Parfois, le débat est possible... alors allons-y dalons !

Le papier du collectif : http://www.zinfos974.com/Maloya-Pourquoi-pourris-tu-son-nom_a96380.html (note : le titre du papier de l'OCP "Maloya : je pourris ton nom ?" signifiait que pour l'OCP c'est le mouvement "Tir Sa" qui pourrit le nom du Maloya... Jamais l'OCP n'a entendu pourrir le nom d'une musique, d’une culture qu'il aime et pour qui il a une vraie curiosité !)
Le fond du propos est intéressant à plusieurs titres :
- un aspect didactique car il nous interpelle au sujet d'une composante peu connue (et à notre avis marginale, mais réelle) : la dimension "cultuelle" du Maloya, religieuse. Un point à développer, à étayer, pour la bonne connaissance du sujet... car ce point n'est pas assez développé, voire pas du tout dans le papier. Un culte de quelle nature, où, comment etc...
- un aspect rassurant : non, tous les militants culturels péi ne versent pas dans l'extrémisme politique, et les idées nihilisto-indépendantistes à la Anyel B.. Ouf, on avait eu peur.
- Mais aussi comme souvent, une vision erronée de la "zoreyitude", de ce qu'est et représente une catégorie qui n'existe, finalement, que dans la tête de certains kréols : "LE" zorey, "LA" zoreyitude.
Nous aimerions développer ce point : le phantasme du "zorey unitaire", ou de la métropole monobloc et uniformisée... et un certain nombrilisme insulaire (qui existe dans toutes les îles, c'est un fait). Croire que l'autre, celui qui ne se définit au fond que par "élimination" (il n'est pas né à la Réunion voire il n'est pas né de parents eux-mêmes nés à la Réunion) appartient à une entité homogène. En corse ils ont les "pinzuts", les gitans (leur île à eux n'est pas "géographique") ont leurs "gadjos" etc... La Réunion a ses "zoreys", terme tantôt neutre ("ce boug lé lé zorey mi kroi"), tantôt péjoratif ("rentt out péi pess zorey"), tantôt affectueux ("téééé, zoli zorey sa" !), cela dépend du contexte et de la bouche de laquelle sort le mot.
Extrait de l''article du collectif tinn pa nout mémoir :
"Il est aussi opportun de rappeler que la Réunion n'est pas la Bretagne ou la Corse. Il s'agit d'une région ayant son contexte géographique, historique, culturelle, cultuel. Hors pendant longtemps la pratique du maloya, ou du moins le séga des noirs, était assimilée à la folie, à une bande d’alcoolique, à une nuisance sonore que l'alcool poussait le corps dans ces retranchements. Puis vint les années 80/90 qui virent l'émergence et la reconnaissance de cette musique, de cette pratique. Aujourd'hui en 2015, on fait abstraction de cette réalité historique en assimilant à nouveau maloya / soin psychiatrique".
Quelle erreur que de penser que seuls la Réunion et les autres dom-toms ont une identité forte et une histoire particulière ! Seul le phénomène de l'esclavage compte-t-il pour vous ? Quelle méconnaissance de notre pays à tous, la France ! Chèr(e ) débatteur/euse, si vous connaissiez la Corse et surtout les corses (pas les "expats", lol, ceux qui y sont restés), vous seriez étonné(e) de constater à quel point leur culture est au moins (beaucoup plus en réalité !) aussi "dissidente" que la vôtre et s'est construite en opposition aux diktats (supposés et réels) de Paris. Presque idem pour le Pays basque, la Bretagne, la Provence, l'Alsace etc. Vous seriez étonné(e) de voir que "LA" France est une fiction salutaire au sein de laquelle différent(e)s cultures, terroirs, et langues (régionales ou "patois" selon les points de vue et les linguistes...) coexistent... et se mélangent à l'occasion pour donner : la France et sa richesse/diversité extraordinaire.
Cette vision de la métropole, des autres régions comme un bloc unitaire traduit un phantasme, celui d'une métropole uniforme vs des îles "tropicales" avec de "vraies" différences culturelles et historiques. Le phénomène d'unification linguistique et les revendications identitaires/culturelles qui vont avec ont existé ailleurs qu'à la Réunion et existent encore, voir l'histoire des langue d'oc et d'oï (le combat pour le provençal ou le Breton à l'école, ça ne vous rappelle rien 😉 ?), et les différents processus historiques d'unification administrative, juridique et linguistique du royaume français puis de la République (en prenant des raccourcis historiques). Voyez un peu vos homologues associatifs toulousains, des artistes comme les fabulous trobadours, les marseillais de Massilia Sound System, les corses d'I Muvrini etc : ils sont au moins autant "créoles" que vous !
Ce ne sont pas les kilomètres qui éloignent de la métropole qui font le particularisme culturel. Quand on débarque du Sud de la France, là où les marseillais portent des t-shirts "Marseille c'est pas la France", quand on revient du Pays Basque, de Corse, d'Alsace puis que l'on visite voire s'installe à la Réunion, on est frappé par le fait que dans l'ensemble les réunionnais sont des "patriotes" (attention, pas des nationalistes, le patriotisme est un terme positif et non excluant, contrairement au nationalisme). Les réunionnais sont sans doute "les plus français" de tous les îliens français (voir l'exemple corse : à 200 km du continent ils se sentent "moins français" que des réunionnais vivant à 10.000 km de ce continent !) et même sont bien plus attachés à la République que beaucoup de compatriotes d'autres régions métropolitaines. Ce qui explique à notre sens, en partie, le très bon accueil que reçoivent les métros divers et variés qui s'installent ici. A eux d'ailleurs de rendre la pareille et de donner/apporter quelque chose en retour.
On sent, quoi qu'on en dise, une vraie et belle fraternité sur cette île. C'est pourquoi tout le monde ou presque aime la Réunion et les réunionnais : il s'agit d'une des plus belles composantes du peuple français, une population qui mérite bien mieux que son traitement actuel. Une population qui n'a pas les élus qu'elle mérite (contrairement à d'autres régions) car les dominants péi utilisent et dévoient la "douceur", le côté éminemment pacifiste et consensuel des réunionnais ; un peuple qui n'est pas traité avec suffisamment d'égard et de respect par Paris, Paris qui préfère baisser la culotte devant l’agressivité voire la violence de certains autres français "régionalo-dissidents" plutôt que d'honorer la gentillesse et l'ouverture des réunionnais, dans leur immense majorité. C'est tout le drame du "baba i plèr pa gaingn' pa béké".
L'OCP saura j'espère vous surprendre, mes dalons : l'OCP poursuit un rêve, un but qui est sans doute le même que celui de bien des réunionnais "de souche" (lol) y compris de régionalistes d'extrême gauche (ou droite c'est selon, pas vrai Huguette ?) : l'égalité réelle, la citoyenneté pleine, la dignité effective.
Seulement, à la différence des séparatistes de tout poil, l'OCP pense que c'est PLUS DE RÉPUBLIQUE qui permettra aux Réunionnais d'accéder à une pleine et entière citoyenneté. Nous aurons l'occasion de développer plus avant ce point central. Pour l'OCP, c'est plus de République Française qui permettra plus de "réunionnité", cela peut sembler paradoxal mais nous tâcherons de démontrer que non.
Pour l'OCP, il existe un pacte conscient ou non, entre les "élites" locales et l’État français et ce pacte est un pacte scélérat. L’État français a renoncé à protéger les Réunionnais (santé publique, droits sociaux, droits environnementaux, économiques etc) car les institutions censées garantir cette protection des "faibles" contre les "forts" sont des coquilles vides, pour les plus grands profits des makros locaux, comme nous l'avons déjà évoqué dans un précédent article. Les élus locaux excipent de fausses "spécificités locales" pour voler le peuple de ses droits fondamentaux (ex : le droit à l'alcoolisme vs le droit à la dignité par le travail), si bien que la citoyenneté des réyonés est trop souvent théorique. Le sous-développement économique de l'île est semble-t-il volontaire ou presque (humour) et permet de tenir le peuple dans sa main avec des contrats aidés ineptes et participant d'un système proche de la servitude. C'est de l'esclavagisme "light".
Mais, malines et manipulatrices, ces "élites" pas intellectuelles pour un sou (des marchands de tapis, en somme), instrumentalisent le sentiment régionaliste et la culture péi pour masquer leur forfaiture. Et ces "militants de la réunionnitude" sont trop souvent des pantins à qui l'on jette des "miettes culturelles" afin qu'il omettent de mener les vrais combats, notamment ceux qui permettront aux réyonés d'accéder à la dignité qu'ils méritent. Ce qui ne signifie nullement que le militantisme culturel soit en en soi inutile et inepte, pas du tout. Cela signifie simplement que de façon fort perverse, la kiltir péi est devenue le moyen pour ces dominants "makrocentrés" de ne pas faire le job relatif aux droits fondamentaux : sociaux, économiques, environnementaux etc.
C'est pourquoi cette histoire de "tir sa" est pour nous triste mais malheureusement parfaitement représentative de l'aspect "à côté de la plaque" du militantisme péi. Juste un exemple : il y a quelques années une étude parue dans le JIR a pu démontrer que les femmes réunionnaises mourraient 3,5 fois plus en couche que les autres françaises. Personne n'a bronché. Et pourtant, avec cet exemple parmi une foule d'autres, on voit l'évidence : les Réunionnais sont partiellement laissés pour compte par l’État français et leur vie vaut moins que celle des autres Français. Voilà le type de combat qui intéresse l'OCP. Comprenez bien que le foin fait autour de la dénomination d'une unité hospitalière, à côté de ce fait abominable, est... plus que superfétatoire et contre-productif.
Nou retrouv'
https://observatoiredelacouillonnissepi.wordpress.com/2016/01/16/parfois-le-debat-est-possible/


