Y en a marre!
Aucune image à la une trouvée pour cet article.
La France est surprise, la France est choquée. L'image que donne d'elle son équipe lui "colle la honte". D'abord, par ses piètres résultats, ensuite, par les déplorables altercations qui sont survenues entre membres des Bleus. Et le français s'indigne, crie au scandale. Il s'estime ridiculisé par le comportement de la sélection française. Et, très vite, les propos dérapent. Et très vite les langues se délient. On se lâche. Et les émanations de ce relâchement ne sentent pas très bon.
Car l'équipe de France est essentiellement constituée de Blacks, de Beurs, de gars de banlieue. De ces parvenus dont il est inimaginable de penser qu'ils puissent toucher un tel salaire.
Quand ils gagnent, ils sont la France! Quand ils perdent : "Que voulez-vous avec tous ces noirs et ces arabes, mal éduqués, incapable de supporter la pression, auquel le succès monte à la tête…" Au café du Commerce, on distingue des relents de racisme, de mépris envers les immigrés,les pauvres, les habitants de banlieue, en un mot, celle que Jean-Pierre Raffarin appelait la "France d'en bas".
"Ils n'ont aucune éducation, ils sont trop payés, n'ont aucun respect pour notre pays". Chacun y va de son petit couplet. En oubliant une chose, c'est tellement facile de taper sur les joueurs. Ils font des boucs émissaires absolument parfaits. C'est vrai qu'avec des salaires qui oscillent entre 85.000 et 800.000 euros par mois, ils ne sont pas à plaindre. Indigne de toucher un tel salaire en pleine période de crise !
Indigne, je ne sais pas. Ce sont quand même eux qui font le spectacle, nouveaux gladiateurs pour jeux du cirque moderne. Ce sont eux qui s'imposent une discipline de vie extrêmement rigoureuse, personne n'existe à ce niveau sans cette rigueur, pour être " la matière première" du gigantesque système économique qu'est devenu le football, et de manière moindre, mais globalement identique, l'ensemble du sport professionnel. Tout ça pour des miettes, des clopinettes, un os à ronger.
Comment ? Entre 85.000 et 800.000 euros des clopinettes. Je vous vois déjà vous dresser, prêts à me lyncher.
Et oui, des clopinettes. Des clopinettes en or 24 carats, certes, mais des clopinettes. Car les joueurs ne sont que la face visible d'un système qui se gave et qui met en avant les salaires des footballeurs professionnels pour mieux pour mieux masquer combien il s'embourbe.
Car on a vu aucun patron payer un salarié plus cher que ce qui lui rapporte. Or, les footballeurs sont des salariés, des salariés de luxe, certes, mais des salariés. Et jusqu'à présent, ce n'est pas eux qui déterminent leur valeur, mais bien ce qu'ils achètent. Et, économiquement, on a encore vu personne acheter quelque chose qui ne lui apporterait pas de valeur ajoutée.
Prenons un petit exemple. Les droits télés de la dernière saison de football ont rapporté 505 millions d'euros aux 20 clubs de la ligue 1. On ne parle là que de télédiffusion! Cela représente 631 mois de salaire de Frank Ribéry, soit 52 ans de carrière, et tout ça en un an. Et c'est sur les joueurs que l'on jette l'opprobre!
Allons, messieurs les censeurs, un peu de dignité, un peu d'humilité! Evitez de jeter en pâture les joueurs au public, vous vivez de leur sueur! Eux au moins fournissent la prestation, vous, vous vous contentez de toucher.
Quant à la grandeur de la France, auquel ces joueurs auraient porté atteinte, laissez-moi rire. Quand sur les stades, on leur jette des bananes, on pousse des cris de singe, on les agonie d'injures racistes, peu de gens pensent à la dignité de la France et à la pitoyable image qu'en donne ceux qui se livrent à ces exactions.
De la même manière s'ils représentent la fierté de la France, pourquoi donc ces matchs ne sont-ils pas diffusés sur le service public, pour permettre au plus grand nombre de se reconnaître dans le sentiment patriotique, mais vont plutôt faire le bonheur (financier) de quelques chaînes cryptées ?
A brûler, comme d'habitude, ceux qui représentent, sport dans lequel nous excellons, nous Français, quand donc s'interrogera-t-on, sur notre part de responsabilité dans l'ambiance pourrie qui règne au sein des Bleus.
Celle de la presse tout d'abord et des journalistes qui aujourd'hui privilégient la forme sur le fond, l'anecdotique sur le thème principal, confondent le people avec le fondamental. Etait-il bien nécessaire d'aller exhumer une conversation de fond de vestiaire rapportée par un Judas de bas étage ? Est bien le rôle d'un journal comme L'Equipe ? Revenons aux fondamentaux.
Ce qui nous intéresse ce sont les qualités techniques d'un joueur, pas avec qui il a passé la nuit de son anniversaire. D'autant que la même confrérie qui joue les pères la pudeur face a un rapport tarifé avec une fille mineure (n'en déduisez pas que j'approuve cet acte, mais c'est pour mettre en exergue le paradoxe) la mettent en couverture de leur magazine la semaine suivante.
Pour faire un parallèle, un jeune majeur jugé pour des crimes commis pendant sa minorité est jugé devant le tribunal pour enfants. Alors, pourquoi donc ces moralistes ont-ils trouvé utile de faire leur couverture avec la jeune majeure légère et court-vêtue pour des faits survenus pendant sa minorité ?
Responsabilité également de la fédération. Imagine-t-on - la comparaison est certes un peu osée - un pays en guerre annoncer le limogeage du ministre des armées à quelques jours d'une bataille fondamentale pour la suprématie du pays ? Difficile à croire.
Pourtant, c'est, toutes proportions gardées, exactement ce qu'a fait la fédération. Annoncer l'arrivée de Laurent Blanc comme sélectionneur la saison prochaine, à quelques jours de la coupe du monde était une idée suprêmissime.
Difficile d'imaginer mieux pour renforcer l'autorité de Domenech et, accessoirement, flinguer le moral des Girondins de Bordeaux avec la dégringolade qui s'en est suivi dans le championnat.
Ça, c'est de l'extraordinaire ! Ça fait penser une réplique chère à Audiard qui disait : "Les cons, ça ose tout. C'est même à ça qu'on les reconnaît!"
Arrêtons les fariboles. Aujourd'hui une insulte survenue dans un lieu privé, et rapporté par un traître passe muraille, devient une affaire d'État, alors que dans le même temps ce qui sont, réellement, sensés donner l'exemple : hommes politiques, hauts responsables, fonctionnaires de premier ordre, qu'ils soient de droite ou de gauche, locaux ou nationaux, pataugent pour certains dans une gadoue où, même condamnés par la justice, ils n'ont pas la dignité de se démettre.
Et c'est l'équipe de France, que l'on désigne aujourd'hui à la vindicte publique, l'équipe de France que l'on convoque, quasi manu militari, chez le président lui-même, allons, allons un peu de sérieux !
Finalement, les Romains avaient raison. Les vieilles recettes finissent toujours par triompher. Panem et circenses, du pain et des jeux, pour les non latinistes, demeurent toujours un mode de gouvernement et, pendant que l'on glose sur l'expulsion ou non d'Anelka, l'on ne se préoccupe pas de cette crise qui s'étend comme un véritable incendie et qui risque de mettre en faillite des états souverains.
L'équipe de France, l'arbre qui cache la forêt et, pendant ce temps-la, "cabris i mange salades!"
Jacques Rivière, pas dupe!


