Louis : Un médecin poursuivi pour harcèlement moral par ses secrétaires

Le comportement du médecin décrit comme déplacé et condescendant a poussé ses deux secrétaires à porter plainte. Ce jeudi, l’homme a donc été "fidèle" à lui-même à la barre du tribunal correctionnel.
Ecrit par Prisca Bigot – le jeudi 10 mars 2022 à 22H14

S’il venait à être condamné, il laissera "le stéthoscope pour la plume". A écouter le médecin jactancieux, l’ensemble des faits incriminés ne sont qu’un "énorme tissu de mensonges".

Lui est "là pour faire prévaloir la vérité". Ainsi, il s’octroie le droit de couper régulièrement la parole aux magistrats comme à ses avocats. De prévenu, il passe au statut de victime d’une forme de complot fomenté par ses associés. Il se décrit d’ailleurs comme "un médecin humaniste" . Les contours du personnage sont dessinés… le médecin est même allé jusqu’ à produire des attestations promouvant son caractère plutôt affable et bienveillant.

Le tableau peint par les deux secrétaires médicales plaignantes est évidement tout autre. Du 1er mars 2014 au 4 avril 2019, elles décrivent des paroles humiliantes et infantilisantes devant les patients, des caméras de surveillance orientées vers la salle de repos ou encore des certificats de décès que le médecin refuse de signer. Un document pourtant nécessaire aux familles pour officialiser le décès et permettre l’organisation des obsèques. Aux secrétaires donc de gérer la colère des familles ou l’exaspération du SAMU. Des plaintes de patients viennent également s’ajouter à la liste de griefs contre le médecin. 

"Ma femme est créole"

Une des secrétaires a également évoqué un épisode significatif du comportement déplacé du médecin quand l’homme, parce qu’affamé, a exigé qu’elle commande une pizza. Rien de répréhensible en soi si ce n’est la façon de demander. "C’était normal de commander mais malheureusement le pizzaiolo ne répondait pas", témoigne-t-elle.

De quoi irriter le médecin qui, devant toute la patientèle, somme la secrétaire de lui trouver de quoi manger sinon il ne recevra plus personne. "Je venais au travail la boule au ventre. Je ne savais jamais à quelle sauce j’allais être mangée", confie-t-elle encore perturbée par ses conditions de travail. 

Les récriminations peuvent paraître anecdotiques mais les justifications aux faits reprochés parfois étonnantes. "Pour vous les créoles c’est difficile d’utiliser l’aspirateur, vous êtes habitués au balai", des propos imputés au médecin et rapportés par la secrétaire médicale.  Et " des faits montés en mayonnaise avariée", se défend le médecin. "Ma femme est créole", se targue-t-il ainsi pour parer toute accusation de racisme. "Je suis fier de représenter l’intégration zoreil à La Réunion", ose-t-il sous le regard médusé du prétoire et franchissant un pas de plus dans l’égocentrisme. 

Un trait de caractère qui a été par ailleurs soulevé par l’expertise médico-sociale notant également une vision archaïque du management. 

"Hiérarchie des métiers"

"On ne va pas inverser les rôles",  tance Me Amel Khlifi-Ethève pour les parties civiles, réagissant aux questions posées aux victimes par la défense. Cette dernière, par l’entremise de Me Brigitte Hoarau et Gil Madec - avocat du barreau de Versailles-, tendent à faire penser que les deux secrétaires sont particulièrement revendicatrices. "Ce n’est pas parce qu’on fait des demandes salariales que l'on n'est pas victime de fait de harcèlement", fait valoir Me Amel Khlifi-Ethève. Au total, 15.000 euros de préjudice moral sont demandés. 
 
"Il y a eu confusion entre pouvoir de direction et harcèlement", note le ministère public. Pour la procureure, la manière de parler a été "irrespectueuse et déplacée". 8 mois de sursis, 10.000 euros d’amende et 3 ans d’inéligibilité ont été requis à l'encontre du médecin.
 
Plaidant un dossier dans lequel "les poursuites ne sont pas pertinentes dans la mesure où les faits ne constituent pas du harcèlement" , la défense plaide la relaxe. "C’est vrai, on l’aime où on ne l’aime pas. Il s’exprime de facon particulière mais cela ne fait pas harcèlement", pointe Me Brigitte Hoarau tandis que Me Gil Madec évoque "la hiérarchie des métiers qui n’est plus respectée". 
 
Le délibéré est attendu pour le 21 avril prochain. 

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