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Le billet d'humeur de Mohamed Aït-Aarab : "L'île dont la reine est une voiture"

Ecrit par zinfos974 – le mercredi 4 septembre 2019 à 20H57

Seuls les naïfs, les ingénus et les nigauds biberonnés au civisme social-démocrate scandinave peuvent encore croire que les trottoirs de nos villes sont destinés aux enfants, aux personnes âgées, aux mamans, aux bébés dans leurs poussettes, aux personnes handicapées, …. Bref à toute cette humanité piétonnière qui, pour se rendre d’un point A à un point B distants de quelques centaines de mètres, n’éprouve pas le besoin d’asseoir son fondement sur les sièges en cuir d’un S.U.V dernier cri.

Honte au piéton qui a l’outrecuidance de vouloir traverser la chaussée au moment où je suis le roi du bitume ! 

Haro sur la piétaille qui voudrait m’empêcher de garer mon véhicule sur le trottoir, juste au bas de mon immeuble ! 

Sus au quidam qui m’interdit de déposer ma progéniture dans la cour de l’école ! 

Boutons hors de notre territoire le cycliste trop lent qui empiète sur notre espace routier ! 

Finissons-en avec cet homo erectus qui ne comprend rien au progrès et à la modernité !

Le trait sera jugé grossier, excessif, caricatural. Il n’est que le reflet de ce que vivent, au quotidien, des milliers de citadins réunionnais pour qui traverser pédestrement la ville relève d’un épisode de Koh Lanta.

La voiture a phagocyté notre environnement quotidien. Tout est, pensé, construit, réalisé pour elle.  Rien d’étonnant, dès lors, que des mères de famille ou des grands-pères risquent leur vie, celle de leurs enfants et petits-enfants en marchant sur la chaussée. Parce qu’un homo automobilus microcéphale et individualiste a annexé le trottoir pour y parquer sa berline.

Peut-être serait-il bon que la maréchaussée, nationale et/ou municipale rappelle à ces citoyens indélicats, à coup d’amendes bien pimentées, ce que signifie la vie en collectivité, ce que veut dire le bien public, ce qu’est le vivre ensemble ?

La politique “du tout bagnole” appartient à « l’ancien monde » et il importe enfin d’en prendre réellement conscience.

Aujourd’hui, comme hier, les transports en commun n’assurent qu’une faible part des déplacements sur l’ensemble de l’île, à peine plus de 6%, chiffres quasi constant depuis des années. Et la transition, pour rendre nos villes à leurs habitants, pour tenter - si cela est encore possible - d’échapper au coma circulatoire, sera sans doute malaisée. Mais nullement impossible, à condition qu’une volonté politique forte émerge, à tous les niveaux de décision.

Pouvons-nous encore supporter, sur un réseau routier saturé, plus de 25.000 nouveaux véhicules chaque année ? À moins d’un aveuglement, hélas rédhibitoire, la réponse est perceptible dans la question.

La progression annuelle du trafic routier - entre 3 et 4 % - nécessite un doublement des voies de circulation tous les 20 ans. Quelle collectivité territoriale peut relever un tel défi financier, sauf à sacrifier l’éducation des plus jeunes, la nécessaire solidarité intergénérationnelle ou l’aide aux plus fragiles de notre société ?

Un article, fort documenté, publié dans la presse locale en novembre 2017 posait parfaitement les termes du problème, rappelant au passage que Tenerife, capitale des îles Canaries, R.U.P. de 900.000 habitants vivant sur un territoire de 2034 km², bénéficiait  d’« investissements lourds multimodaux, en faveur des transports publics (2 lignes de tramway), porteurs d’un développement économique, touristique et écologique ».

Une foultitude de rapports ont étudié, analysé, évalué, planifié, proposé… Nos élus savent donc ce qu’il convient de faire, en matière de transport urbain et interurbain, afin d’organiser une mobilité plus facile pour tous.

Nos élus sont conscients - du moins je l’espère - qu’un changement de logiciel (en novlangue technocratique dans le texte) est absolument nécessaire pour repenser la ville en mettant l’humain au cœur de la réflexion, pour développer la mobilité par une offre sûre, confortable, accessible, régulière, diversifiée…   

Les enjeux et les défis de l’aménagement futur de la Réunion sont clairement posés. Notre inaction serait criminelle à l’égard de nos enfants et petits-enfants.

Mais avec l’homo sapiens, « grand singe égoïste » qui a une furieuse propension à la folie suicidaire, le pire est souvent devant nous. En ce cas, le pamphlet d’Yves Pacalet deviendra texte prémonitoire et « l’humanité disparaîtra, bon débarras ! »

  

 

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