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Restauration: le pass-sanitaire coupe l'appétit des gérants et des clients

L’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (l’Umih) l’a annoncé ce lundi matin, les établissements hôteliers peuvent rouvrir leurs portes mardi midi, à condition d’y faire appliquer le pass sanitaire. A notre micro, des restaurateurs de Saint-Denis nous font part de leurs doutes et inquiétudes. Dans les conditions actuelles, le pass sanitaire est difficile à avaler.
Ecrit par zinfos974 – le mardi 10 août 2021 à 08H00

Le pass sanitaire entre en scène dans les restaurants et soulève une flopée de réactions. Nous avons frappé à la porte de plusieurs restaurants dionysiens pour savoir si ces établissements étaient prêts techniquement pour appliquer ce protocole sanitaire. Les avis sont partagés. Le [pass sanitaire]url:https://www.zinfos974.com/Le-pass-sanitaire-entre-en-vigueur-Qu-est-ce-qui-change_a172068.html est considéré comme un non-sens pour certains restaurateurs. D’ici au 16 août, date d'un éventuel déconfinement, le taux de contamination n’aura pas diminué et le nombre de vaccinés n’aura pas beaucoup progressé. Ouvrir dans ces conditions est difficilement envisageable. Le pass sanitaire ne permettra qu’aux vaccinés, aux personnes testées négatives, ainsi qu'à ceux présentant un certificat de rétablissement d’accéder aux services de restauration sur place.

"On va se partager des miettes"

"Je suis CONTRE le pass sanitaire, mais POUR la vaccination", indique Stéphanie Marie-Louise qui tient la Page Gourmande sur le boulevard Sud. "Oui le pass sanitaire nous permettrait de ne plus jamais fermer, mais aujourd’hui, combien de Réunionnais sont vaccinés, 30% ? Sur ces 30%, il y a combien de personnes en Ehpad ? Combien de personnes avec plusieurs cas de comorbidités, qui de toute façon ne se déplacent pas ? Ces gens ont peur du covid, et je les comprends : ça fait peur. Mais parmi les gens qui sont vaccinés, combien iront au restaurant ? Donc on va se partager des miettes. Il n’y a rien de péjoratif là-dedans mais sur les 1200 restaurants sur l’île (environ), on va se partager 15% de la population ? Donc [rouvrir oui, mais pour combien de couverts]urlblank:https://www.zinfos974.com/Reouverture-des-bars-et-restaurants-ce-mardi-annoncee-par-les-syndicats_a172119.html  ?", analyse-t-elle, dubitative sur l'intérêt d'ouvrir, même avec le feu vert du pass.

 

Après le coûteux plexi-glass, la restauratrice dit "non" à la borne du pass

L’installation des seuls plexi-glass a déjà coûté 3600€ à Stéphanie. De beaux plexi-glass : piètement en fer, panneaux de plexi gravés avec le logo de son resto. Tout cela juste avant le couvre-feu de mars 2021. Mais elle ne peut plus supporter ce genre d’investissement.

La borne à QR code, qui filtre les pass sanitaire ou les tests PCR des clients, coûte tout de même 180€, et l’abonnement se situe aux alentours des 80-90€ par mois.

Même scepticisme du côté de Pierre Luc, gérant du bar restaurant La terrasse de Bourbon. "Une borne ça va faire gagner combien de temps ? 5 secondes ? Je ne pense pas que nous soyons autant pressés lorsque l’on vient au restaurant. L’agent d’accueil pourra sans problème s’en charger. Bien sûr, l’idéal serait de pouvoir recevoir n’importe quel client qui se présente à notre porte sans avoir à faire de discrimination sociale. Tout le monde devrait pouvoir manger à notre table", entrevoit le restaurateur.

A défaut d'accueillir en salle, les restaurateurs peuvent se tourner vers de l’emporter, mais ça ne règle pas le problème de fond. Certains le font pour garder le moral ou juste une bonne dynamique pour garder à flot la trésorerie. Ceux-là sont déjà rôdés à l'exercice. Mais pour d’autres, ce n’est pas envisageable. Soit le service n’est pas rentable, soit sa mise en place est trop coûteuse et/ou risquée.

Il préfère attendre la fin du couvre-feu

Les restaurateurs étaient passés en flux tendu pour éviter les pertes en cas de fermeture inopinée. Eux, dont les frigos sont habituellement bien remplis, avec beaucoup de stock, n'ont commandé que le strict nécessaire, semaine après semaine. Pierre Luc précise que : "Oui, le dernier week-end de liberté, ça nous a fait plaisir de voir nos clients affluer pour profiter d'une dernière soirée. En plus ça nous a permis d'écouler nos stocks, on n'a pas eu beaucoup de pertes. Mais on était quand même concentré sur les difficultés à venir... " , affirme-t-il.

La Terrasse de Bourbon a profité de cette fermeture forcée pour faire quelques travaux et ne rouvrira qu'à la levée du couvre-feu.

En plus de leurs matières premières, les restaurateurs doivent aussi considérer leur masse salariale, leur loyer et leurs charges.  Ainsi donc, les patrons n'ouvrent leur établissement que s'ils estiment que leur chiffre d'affaires peut au moins payer ces charges. Des charges nécessaires au bon fonctionnement de leur entreprise.

Tourner à moins de 50% de leur capacité d’accueil, à cause du nombre trop faible de vaccinés, les mènerait donc à la catastrophe.

Voilà pourquoi certains établissements ont choisi une formule alternative. C'est le cas de l'enseigne "Ton Chinois Préféré" en centre-ville de Saint-Denis qui a décidé de fermer sa salle et de ne proposer que de l'emporter.

 

Obliger ses employés à se vacciner est difficilement envisageable

"Il est difficile d’embaucher du personnel qualifié, motivé et avec qui on crée une bonne ambiance de travail. Donc quand on en trouve, on le garde très précieusement. J’ai une chouette équipe, je ne vois pas m’en séparer ou les obliger à se faire vacciner", se défend Stéphanie au moment de commenter l'autre mesure qui divise. Avec l'instauration du pass, les employés non vaccinés ne toucheront [ni aide, ni allocation.]urlblank:https://www.zinfos974.com/Pass-sanitaire-Les-salaries-suspendus-n-auront-pas-droit-aux-allocations-chomage_a172109.html  
 
"Si nous restons fermés, nous n’aurons pas d’aides", confie Pierre Luc. "Actuellement les aides ne nous permettent que de payer le loyer et les charges donc c’est mieux que rien. Mais ces aides sont calquées sur la métropole. Là-bas les restaurants ont rouvert depuis longtemps et ils n’ont pas les mêmes contraintes que nous". Il faudrait selon le restaurateur et ses confrères "instaurer des aides adaptées, déclinées au territoire réunionnais. Je répugne l’idée d’assistanat, mais au vu de la situation, on a besoin d’aides, c’est la seule solution si on ne veut pas travailler à perte."

Du côté des clients, certains habitués ont prévenu leur restaurant ou bar de prédilection que tant qu'il y aura un pass sanitaire, ils ne reviendront pas.

 

"Dans un mois, on sera peut-être tous habitués au pass sanitaire..."

Certains préfèrent rester optimistes et se préparent à [la mise en place de ce nouveau dispositif]urlblank:https://www.zinfos974.com/Les-fraudeurs-au-pass-sanitaire-bientot-punis-d-une-amende-de-750_a172100.html . La borne n'est certes pas obligatoire mais le personnel hôtelier, grâce à des smartphones ou des tablettes, est en mesure de scanner les QR-codes des clients à l'entrée. 

Une des responsables de Dina Morgabine Saint-Denis conclut : "quand le QR-code pour afficher les menus a débarqué, on était tous perdus, on ne savait pas comment faire. Aujourd'hui tout le monde sait comment ça marche. Dans un mois, on sera peut-être tous habitués au pass sanitaire...".

 

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