Expérience numineuse provoquée par la pièce "Les femmes savantes" chez Lionel Naccache

Imaginez un Professeur de neurologie, fine fleur de la recherche en sciences de l’esprit en France. Lionel Naccache nous habitue à emprunter très souvent des chemins hors normes. Il assiste en octobre 2016 au théâtre de la Porte-Saint-Martin, à Paris, à une représentation des "Femmes savantes".
L’expérience de cette comédie, magistralement crée par Molière, aura eu un tel effet que le Professeur Naccache décida d’en extraire une sorte d’archéologie conceptuelle hypothétique, neuro-scientifiquement éclairée. Dans ce nouvel opus, (1), à notre connaissance, il est le premier qui légitime ouvertement la sphère subjective humaine comme pouvant faire objet d’investigation scientifique. Nous avons connu cet auteur depuis son ouvrage, déjà hors norme, sur "Le Nouvel Inconscient. Freud, le Christophe Colomb des neurosciences", 2006. Dans le parcours de cet auteur, nous avons toujours regretté de le voir minimiser l’apport du psychanalyste Carl Gustav Jung.
Du fait de "l’effet" qu’aura provoqué cette pièce de Molière sur le cerveau de ce chercheur, nous lui proposerions le concept phénoménologique d’ "effet numineux" pour tenter d’élucider les conséquences de ce qui émane potentiellement de cette pièce ‘‘Les femme savantes’’ au point d’élargir la cognition de ce chercheur et de nous en faire profiter. Il dit du "malaise contemporain" qui nous toucherait, "empli de symptômes qui renvoient à la connaissance, tantôt à la sexualité, mais qui n’auraient jamais été analysés comme relevant d’un même trouble situé à l’intersection de ces deux domaines". Ce livre s’emploierait à déchiffrer ce malaise "en postulant l’existence d’une névrose pétrie de connaissance et de sexualité". Ce "complexe des femmes savantes" apparaît, dit Naccache, "comme l’une des signatures de notre modernité".
Jung a théorisé l’effet "numineux" qui vous fait vous transformer immédiatement en ré-envisageant les perceptions extérieures tout en réalisant que celles-ci vous transforment instantanément de l’intérieur comme vous ne l’avez jamais ressenti. Et surtout lorsque vous avez une connaissance approfondie du fonctionnement du cerveau et que vous avez minimisé l’importance de la sphère subjective. Une impression de "prise de conscience" intuitive semble se révéler comme une évidence engendrant une plus grande cohérence dans votre sentiment de vous-même et dans vos acquisitions (même scientifiques).
En 1937 Jung évoque ce concept pour évoquer un dynamisme de la psyché, dans "Psychologie et religion", page 114, (1958). Le “numinusum” serait une expérience du sujet indépendante de sa volonté…
Les apports non publiés de la psychanalyste Anne Altman offrent une piste de travail: considéré du point de vue subjectif, au niveau de l'expérience qu'un individu peut en faire, se ressent comme un champ idéo-affectif doté de "numinosité". Ce terme de numinosité qualifie ainsi cette expérience de saisissement, de fascination ou d'effroi devant "le mystère disproportionné du sacré". Cette psychanalyste se réfère effectivement à Jung. L'expérience de l'archétype de la femme (ou de l’homme) se projetant comme "savant", pour compenser un complexe, serait dotée d'une charge "numineuse" qui se manifeste dans les comportements individuels et dans des situations typiques que sont les situations sexuelles, sociales, économiques, éthiques, au point d’y inclure (universellement ?), selon Naccache, le genre masculin.
- Nous sommes tous des femmes savantes, O. Jacob, 2019.


