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Un réseau exportant des marchandises volées entre La Réunion et Madagascar démantelé

Ecrit par zinfos974 – le jeudi 29 mars 2018 à 10H50

C’est un véritable réseau parallèle entre Madagascar et La Réunion qui a pris fin. La DDSP 974 (Direction départementale de la sécurité publique) donne des précisions sur l'enquête qui a permis de démantelé un "réseau structuré".

En fin d’année 2016, les douanes contrôlaient un container rempli de batteries et de divers objets à destination de Madagascar. Parmi ces objets, 3 étaient identifiés comme provenant de 3 cambriolages et vols dans des véhicules. Le commissariat du Port était saisi de la poursuite de l’enquête par le Procureur de la République, le 31 mai 2017, rappelle la DDSP. 

Un vaste coup de filet après 10 mois d'enquête

Les 27 et 28 mars 2018, au terme de 10 mois d’enquête, 9 personnes ont été placées en garde-à-vue. Elles ont été entendues sur des faits de recel de vol aggravé en bande organisé, incitation de mineurs à la commission de délits, vol par effraction, association de malfaiteurs et blanchiment d’argent.

Les enquêteurs ont ensuite entrepris "un méticuleux travail d'exploitation des objets se trouvant dans le container", se focalisant "sur les objets les plus faciles à tracer en raison d’un numéro de série ou par une exploitation informatique."

Un travail qui a permis d'identifier des objets provenant de 20 cambriolages et vols dans des véhicules commis sur l'ensemble du territoire de La Réunion (Saint Gilles, La Possession, Plateau Caillou, Sainte Rose, Saint André, Saint Denis, Le Port). "Des objets aussi divers que des ordinateurs, une débroussailleuse, un vélo, une canne à pêche, des appareils photographiques ou des rétroprojecteurs volés dans un Lycée du Port étaient identifiés comme des butins de vol", indique la DDSP.

Les ordinateurs étaient notamment tous reformatés de la même manière avec des logiciels identiques, ce qui permettait d’établir une organisation structurée prenant le temps de conditionner le matériel volé pour qu’il puisse être revendu.

Les enquêteurs ont réussi à identifié 3 individus, grâce à l’exploitation d’une carte SD dans un appareil photographique. Des individus "défavorablement connus du commissariat du Port pour des vols, ayant pris des clichés avec le dit appareil peu de temps après le cambriolage au cours duquel il était dérobé."

Un homme identifié comme le cerveau du réseau

En collaboration avec les Douanes, un homme et son ex-femme étaient identifiés comme les responsables de l’exportation du container (container au nom de l’ex-femme). Des recherches ont été effectuées sur leur entourage pour mieux appréhender leur environnement.

Les investigations sur trois cambriolages de sociétés commis en 2017 à La Possession et au Port ont par ailleurs permis d’identifier 3 proches du suspect principal grâce à la video-protection des sociétés et à des témoignages obtenus lors d’enquêtes de voisinage. Deux de ces personnes étaient notamment présentes lors du contrôle du container par les Douanes.

Un véhicule utilisé pour commettre ces faits a été retrouvé dans un container prêt à quitter La Réunion et positionné sur un terrain vague. C'est grâce à des surveillances discrètes, opérées sur ce terrain, que le lieu de stockage d’objets susceptibles d’être ensuite exportés a été identifié, avec l’appui de la Sûreté Départementale.

L’incitation de mineurs à commettre des délits et l’identification du lieu de revente du butin des vols

Les policiers du Commissariat du Port ont interpellé à plusieurs reprises des mineurs en flagrant délit qui venaient de commettre des vols dans des véhicules ou des cambriolages. Plusieurs d’entre eux ont expliqué comment ils écoulaient le butin.

Ils ont indiqué tous se rendre dans un bidonville du centre-ville du Port, fréquenté par la communauté malgache et surnommé "La Kour Nosy Be", pour revendre leur butin immédiatement après avoir commis leurs délits. Les objets étaient vendus à l’objectif principal ou à certains de ses proches. Ces personnes encourageaient très fortement les mineurs à commettre les vols, soulignent les forces de l'ordre.

Ces témoignages concordants de personnes ne s’étant pas concertées a permis d’identifier clairement plusieurs protagonistes du réseau qui étaient cités de façon récurrente.

Les liens entre les différents acteurs du réseau ont été précisés par l’exploitation des données obtenues auprès des opérateurs de téléphonie.

L’opération du 27 mars 2018

Sur instruction du Procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance de Saint-Denis, le 27 mars 2018 a 6h00, un important dispositif d’interpellation/perquisition mobilisant 70 policiers de la Direction Départementale de la Sécurité Publique de la Réunion (Commissariat du Port, GIPN, CDI, Sûreté Départementale) et un équipage cynophile de la Gendarmerie Nationale a été mis en place. Ce dispositif a permis d’intervenir simultanément sur 10 points différents et d’interpeller 9 suspects qui étaient placés en garde-a-vue.

Les perquisitions ont permis de saisir, dans la "kour Nosy Be", 2 enceintes de forte puissance, 8 ordinateurs portables, 2 téléviseurs, 4 appareils photographiques, 4 tablettes, 4 imprimantes, 97 téléphones portables et 2410 euros en liquide.

A l’issue des mesures de garde-à-vue, six suspects sont présentés le 29 mars 2018 devant le Juge d’instruction en vue d’une ouverture d’information judiciaire.

Le profil des suspects et leur rôle respectif

La plupart des suspects sont originaires de Madagascar. Un seul est mineur (15 ans) et le plus âgé a 43 ans. Tous les suspects déférés sont des hommes.

Parmi eux, deux sont en charge de l’organisation du réseau et de l’écoulement des marchandises. Au moins 3 containers auraient ainsi été envoyés ces dernières années à Diego Suarez. Des colis par fret sont également envoyés à Madagascar dans la région de Nosy Be. Les premiers envois vers Madagascar auraient eu lieu, il y a 6 ou 7 ans. Une partie des objets volés est également revendu à la Réunion via le site Internet "Le Bon Coin". Le principal organisateur tient également un bar "marron" dans le bidonville surnommé "La kour Nosy Be".

Les deux principaux suspects sont assistés dans l’accueil des personnes souhaitant revendre des objets dans le site surnommé "La Kour Nosy Be" par au moins 2 autres personnes. Un autre suspect apporte les objets achetés dans les containers. Deux sont en charge du formatage des ordinateurs. L’un était informaticien jusque récemment dans une collectivité locale et l’autre est étudiant en BTS informatique. Chaque ordinateur formaté rapporte 30 euros à un informaticien et chaque téléphone 15 euros.

Enfin, se trouve parmi les suspects interpellés, un individu suspecté de cambriolage dans une société qui était présent lors du contrôle du container par les Douanes.

 

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