Revenir à la rubrique : Société

ACSP... Regards citoyens sur le classement de la Réunion au patrimoine mondial

Quel est le regard de l'Association citoyenne de Saint-Pierre (ACSP) sur le classement des "Pitons, cirques et remparts" de la Réunion au patrimoine mondial de l'Unesco. Nous avons interrogé Gaëtan Hoarau, le président de l'ACSP, sur le sujet. Un président qui avait tout de même enregistré 16.000 signatures lors des pétitions relatives à la réintégration de la Plaine des Sables dans le périmètre naturel à classer.
Ecrit par zinfos974 – le lundi 2 août 2010 à 17H45

Gaëtan Hoarau, vous présidez l'Association citoyenne de St-Pierre (ACSP). Quel est dans un premier temps votre impression après le classement des "Pitons, cirques et remparts" de la Réunion au patrimoine mondial de l'Unesco ?

"Notre première impression... c'est une victoire historique. Pour nous, c'est la victoire historique d'un mouvement citoyen. Cela fait plus de deux ans et demi que nous nous sommes mobilisés, population réunionnaise et touristes du monde entier, pour ce classement au patrimoine mondial de l'Unesco mais avec la Plaine des Sables, ce joyau dont on dispose à la Réunion."

On connaît les différents combats que vous menez pour la préservation de l'environnement. L'exemple des pétitions relatives à la réintégration de la Plaine des Sables dans le bien à classer était-il primordial selon vous ?

"Oui, en fait nous avons eu 16.000 signataires. Cette action a été tellement forte que lorsque les experts sont venus en octobre 2008, à la suite de la venue des experts de l'UICN, nos arguments et le mouvement populaire ont été écoutés puisque l'UICN a demandé à ce que la Plaine des Sables soit réintégrée au bien. C'était une des conditions essentielles pour le classement. Sans cette réintégration, on n'aurait pas été là aujourd'hui. Ce classement a, bien sûr, été mené par l'équipe en charge du dossier mais ce classement n'aurait pas eu lieu sans le soutien populaire exprimé à travers les 16.000 signatures des pétitions de l'ACSP".

Selon vous, quels seront les avantages d'un tel classement dans le giron de l'Unesco ?

"Il y a une chose qui est évidente. Nous avons une richesse naturelle. Si l'on regarde bien les critères de classement, ce sont eux qui doivent nous permettre de répondre. On a une biodiversité exceptionnelle avec des espèces endémiques uniques au monde. C'est une richesse qui est à préserver aujourd'hui mais aussi pour nos enfants. C'est fondamental pour l'avenir.
Le deuxième point concerne tous les gens qui viennent à la Réunion et qui sont éblouis. Nous mêmes, Réunionnais, lorsque nous nous baladons ou que nous allons plusieurs fois au même endroit, nous sommes vraiment émerveillés par la beauté des paysages. Ce deuxième critère est également reconnu internationalement. Cela nous donne une force et des atouts et moyens supplémentaires qui pourront être mis en œuvre pour la préservation de ces sites exceptionnels."

Nombreux sont ceux et celles à évoquer les contraintes liées à ce classement. Quelle est la position de l'ACSP en la matière. Y a-t-il des craintes ?

"Il faut bien distinguer les choses. Il y a déjà un Parc national pour lequel il y a une réglementation. A l'heure actuelle, il y a une charte en cours d'élaboration qui va préciser les modalités d'application de cette réglementation. Charte pour laquelle l'ACSP n'a toujours pas été consultée. Il est important que les citoyens puissent donner leur avis et qu'il y ait conciliation, liberté individuelle et protection du cœur. La protection sera forte pour le cœur du Parc, c'est une évidence sinon ce n'est pas la peine d'être classé au patrimoine mondial. Si ce n'est pas pour léguer un bien préservé aux générations futures, ça n'a aucun intérêt. Le but, c'est l'avenir.
Ce qui permettra de développer des activités économiques aux portes du cœur du Parc. (...) de façon à ce que cela bénéficie aux villages comme Bourg-Murat, Cilaos ou Salazie et aux petites, moyennes ou grandes structures. Il faut préserver les sites exceptionnels et développer les activités aux portes du cour du Parc."

On voit bien que certaines populations, comme celle de Mafate, ne voit pas d'un très bon œil le Parc. Est-ce que ce classement peut donner plus de visibilité au Parc national de la Réunion ?

"Il faut effectivement que le Parc s'ouvre davantage aux habitants. Qu'il y ait un meilleur dialogue, une meilleure communication. Quand on vit au cœur du Parc, c'est une vraie chance, mais c'est vrai qu'il y aura une législation. Soyons honnêtes, on ne peut pas faire n'importe quoi n'importe où. (...). C'est vrai qu'au cœur du parc, il faudra une concertation et un dialogue importants pour faire comprendre et respecter un certain nombre de règles minimales."

Il y a également le Piton d'Enchaing, le Piton Sucre, la Chapelle, la Grande-Chaloupe ou encore Mare-Longue qui ont été intégrés à l'aventure. Là aussi, il s'agit d'une reconnaissance de taille pour la Réunion ?

"C'est une excellente chose, c'est sûr. Il y a les forêts primaires des hauts, les forêts primaires des bas. Ce qui est extraordinaire, c'est cette variété que l'on a. C'est super d'avoir pu agir de façon à pouvoir sauvegarder ces zones. C'est vraiment une très bonne nouvelle."

Quels seront vos prochains combats en matière de préservation et de sensibilisation de l'environnement ?

"Déjà, le classement au patrimoine mondial, ce n'est qu'un début. Nous devons tous être vigilants. Dans tous les documents du Parc national, on ne trouve aucune trace du mouvement citoyen de l'ACSP qui a, en partie, contribué à ce classement. On espère qu'il y aura une reconnaissance des mouvements citoyens. Le principal combat concerne le recours actuel de l'ACSP contre la CIVIS concernant le réaménagement du site Grand-Anse. C'est un dossier qui date de 2007. Un réaménagement qui avait pour but, de façon larvée et déguisée, de privatiser le site sous le "signe" de la protection de l'environnement avec une piscine d'eau de mer chlorée. Cela devrait être jugé au Tribunal administratif au dernier trimestre 2010 après plus de trois ans et demi d'où la difficultés des mouvements citoyens qui œuvre sans un seul euro. Tout vient des citoyens et des bénévoles. (...)."

 

Etiquettes :

Dans la même rubrique

0💬
Tri :