Niqab, Burqa : Levons le voile
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La position de notre président sur l’interdiction du voile intégral, qui empêche de dévisager la femme le revêtant, comme le niqab ou la burqa, fait débat.
Le port de tels attributs est traditionnel : tchador en Iran, burqa chez les Pachtounes, imposée par les Talibans comme critère de religiosité, simple voile ou foulard un peu partout dans le monde musulman, et niqab. Il y a cinq millions de musulmans en France. Or on parle de quelque 2.000 femmes voilées cachant leur visage en métropole, environ 250 à La Réunion. Ce simple fait chiffré indique bien que le port du voile intégral n’est pas imposé par le Livre Saint (selon le Mufti Tantaoui, recteur de la plus haute autorité sunnite, El Azhar du Caire d’où sortent toutes les fatwas qui font référence en Islam). Aucun verset dans aucune sourate du Coran ne parle de cette obligation. On relate l’anecdote d’une femme dépenaillée, agressée par des hommes, qui demande la protection du Prophète ; celui-ci conseille à celle-là de ne pas attiser la concupiscence masculine en s’exhibant. Quelques disciples voient là matière à en demander plus au Prophète : quelle surface de peau doit être laissée au regard d’autrui ? Dans sa grande sagesse, Mahomet rétorque que plus on entre dans le détail d’un dogme religieux, plus celui-ci devient liberticide.
Puisque il ne s’agit pas d’un commandement divin, personne ne peut obliger la femme au port du voile au prétexte de religiosité. C’est une affaire de tradition culturelle.
Mais cette culture s’oppose à la citoyenneté dans notre pays : nécessité de prouver son identité dans divers actes de la vie civile par exemple. Aussi le gouvernement veut obliger ces femmes à découvrir leur visage, même dans l’espace public. Cette volonté relève de la liberté et de la dignité humaine :
- liberté : celles qui prétendent à la liberté en se vêtant comme elles l’entendent ne sont pas libres, obéissant à leur compagnon ou supportant le poids d’une culture citée plus haut. Vous comprenez, m’a-t-on dit, si la femme ne peut se voiler, elle devra rester à la maison : n’est-ce pas là justement une question de liberté ?
- dignité humaine : au sens de Pic de La Mirandole, "l’homme est fait à l’image de Dieu", Dieu n’a jamais commandé de se cacher de l’humanité ; au sens kantien, où la liberté passe d’abord par la nécessité, nécessité de la vie en communauté, en bonne intelligence avec les autres, nécessité que la valeur morale de tout acte de la vie passe par son universalisation : imagine-t-on l’ensemble de la gent féminine déambulant dans les rues tels des fantômes vêtues de jais ? Le port du voile intégral, non universalisable, n’est pas un acte moral. Dans ce sens exigeant, au même titre que la prostitution (vente de son propre corps), ou le lancer de nains (quand bien même ceux-ci l’accepteraient), ce vêtement, offrant l’image dégradante de la femme, selon certaines associations comme "Ni putes ni soumises", la condition humaine ne s’en accommode pas. Rajoutons que masquer son visage est une forme d’irrespect d’autrui.
Ainsi le port du voile intégral n’est pas un acte religieux, mais n’est pas non plus un acte citoyen respectant la liberté et la dignité humaines. S’il faut en passer par la Loi pour l’abroger, acceptons-le. Disons simplement que le port de masques est déjà interdit en public. Le poids des traditions doit s’effacer devant la citoyenneté, qu’elle soit française ou mondiale. Car nous sommes tous des citoyens du monde.
Dr Bruno Bourgeon
Vice-président de l’Espace éthique réunionnais


