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Le billet d'humeur de Mohamed Aït-Aarab : Silence, on tue !
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Ecrit par zinfos974 – le mercredi 11 septembre 2019 à 14H15

Mardi 3 septembre 2019. Le gouvernement lance, en grande pompe, le « Grenelle » contre les violences conjugales.
Véritable prise de conscience nationale ou gesticulations médiatiques ? L’avenir le dira.
Prévues pour durer jusqu’au 25 novembre 2019, les réunions, organisées dans 91 départements, dont la Réunion, doivent permettre au gouvernement d’engager des mesures fortes pour mettre fin à un scandale qui n’a que trop duré.
En 2017, 123 femmes mouraient sous les coups de leurs conjoints ou compagnons. En 2018, le chiffre s’élevait à 121 victimes. Début août 2019, 85 femmes figuraient déjà dans cette sinistre comptabilité.
À la Réunion, en 2016, 5 plaintes étaient déposées quotidiennement. L’année suivante, nous en étions à 7 plaintes par jour. Or, seulement 20 % des victimes osent se déplacer au commissariat de police ou à la gendarmerie pour dénoncer leurs bourreaux. C’est à dire que 8 femmes sur 10 – une voisine, une collègue de travail, la boulangère, la caissière du supermarché, etc. - sont des martyres anonymes.
La lecture de ces quelques chiffres permet de mieux comprendre pourquoi notre île figure au troisième rang (après la Guyane et la Corse) des territoires les plus touchés par les violences conjugales.
Il est donc une question que l’on ne peut éluder et qui doit légitimement être posée à nos gouvernants : le « Grenelle » 2019 va-t-il s’ajouter à la longue liste des pantomimes et raouts ministériels qui, sur ce même thème, ont accouché d’une souris ? Ou va-t-on enfin prendre le taureau par les cornes pour mettre fin à cette ignominie ?
Car, depuis quatre décennies, nos éminences n’ont pas chômé :
• 1975 : la France ouvre le premier refuge pour femmes battues, à Clichy, le « Centre Flora Tristan », du nom de l’une des initiatrices du féminisme en France au XIXe siècle ;
• 1983 : après avoir ratifié la Convention de l’O.N.U sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (1979), la France lance la première campagne nationale d’information pour lutter contre les violences conjugales ;
• 1989 : des commissions départementales d’action contre les violences faites aux femmes sont créées ;
• 1990 : la Cour de cassation reconnaît pour la première fois le crime de viol entre époux ;
• 1992 : à la demande du Secrétariat d’État aux Droits des Femmes, une permanence nationale téléphonique est créée ;
• 1994 : le crime passionnel devient un crime de droit commun ;
• 1994 : avec le nouveau Code pénal français entré en vigueur le 1er mars, le crime conjugal est sanctionné plus sévèrement, la qualité de conjoint de la victime devenant circonstance aggravante ;
• 2004 : le gouvernement lance le premier « Plan global de lutte contre les violences faites aux femmes » (2005–2007). Il sera suivi de quatre autres plans interministériels, dont le 5e en 2018 ;
• 2005 : la loi relative au divorce entre en vigueur permettant à la victime de violences conjugales de saisir le juge aux affaires familiales ;
• 2006 : la loi n° 2006–399 renforce la prévention et la répression des violences au sein du couple ;
• 2010 : la lutte contre les violences faites aux femmes devient « Grande Cause Nationale » ;
• 2011 : la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique créée un cadre juridique complet pour prévenir les violences à l’encontre des femmes, protéger les victimes et mettre fin à l’impunité des auteurs de violences. La France la ratifie le 4 juillet 2014 et elle est entrée en vigueur dans le pays le 1er novembre 2014 ;
• 2014 : dans la loi du 4 août 2014, pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, certaines mesures de lutte contre les violences conjugales sont renforcées : éviction du conjoint violent du domicile familial, généralisation du téléphone « grand danger » ;
• 2017–2018 : l’égalité entre les femmes et les hommes et, dans ce cadre, la lutte contre les violences faites aux femmes, devient « Grande Cause du Quinquennat » d’Emmanuel Macron ;
• 2017 : le cinquième plan de mobilisation et de lutte contre toutes les violences faites aux femmes (2017–2019) voit le jour. Il est suivi en 2018 d’un « grand plan inédit du gouvernement contre les violences conjugales ».
Impressionnant, n’est-il pas !
Malgré cela, chaque semaine ou presque, la presse fait état de la disparition d’Ingrid, de Géraldine, de Joachime,… mortes sous les coups d’un tortionnaire qui a confondu amour et possessivité, tendresse et domination.
Tout acte causant ou pouvant causer aux femmes « un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques, y compris la menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou la vie privée » (Déclaration sur l’élimination de la violence contre les femmes, O.N.U., 20 décembre 1993) relève de la violence conjugale et doit être sanctionné avec la plus extrême rigueur.
Mais une politique répressive, bien que nécessaire, doit s’accompagner d’un volet éducatif et d’une action concertée de tous les acteurs étatiques.
La sensibilisation des jeunes en milieu scolaire et périscolaire sur les stéréotypes et les violences sexistes existe déjà. Elle doit être renforcée et les parents doivent y prendre leur part en expliquant, par exemple, que la petite sœur n’est pas la domestique de son frère. Le foyer familial est le lieu par excellence de l’apprentissage du respect d’autrui.
L’État, dans toutes ses composantes, doit également mettre ses administrations au diapason : aucune femme ne devrait se heurter à la mauvaise volonté d’un fonctionnaire de police ou d’un gendarme refusant d’enregistrer sa plainte ; les ordonnances de protection doivent être généralisées ; les A.R.S. doivent travailler de concert avec les hôpitaux afin d’accueillir dignement les femmes victimes de violence ; etc.
Bien sûr toutes ces mesures ont un coût. Mais là aussi tout est affaire de volonté politique.
L’Espagne a (effectivement) mis sur le tapis (quoi qu’en dise Marlène Schiappa) … 1 milliard d’euros sur 5 ans, soit 200 millions par an ! En décembre 2017, l’ensemble des groupes parlementaires du parlement espagnol, les communautés autonomes et les entités locales représentées par la Fédération espagnole des municipalités et provinces ont ratifié le pacte d’État contre la violence de genre, conclu en juillet 2017 et qui prévoit plus de 200 mesures éducatives, sociales, judiciaires et sécuritaires pour lutter contre les violences faites aux femmes.
Le gouvernement français, par la voix du Premier ministre, a annoncé une enveloppe de … 5 millions d’euros.
Cherchez l’erreur.
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