Emmanuel Coindre : "Je n'ai pensé qu'à une chose, sauver ma peau"

Emmanuel Coindre est donc arrivé à La Réunion samedi matin, après 57 jours de traversée à la rame, en solitaire et sans assistance, à bord de son canot "Le Long Cours".
Parti depuis l'Australie le 30 novembre dernier, le navigateur a traversé 7.000 km et de nombreux dangers.
Très fatigué à son arrivée, les mains recouvertes d'ampoules, Emmanuel Coindre a tout de même pris le temps d'amarrer son bateau, d'arroser au champagne les journalistes et les curieux venus nombreux à la darse de plaisance, au Port Ouest, mais aussi de répondre longuement à leurs questions.
"Le premier au monde à avoir fait tous les océans"
"J'ai réussi mon pari. L'idée, c'était de rentrer dans l'Histoire de l'aviron océanique. Non seulement mon record en solo est atteint mais en plus on bat le double, le triple et on bat l'octuple. Donc en fait, on est record toutes catégories sur l'Océan Indien mais l'idée c'était surtout d'être le premier au monde à avoir fait tous les océans : l'Atlantique, que j'ai fait cinq fois, le Pacifique Nord, que j'ai fait une fois, et l'Océan Indien" a expliqué le navigateur français âgé de 39 ans.
Mais la traversée n'a pas été de tout repos pour cet aventurier, qui a ramé pendant 18 heures par jours pendant plus d'un mois et demi, se réservant seulement "deux ou trois heures" de sommeil par nuit. Il faut dire que le navigateur avait choisi de partir en pleine saison cyclonique, un choix assumé : "C'était une navigation assez particulière. Sous l'Atlantique on glisse, sous le Pacifique on glisse mais sous l'Indien, on ne surfe pas. Donc on rame beaucoup, on se fatigue. Et en plus, quand on navigue au 20° Sud, il fait très chaud et c'est problématique aussi. J'étais quand même à huit ou neuf litres d'eau par jour", souligne Emmanuel Coindre, qui ajoute :
"On a pris quatre cyclones, dont deux réellement, puisque Amara et Bejisa étaient un petit peu éloignés. On a subi des vents contraires et une mer en opposition un peu plus forte. Mais sur Bruce, qui était un cyclone intense, c'était très dangereux". Quant à Colin," il m'a poussé", raconte le navigateur. "C'est aussi l'idée de partir en saison cyclonique : pouvoir profiter des vents de ses manifestations très dangereuses pour progresser vers le but. Mais en aucun cas il faut jouer avec ce genre de phénomènes", indique le champion.
Emmanuel Coindre est également revenu sur ses moments de galère. Dès le deuxième jour de navigation, son bateau a en effet chaviré et subi quelques dégâts. "Le deuxième jour, j'ai pris une mauvaise vague et j'ai chaviré. J'ai toutefois pris la décision de pouvoir partir ", détaille le navigateur, qui a pu ensuite repartir mais, sans ses GPS , son traceur et son Iphone, sur lequel il écoutait de la musique.
"J'étais en mode survie"
"J'ai traversé sans confort, avec le minimum. Je voulais qu'une chose, c'était de réussir la traversée. Ca aurait été ma première traversée, peut-être que j'aurais dit stop mais pas sur ce coup-là (il s'agit de sa septième, ndlr). J'avais une obligation de réussir", renchérit le champion.
Emmanuel Coindre, très éprouvé, a également expliqué qu'il n'avait pas pris beaucoup de plaisir, du fait des conditions de navigation très dangereuses. "Généralement sur les traversées on pense à beaucoup de choses. Sur cette traversée là, je n'ai pensé qu'à une chose, c'était sauver ma peau et de rentrer à l'abri, à La Réunion. J'étais plus sur un mode de survie que sur un mode de passion, de glisse", explique le navigateur.
"Je me battais pas pour le record. Je me battais pour rentrer vivant et ramener le bateau à la maison, poursuit Emmauel Coindre. Mais aussi pour prouver qu'il était possible d'ouvrir une voie audacieuse, même sur un parcours difficile. J'ai réussi mais par contre, je ne conseille à personne de partir en saison cyclonique".
Désormais sur la terre ferme, le navigateur va profiter de son séjour à la Réunion pour se reposer et "découvrir l'île". "Mon envie, c'est dormir, discuter avec mon frère (qui est arrivé à La Réunion ce matin pour venir à sa rencontre, ndlr), parler, discuter, partager ces moments assez particuliers", souligne-t-il.
Une fois bien reposé, Emmanuel Coindre se lancera à coup sûr dans un nouveau pari fou. "Il y a plein de défis", explique-t-il, évoquant notamment sa volonté de faire des "courses au large à la voile". Mais pour le moment, le navigateur n'a besoin que d'une chose : du repos !


