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Lettre aux joueurs de l’équipe de France...

Ecrit par zinfos974 – le lundi 21 juin 2010 à 17H41

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lundi 21 juin 2010

Messieurs les joueurs de l‘Equipe de France,

Permettez-moi de vous adresser cette lettre, moi qui ne suit ni journaliste, ni expert en football, et encore moins ancien joueur ou responsable d’une équipe de football amateur. Je ne suis qu’un simple passionné de sport, et en ce dimanche 20 juin 2010, je contemple à travers les différents médias à ma disposition les ruines encore fumantes de ma sélection nationale...

J’aurais très bien pu adresser cette lettre à la Fédération Française de Football, coupable selon moi d’avoir laissé en poste votre sélectionneur après un Euro 2008 catastrophique. On nous a promis du changement dans une communication qui n’a cessé avec le temps de vous couper des supporters, on nous a assuré que l’équipe de France serait prête pour la Coupe du Monde 2010 avec Raymond Domenech à sa tête. On nous a même infligé un clip ridicule pour nous faire comprendre que "oui, nous le pouvons !". Et voilà aujourd’hui le résultat.

J’aurais également pu écrire ce courrier aux journalistes, responsables selon moi d’avoir entretenu ce climat pourri autour de notre équipe de France, d’avoir presque systématiquement anéanti les maigres espoirs qui pouvaient naître  malgré des prestations de plus en plus poussives et de finalement "tirer sur l’ambulance". Pour arriver à ce paroxysme du samedi 19 juin où le journal L’Equipe fait sa une avec les insultes sorties de la bouche de l’un d’entre vous. Moi aussi j’ai été choqué, et moi aussi, comme votre capitaine, j’ai pensé aux enfants passant devant les kiosques à journaux et dont les yeux se poseraient sur ce journal. Mais peut-on vraiment en vouloir à la presse de faire son travail dans un pays où l’on peut encore penser librement, et de nous "dévoiler", comme vous le dites si bien, l’intimité d’un vestiaire ? N’avons-nous pas le droit de savoir ce qui se passe dans cette équipe qui nous appartient autant qu’à vous ? Ou encore pouvais-je aussi m’adresser à tous ces consultants, anciens joueurs ou entraîneurs, à tous ces experts qui sans être coupables ont eux aussi leur part de responsabilité pour avoir participer aux différents pelotons d'exécution désignés. C’est vrai qu’ils n’ont pas laissé leur part aux chiens dans le lynchage médiatique de l’équipe de France, avant et pendant cette Coupe du Monde. Mais là encore, ont-ils vraiment eu tort et n’ont-ils pas fait ce pour quoi ils sont payés ?

Et finalement, j’aurais aussi dû m’envoyer cette lettre, parce que moi aussi je suis responsable de ce fiasco en critiquant votre sélectionneur que j’avais pourtant accueilli avec joie un jour de 2004, en médisant sur le jeu que vous pratiquez sur le terrain et qui est  une insulte à vos talents de footballeurs, en ne croyant pas à vos chances pour cette Coupe du Monde... J’aurais dû adresser cette lettre aux millions de Français qui, comme moi, se prennent pour le sélectionneur national...

Mais c’est à vous que j’écris. Vous qui portez ce maillot bleu qui représente tant. Qu’avez-vous fait ? Qu’avez-vous fait de cette équipe qui nous a tant donné par le passé ? Après votre match contre le Mexique, votre sélectionneur n’avait pas de mots pour exprimer ce qu’il ressentait. Cela me paru étrange tant j’en avais trop pour évoquer ce que moi j’ai ressenti : honte, humiliation, dégoût, rancoeur, colère, dépit... Mais pas de tristesse. Un comble pour moi qui suit généralement touché par les choses du sport. Moi qui pleure encore lorsque je vois Didier  Deschamps lever la Coupe du Monde... Pas de tristesse parce que depuis quatre (longues) années vous ne nous avez jamais donné l’envie de vous suivre au bout du monde. Par vos déclarations, par vos réactions, par votre football... J’ai même crû que vous n’aviez pas envie de vous rendre en Afrique du Sud tant le parcours des qualifications fût un long et douloureux chemin de croix. Jusqu’à cette main qui a tant fait couler d’encre. Et un sentiment de honte, déjà. Parce que vous avez tous salué cette qualification sans retenu, sans humilité, sans penser à la manière dont vous aviez "réussi" votre mission. Et je ne parle pas tant de cette main horrible que de vos prestations plus que douteuses sur le terrain. Mais je ne suis pas un expert... De la honte, oui, jusqu’à se dire que nous ne méritions pas notre billet d’avion.

Et puis vint cette Coupe du Monde. Et on se prend à rêver d’un parcours rédempteur, de celui qui nous fait pardonner toutes les fautes. On se persuade que les matches de préparation ne sont que des matches de préparation. On s’impatiente et on compte les jours qui nous séparent de vos grands débuts. Bien sûr il y a plein de "petites" choses qui nous font douter, de paroles étranges, de comportements bizarres. On nous dit que nous  allons droit dans le mur avec cette équipe, cette façon de jouer, qu’il faudrait remplacer un tel par un tel et changer de système de jeu. Mais je ne suis pas un expert, moi ! Et même si je ne peut que me rendre à l’évidence des preuves apportées par les spécialistes, j’ai encore au fond de moi cette flamme qui fait que j’y crois un tout petit peu et qui me fera enfiler mon vieux maillot bleu au soir du 11 juin...

Le 11 juin, c’était il y a seulement dix jours... Je ne voulais que vous voir (enfin) jouer au ballon. J’avais juste envie que vous me donniez tort de croire à tous ces discours destructeurs. Je voulais juste goûter de nouveau à ce parfum d’épopée, sortir dans la rue et arborer fièrement mon maillot bleu, klaxonner dans ma voiture en faisant 37 fois le tour du quartier et chanter la Marseillaise au détour d’une fontaine avec des gens totalement inconnus mais portant le même maillot que moi... Mais mardi, lorsque vous jouerez votre troisième match, je ne porterai pas mon vieux maillot bleu. Parce que j’ai peur que l’on se moque de moi. Parce que j’ai honte. Parce que vous ne le méritez plus. J’en viens même à souhaiter que vous ne puissiez pas vous qualifier pour les huitièmes de finale. Pour que cette mascarade cesse enfin. Qu’avez-vous fait de l’équipe de France ? Qu’avez-vous fait de l’honneur et de la fierté de porter ce maillot ? Vous l’avez souillé avec des insultes et des gestes obscènes. Déjà que nous n’étions pas brillants sur le terrain...

Lamentable, indigne, ridicule... Là encore beaucoup de mots me viennent à l’esprit en ce jour de fête des pères, ce jour où vous avez décidé de vous mettre "en grève" en quelque sorte. Mais c’est surtout de la colère qui se contient en moi. Est-ce que vous vous rendez seulement compte de ce que vous faîtes ? Qu’à travers vous, nous sommes la risée du monde entier ? Que vous êtes en train de tourner le dos à la France entière où vous êtes traités de tous les noms, où vous faites l’objet de blagues au goût douteux et où plus grand monde ne vous soutient ? Que vous avez trahi la dernière once de confiance que j’avais encore en vous ? Je me doute bien que vous n’avez que faire de mon soutien et que vous êtes plus occupés à sauver je ne sais plus trop quelle face. D’ailleurs, qu’est-ce que vous voulez vraiment ? Qu’on vous comprenne de vouloir sauver l’un des vôtre, alors que celui-ci insulte son entraîneur ? Que l’on vous aide à débusquer ce "traître", coupable selon vous de violer votre intimité, comme si vous ne saviez pas comment fonctionnait le monde du foot et ses médias ? Que l’on vous pardonne d’avoir été aussi mauvais sur les terrains alors que vous nous promettez depuis des mois que vous vous battriez pour aller jusqu’au bout ? Mais qui a laissé ses tripes sur le terrain ? Vous voulez que l’on vous excuse de faire de l’équipe de France de Kopa, de Platini et de Zidane un repère de mafieux où règne la loi du silence et où la paranoïa est un mode de vie ? Comment pouvez-vous croire une seule seconde que l’on puisse encore vous soutenir ? Pas après ce que vous nous avez fait vivre en ce dimanche de juin, le jour où onze néo-zélandais, à des années-lumières de vos carrières et de vos égos, ont montré ce qu’était la solidarité sur un terrain de foot...

Je suis resté devant ma télé toute l’après-midi durant, tour à tour abattu, en colère, moqueur ou triste devant le spectacle affligeant dans lequel vous vous êtes mis en scène. Je vous ai vu aller au clash, refuser de vous entraîner. Je vous ai vu vous défiler en envoyant le sélectionneur lire à votre place un joli communiqué. En plus vous donnez l’impression de ne rien assumez... Et puis les larmes me sont montées aux yeux lorsque j’ai pris conscience que vous étiez en train de pourrir la Coupe du Monde, celle que nous avons attendu pendant des semaines, des mois. Vous savez, la compétition où vous nous aviez promis que vous seriez prêts dès le premier jour... On ne vous demandait pas la lune ni même d’ailleurs de devenir champions du monde, surtout pas après ces quatre dernières années. Mais juste de nous donner un peu de rêve, un peu de joie. On vous aurait sans doute même pardonné de perdre, si tant est que vous donniez tout et que vous jouiez au foot, le sport pour lequel vous êtes payés... Et maintenant, me voilà, espérant de tout mon cœur que vous ne serez pas prêts pour ce dernier match. Pour que tout s’arrête, enfin. Que l’on arrête les psycho-drames, que l’on arrête le délire. De toute façon, la fête est d’ores et déjà gâchée. Gâchée par votre cirque, votre je-m’en-foutisme et votre paranoïa.

Il y a quatre ans, un soir de juillet, on vous a aimé dans la défaite. Il y a deux ans, vous pouviez encore vous cacher à l’ombre des déclarations surréalistes d’un sélectionneur qui paraissait ne plus rien contrôler. Cette fois, vous avancez démasqués vers un été qui va nous semblez à tous bien trop long... Jean de la Bruyère disait : "Les amours meurent par le dégoût, et l’oubli les enterre". Je crois malheureusement que nous ne sommes pas près de vous oublier...

Jean-Philippe B.

 

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