Des moyens "ridicules" face aux 500 millions d’euros d’évasion fiscale par an à La Réunion

Il y a peut-être dans l'île des personnes qui tremblent. Les secrets bancaires que l'on imaginait inviolables tombent à coups de révélations.
Solidaires-Finances Publiques a voulu profiter du scandale des Pandora Papers pour faire un point de situation et rappeler que La Réunion est bien placée pour l’évasion fiscale. La proximité géographique des Seychelles, concernées dans les premières affaires révélées il y a quelques années, rappelle que le département est entouré de paradis fiscaux. Une tentation forte pour celui qui ne veut pas payer ses impôts et qui a les moyens de s'en soustraire.
"Localement, il y a un problème. L’océan Indien est pointé du doigt par ces scandales (Panama et Pandora Papers). Deux fois en cinq ans. Il y a l’île Maurice et les Seychelles qui sont des paradis fiscaux. Par exemple à Port-Louis, il y a 2.000 entreprises d’ingénierie fiscale. Ces sociétés créaient des comptes aux Seychelles. À La Réunion, il y a des gens qui possèdent des fortunes. C’est difficile de croire que certains ne sont pas tentés", imagine Stéphane Clain, le co-secrétaire départemental de Solidaires-Finances Publiques.
Une "volonté politique"
Ce qui agace le plus Magali Billard, la secrétaire départementale du syndicat, c’est d’entendre les députés affirmer être effarés d’apprendre cela, "alors que ce sont eux qui votent les lois pour faire de l’optimisation fiscale". Elle affirme donc qu’il y a une absence de volonté politique de lutter contre le phénomène.
"Quand il y a une volonté politique, il y a des moyens. Là, on nous fait croire que les agents vont aller sur Facebook pour contrôler. C’est ubuesque, on frôle le ridicule. Les petits n’ont pas les moyens d’éviter l’impôt. C’est une preuve que ce n’est pas équitable. Après, on récupère le manque à gagner sur les gens qui ne peuvent pas se cacher. Mais dès que c’est des dossiers importants, ça devient difficile de pouvoir suivre, car il faudrait 3 à 4 agents dessus", explique la représentante syndicale.
Pour elle, il faut remettre à plat toutes les niches fiscales et ne garder que celles qui ont un intérêt avéré. Un processus de vérification qui doit être permanent. "Notre administration met les choses sous le tapis et attend que ça se passe. Il va falloir que les politiques arrêtent de se cacher. C’est frustrant pour les collègues d’avoir à taper sur les PME, alors qu’il n’y a pas les moyens de s’occuper des gros dossiers", compare-t-elle.
Manque de moyens humains dans l'île
Pour expliquer le manque de moyens de l’administration fiscale sur l’île, Stéphane Clain fait un comparatif avec les départements qui comptent à peu près le même nombre d’habitants que La Réunion. Ainsi, le Finistère compte 84 agents dédiés aux contrôles fiscaux, 81 pour la Loire, 74 pour l’Oise là où La Réunion en compte 52.
Il regrette que le directeur régional ne se batte pas plus pour obtenir des moyens humains supplémentaires. Son camarade Pascal Valiamin estime, lui, que la faiblesse de l’administration fiscale rend le contexte "fraudogène".
"Un sentiment d’inégalité"
Ce dernier est alarmiste sur les conséquences de cette évasion fiscale. "Quand on ampute de telles sommes, c’est dramatique. Cela veut dire moins d’écoles, moins de routes, moins d’hôpitaux. On parle de la transition écologique qui demande beaucoup de fonds, cela ne pourra pas se faire si l’on poursuit dans ce sens. C’est l’évasion fiscale qui conduit à des politiques d’austérité. Surtout après la pandémie qui a alourdi la facture."
Pascal Valiamin estime que la différence entre les Pandora Papers et les autres scandales porte sur le nombre de personnalités politiques impliquées. "Avec tout ça, c’est normal que le consentement à l’impôt baisse. Quand on voit DSK, ancien patron du FMI, et Jérôme Cahuzac, ministre des Finances, faire de l’évasion fiscale, il y a un sentiment d’injustice qui grossit. Et c’est ce sentiment d’inégalité qui fait grossir les populismes", estime-t-il.
Le syndicat estime à 500 millions d’euros par an l’évasion fiscale dans l’île. Un chiffre longtemps contesté, mais jamais contredit. Il est même pris en référence par certains députés locaux. Car les agents fiscaux l’assurent : "chiffrer l’évasion fiscale est quasi impossible."


