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Mayotte

Ecrit par zinfos974 – le mardi 21 juin 2016 à 10H18

Après les manifestations de violence survenues à Mayotte ces dernières semaines, le nouveau préfet a été ferme. Le règlement de l'immigration illégale doit être l'affaire de l’État. Ce n'est pas aux citoyens de renvoyer les immigrés clandestins dans leur pays, en brûlant leurs cases et en les persécutant. Le préfet a mille fois raison. Mais s'il réussit à réprimer les désordres, il n'est pas dit que les sentiments qui poussent les Mahorais à faire ce qu'ils ont fait, ont été dissipés.

Les Mahorais ?… ou des Mahorais ?… Cette poussée de violence xénophobe est-elle le fait des Mahorais ou celui d'individus, de groupes, d'agitateurs, de casseurs, mus ou poussés par des tireurs de ficelle aux intentions et aux intérêts obscurs ?
Les migrations comoriennes vers Mayotte paraissent, en partie, voulues, encouragées, organisées  par des Mahorais parents. Les solidarités familiales, claniques, sont très fortes chez les Comoriens. Et il est avéré que des immigrants clandestins trouvent, à Mayotte, des aides efficaces pour s'intégrer dans la mouvance, obtenir la nationalité françaises, à Mayotte même, et, de là, à La Réunion et en France. Faut-il stigmatiser ces solidarités familiales ?

Dans un reportage de « Réunion 1ère », un Mahorais interrogé à Mayotte, qui attendait un parent Grand-Comorien, victime des attaques récentes, dont la case en tôle avait été incendiée, déclarait au journaliste qu'il ne pouvait pas abandonner un parent dans son malheur. Une Mahoraise, habitant La Réunion, interrogée, elle aussi, dans le cadre de ce même reportage, déplorait cet épisode des cases incendiées, parce qu'il opposait des hommes, des femmes qui étaient parents, des familles. Cette Mahoraise ajoutait que si elle était Grande-Comorienne, elle aurait tout tenté pour se rendre à Mayotte.

Cette histoire de Mayotte est remplie de contradictions.

La départementalisation a fait de Mayotte une pompe puissante qui aspire vers elle les Comoriens des autres îles ; et, dans le même temps, les autorités voudraient refouler ces populations que l'île aspire vers elle.

La politique officielle préconise le contrôle des immigrations et la répression des immigrations illégales ; alors que des familles de Mayotte participent aux immigrations de leurs parents des autres îles comoriennes. Evidemment, cette action n'est pas massive. On fait ce qu'il faut pour la famille. Mais l'addition des actions au niveau de chaque famille, aboutit à un résultat non négligeable.
L’État français dépense plus de 60 Millions d'euros par an pour protéger Mayotte d'invasions anjouanaises, alors que cet argent pourrait être plus utile pour améliorer la vie des Comoriens dans leurs îles respectives et, accessoirement, rendre moins pressante la nécessité de partir, moins forte, l'attraction de Mayotte.

Mayotte, aujourd'hui, est le résultat d'une politique franco-française ; d'un contentieux entre l’État français et l'Etat comorien, entre l’État français et la communauté internationale qui soutient les Comores. Il y a une action à mener dans ces trois directions, par les Français entre eux, par les Français et les Comoriens et par l'Indianocéanie. Tout le monde se lave un peu les mains,  veille à ne pas  pousser le conflit au-delà d'une certaine limite, et procède à des arrangements de bouts de ficelle pour limiter les dégâts.
Pour l'Indianocéanie, il serait souhaitable que soit trouvé un compromis qui permette de poursuivre les négociations concernant le contentieux franco-comorien, sans, pour autant, entraver le développement communautaire des îles indianocéaniennes, dont Mayotte et les Comores.

Entre Français indianocéaniens (Région Mayotte et Région Réunion) et l’État, il devrait pouvoir être convenu qu'à l'intérieur de la communauté nationale tout le monde joue le jeu français (y compris ceux qui n'ont pas été d'accord avec la manière dont les choses se sont passées) ; mais il devrait pouvoir être convenu, également, que les Français ne traitent pas à la légère les points de vue des Comores et de la communauté internationale, que les Français ne s'assoient pas sur les règles en vigueur et les accords passés à ce niveau. Il devrait pouvoir être convenu, entre Français, que le fait français de Mayotte et le traitement du contentieux franco-comorien n'entravent pas le développement communautaire indianocéanien, dont les Comores et Mayotte font partie.

Entre les Français et les Comoriens, il devrait pouvoir être convenu que les Français prennent acte du fait que les Comoriens considèrent « Mayotte française » comme un état de fait non reconnu par eux et  par la communauté internationale ; et que les Comoriens prennent acte du fait que les Français, sur le plan intérieur français, agissent et fonctionnent en territoire français, à Mayotte, en attendant le règlement du contentieux.

Le constat de l'état de fait français à Mayotte, par les Comoriens ; le constat, par les Français, de l'opposition des  Comoriens et de la communauté internationale que soulève cet état de fait, le constat, par les deux parties, d'un contentieux, et leur volonté de régler ce contentieux par la négociation, tel paraît être le premier volet politique de la question. La prise en compte du fait que la négociation sera longue, la volonté de trouver un compromis temporaire (jusqu'à ce que le contentieux soit réglé), pour que l'existence de celui-ci n'empêche pas le développement communautaire de l'Indianocéanie (donc de Mayotte et des Comores) paraissent constituer le deuxième volet politique de la question.

L'harmonisation de la politique interne française est une affaire franco-française. L'initiative d'organiser quelque chose à cet effet,  pourrait venir de la région Réunion ou de la région Mayotte ou de l’État. Mais il est urgent que quelqu'un la prenne.
La négociation pour la solution du contentieux et « le compromis temporaire » relèvent de l’État comorien et de l’État français (celui-ci gagnerait à s'entourer des Français indianocéaniens).

« Le compromis temporaire » qui permettra de poursuivre la « coopération communautaire » dans de bonnes conditions, est une affaire qui intéresse l'Indianocéanie et les Indianocéaniens, dans l'attente.

Sans doute, la partie ne sera pas facile. Mais il faudra mettre l'accent davantage sur les solutions à trouver que sur les difficultés à surmonter. C'est dans ce sens que devra s'orienter la volonté politique de toutes les parties.

Sur le plan international, il faudra bien trouver la place qui devra revenir à Mayotte, pour qu'elle puisse être présente. L’État français ne peut pas imposer sa loi au nom du droit du plus fort. Le temps des canonnières est révolu. Il faut donc, trouver une solution acceptable par la communauté internationale et par la communauté nationale française dont Mayotte fait partie, de fait. C'est dans cette direction, également, que devrait s'orienter la volonté politique de toutes les parties.  

Il y a donc trois acteurs principaux dans cette affaire, si nous voulons éviter la dégradation de la situation, si nous voulons éviter  de devoir nous soumettre à un arbitrage international, par incapacité de régler nous-mêmes nos problèmes, si nous voulons éviter, aussi, dans le contexte international actuel, l'intrusion dans notre communauté, en misouk, de dangereux experts en déstabilisation, et en désordres violents, divers et variés, .

Ces trois acteurs principaux sont : Mayotte en premier lieu, l’État français et l’État comorien en seconde position, et l'Indianocéanie.
Mayotte est au centre. Cela lui donne une très lourde responsabilité pour réussir la paix en Indianocéanie (qui était l'objectif, à l'origine, de la COI ). Comme « le nouveau nom de la paix, c'est le développement »,   Mayotte doit tout faire pour que le contentieux la concernant, n'entrave pas le développement des peuples de l'Indianocéanie, dont le sien.

Cela veut dire que la violence ne mènera à rien sur le long terme. Ce jeu n'en vaut pas la chandelle.
Cela veut dire que Mayotte doit participer, au sein de l'Indianocéanie, au développement de toutes les îles, Comores comprises.  

Saint-Denis le 15 juin 2016
Paul HOARAU
 

 

 

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