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Violences conjugales et harcèlement : 106 SMS et 65 appels en 3 jours

L'audience des comparutions immédiates avait, une fois encore, à juger des faits de violences conjugales. Deux prévenus comparaissaient pour avoir levé la main sur leurs ex-compagnes.

Ecrit par 1167938 – le jeudi 30 juin 2022 à 09H58

Le casier judiciaire est, sans aucun doute, ce qui motive le parquet à présenter les prévenus en audience de comparution immédiate. Le but est simple : éviter la réitération de faits particulièrement graves. Ce mercredi, c’était une nouvelle fois le cas. Deux prévenus affichant 11 et 7 mentions devaient rendre des comptes sur leurs actes violents devant le tribunal judiciaire de Saint-Denis. 

Nous sommes le 27 juin dernier à Saint-André, lorsque les policiers du commissariat interviennent vers 21h50 pour des violences conjugales. La victime, qui aura une ITT de 4 jours, a subi les foudres de son ex-compagnon et père de ses enfants, qui vit encore chez elle avec le nouveau compagnon, visiblement sous forme d’alternance.

Ce jour-là, il rentre énervé à cause de la nouvelle relation de sa compagne. Pour lui, ils sont toujours ensemble. Toujours est-il qu’il lui colle une gifle et des coups de manche à balai suite à une dispute puis la traine jusqu’à la salle de bain pour la passer sous l’eau froide. Il estime qu’elle a trop bu et veut la rafraichir de force. Elle appelle la police et lui reste sur place pour « assumer ». « Je lui ai fait du mal, je ne vais pas le nier, mais elle me frappe tout le temps et m’insulte. Tout est sorti sous la colère« , explique-t-il à la présidente. 

« Rien n’est normal dans ce couple, lui est sous Artane et elle sous alcool »

« Il a 11 mentions à son casier et est sorti de détention en octobre 2021« , indique la procureure. « Il y a une minimisation des faits, il reconnait a minima. Les déclarations de la victime sont fluides, je ne crois pas une seule seconde à la version de monsieur. Il y a une banalisation dans son discours qui le place en victime« , tance le parquet qui requiert 15 mois de prison, la révocation de 7 mois de sursis et un mandat de dépôt.

« Il n’y a rien de normal dans ce dossier », répond la défense. « Rien n’est normal dans ce couple, lui est sous Artane et elle sous alcool. Il ne sait pas où est le curseur de la normalité – en référence à une enfance très difficile – je crois en sa version des faits, si ça ne les excuse pas, ça les explique« , plaide la robe noire. Le tribunal ne l’a pas cru et le condamne à la peine de 15 mois de prison, révoque 2 mois d’un sursis précédent et décerne un mandat de dépôt. 

« C’est de sa faute s’il est ici, pas celle de madame« 

Pour l’autre affaire, les faits se sont déroulés le 26 juin dernier à Sainte-Marie. Pour une histoire de jalousie avec son ex-compagne, un homme, sous prétexte de venir voir ses enfants, surprend leur mère dans un magasin. Il lui arrache son téléphone alors qu’elle est en ligne avec son nouveau compagnon qui est dans le parking, et la tient fortement par les deux poignets. Il lui crie dessus et l’insulte. Il finit par partir et elle, par déposer plainte. Le tribunal se pose la question de savoir comment il a su qu’elle serait là. En trois jours, ce ne sont pas moins de 106 SMS et 65 appels qu’elle reçoit. Comme il l’explique à la barre, il voulait « qu’elle raccroche et qu’elle m’écoute car c’est elle qui m’a appelé dans la semaine pour lui donner de l’argent pour acheter des vêtements aux enfants« .

Déjà, le 1er juin dernier alors qu’il vient chercher les enfants, il sort de ses gonds et casse l’ordinateur et la télévision alors qu’il a bu. Il lui envoie par SMS des insultes et des menaces. Il est placé en garde  à vue et écope d’une CRPC (convocation sur reconnaissance préalable de culpabilité). Le tribunal se rend compte qu’il est sous le coup de deux CRPC dont une le 1er juillet. Mais surtout, qu’il a été condamné en mars pour des délits routiers et que, suite à sa garde à vue pour violences, 5 mois de prison ferme ont été mis à exécution. Quoi que décide le tribunal, il dormira en prison ce soir.

S’il finit par reconnaitre ne pas accepter la séparation qui date de mars dernier, ses 7 mentions n’arrangent rien, d’autant que lui est déjà dans une autre relation. « C’est de sa faute s’il est ici, pas celle de madame« , fustige la partie civile qui demande la protection de la victime eu égard au harcèlement téléphonique. 

Très remonté par l’attitude du prévenu à l’égard du tribunal pendant les réquisitions – il s’assoit décontracté jambes tendues, bras en croix face à la présidente – la parquet rebondi : « On le retrouve ici alors qu’il est convoqué le 1er juillet 2022 et le 23 février 2023. Il ne fait pas être dupe, il ne supporte pas la séparation. Il a le droit de refaire sa vie, mais pas elle ! Son positionnement m’inquiète aujourd’hui, son comportement m’insupporte », sagace la magistrate qui requiert 18 mois de prison dont 10 avec sursis probatoire, la révocation de 3 mois d’un sursis en cours et le maintien en détention. Elle indique qu’elle fera une demande de TGD (Téléphone Grand Danger) pour protéger la victime. 

« L’amour rend aveugle, mais le désamour également »

« Ce dossier est désolant car les faits retenus ne sont pas ce qu’ils paraissent », tance la défense. « Monsieur a tout fait pour madame, ils se connaissent depuis petits et ce n’est pas toujours lui qui a tort. Il est complètement perdu car ils se sont déjà séparés et c’est elle qui est venue le chercher. On ne dit pas tout de l’autre côté de la barre. L’amour rend aveugle, mais le désamour également. C’est lui qui est le petit toutou de sa femme. Il a ses responsabilités mais il est inquiet pour ses enfants par rapport au nouveau compagnon. Il y a des mensonges des deux cotés de la barre. Durant 15 ans, c’était un homme fonction, c’est lui qui payait tout. Sa place est en soins, pas en prison« , plaide la robe noire avec conviction.

Le tribunal a entendu la défense et condamne le prévenu à 12 mois de prison dont 6 mois avec sursis probatoire renforcé, révoque 3 mois de sursis en cours et ne prononce pas de maintien en détention. Il a interdiction de s’approcher d’elle. 

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