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La catastrophe est sur l’horizon. Sommes-nous prêts ?

Ecrit par zinfos974 – le mardi 23 avril 2019 à 15H26

La Réunion est connue pour son « vivre ensemble » affirmé avant tout par un respect mutuel et un dialogue bienveillant entre les différentes confessions religieuses.

Nous pouvons nous en féliciter, bien sûr, mais ne devons-nous pas aussi nous demander si cette sérénité interconfessionnelle dont jouit la Réunion ne pourrait pas être un jour menacée par quelque conflit à l’entour ?

Le polytechnicien philosophe Jean-Pierre Dupuy est un spécialiste des catastrophes qui, depuis deux décennies, martèle l’idée que seuls ceux qui croient qu’une catastrophe va arriver sont capables de la prévenir.

Alors demandons-nous jusqu’à quel point notre rare et délicate harmonie pourra résister au tumulte d’un monde qui, depuis le 11 septembre 2001, s’est continuellement enfoncé dans la violence de guerres hybrides au milieu desquelles des nations, des peuples, des ethnies, des confessions n’ont eu de cesse de s’affronter mortellement en usant de tout le spectre des moyens militaires, de la désinformation au terrorisme ?

Se poser la question, c’est y répondre, car nous pouvons tous constater que depuis 2001 justement, nos marches pour la paix n’y ont rien fait, le monde n’a pas cessé de s’enfoncer dans ce que certains nous présentent comme un « choc des civilisations ».

Comment croire que sans mesure de prévention particulière, nous pourrons résister à l’engrenage mimétique d’une violence à laquelle nous semblons presque condamnés ?

Observons, par exemple, qu’en Nouvelle-Zélande, les cinquante musulmans qui ont été massacrés dans leurs mosquées ne l’ont pas été à Auckland, Wellington ou Nelson, mais dans la ville appelée Eglise du Christ (Christchurch). Ce télescopage est peut-être le fruit du hasard mais voudrait-on mettre de l’huile sur le feu qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

Maintenant que les terribles attentats de Pâques au Sri Lanka sont considérés comme une réplique à ceux de Christchurch, il n’est pas extravagant de penser que, de par le monde, des forces concourent activement à la mise en place d’un choc des civilisations entre un Occident façonné par la chrétienté et une immigration musulmane d’origine africaine ou moyen-orientale qui s’efforce de perpétuer sa religion et plus généralement, sa culture et/ou ses traditions

Comme chacun sait, ce refus de l’assimilation et donc la cohabitation de ces deux cultures ne va pas sans susciter ici et là des tensions, des ressentiments, voire des violences de sorte qu’en dépit des volontés d’apaisement de part et d’autre, une forme d’antagonisme culturel s’est progressivement installé et s’est trouvé renforcé années après années par l’immigration de masse, le différentiel de natalité mais aussi la permanence des conflits meurtriers et dévastateurs que l’Occident suscite au Moyen-Orient — sans parler des attentats terroristes ou des innombrables persécutions anti-chrétiennes en terre d’Islam. Au point qu’on peut légitimement se demander comment tout cela va finir.

Alors que l’Europe se targue d’avoir établi un record de paix... entre ses membres, tout se passe comme si une guerre civile se présentait sur l’horizon. La chose paraît tellement sérieuse que dans son livre « Un président ne devrait pas dire ça », François Hollande envisageait carrément une partition du territoire national. 

N’y a-t-il pas là de quoi assommer tout citoyen normalement constitué ? Alors que la question de l’immigration a toujours été mise à l’écart du débat national (comme ce fut encore le cas pour le récent Grand débat), n’est-il pas hallucinant de constater que nos élus — à qui la Constitution donne pourtant mission de protéger l’unité nationale — songent à quelque chose d’aussi radical qu’une partition du pays ? Qui ne voit que cette « solution » est celle qu’habituellement les vaincus se voient infliger ? Pense-t-on que les français deviendront des « vaincus » sans s’insurger ?

Pour le dire clairement, avec la froide lucidité que Jean-Pierre Dupuy nous adjure de faire nôtre face aux périls qui menacent, les réunionnais doivent se demander ce qu’il adviendra de leur vivre ensemble si, par malheur et pour les raisons évoquées plus haut, une forme de guerre civile devait s’instaurer progressivement ou éclater en métropole.

Ils ne pourront résister à cette catastrophe absolue et à la contagion de la violence que suscitent les solidarités communautaires que s’ils se savent toujours-déjà engagés et protégés par une « union sacrée » qui assurera à chacun le sentiment d’appartenance à une seule et même famille réunionnaise au sein de laquelle, au-delà de la diversité apparente, tous se reconnaîtront comme des frères et sœurs bien décidés à se faire confiance, à se défendre mutuellement et à s’assurer de rester en paix à tout prix, quels que soient les affiliations, les intérêts, les obligations morales ou légales qui pourraient les rendre sensibles ou, carrément soumis, aux sirènes des conflits à l’entour.

D’aucuns pourraient juger ces considérations aussi inutiles que surréalistes tant la Réunion peut sembler à l’écart des dangers évoqués, d’abord en raison de son éloignement géographique, ensuite en raison de l’adhésion ancienne de sa communauté musulmane au principe de laïcité ainsi que de l’absence, chez elle, de toute posture victimaire au regard d’un passé colonial qui suscite encore du ressentiment chez nombre de musulmans d’origine nord‑africaine ou subsaharienne. Mais, comme y insiste Jean-Pierre Dupuy, se raconter que la catastrophe ne peut pas arriver est justement ce qui la facilite...

Nous voulons tous la paix, mais elle a un prix. Celui des efforts et des sacrifices à accomplir pour être prêts lorsque la catastrophe viendra sous une forme ou sous une autre.

 Nous avons les moyens de réaliser cette « union sacrée » entre réunionnais de toutes confessions, alors pourquoi ne pas le faire dès que possible, avant qu’il ne soit trop tard ? Le sursaut citoyen impulsé par les Gilets Jaunes aurait pu en être l’occasion mais le débat citoyen n’a eu ni l’ampleur ni la profondeur nécessaires et surtout les questions de fond ont été soigneusement écartées.

Mais, l’actualité aidant — à quelque chose malheur est bon — rien n’interdit que les réunionnais de bonne volonté se penchent sur les grandes questions, celles qu’on préfèrerait ne pas voir, celles qui fâchent : les questions de guerre et de paix, les questions de vie et de mort.

Autrement dit, je crois que l’appartenance à la République Française une et indivisible ne nous dispense pas d’œuvrer à l’édification d’une conscience collective réunionnaise fraternellement et résolument tournée vers des accords autant que des pratiques de réconciliation, de paix et de solidarité seuls à même d’assurer l’union sacrée lorsque le temps des « grandes tribulations » sera venu. Détourner le regard est vain. Chacun doit prendre ses responsabilités, n'est-ce pas ? Vous-même, vous en pensez quoi ?

 

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