Trafic de stéroïdes anabolisants au Tampon : “L'argent, la compétition et la renommée à tout prix”

“Si on veut être le meilleur, on est obligé de se doper”, s'accordent à dire les deux bodybuilders. Les deux hommes fréquentent le même milieu du culturisme mais se livraient à des trafics parallèles au Tampon.
L'enquête commence par une dénonciation anonyme. Alan, coach sans diplôme, opère au sein d'une salle de musculation où il vend des compléments alimentaires. En réalité, il s'agit de la porte d'entrée à son trafic d'anabolisants et psychotropes. Lui-même est tombé dedans après avoir été médiateur pour la ville, conseillé par son oncle et après avoir participé à des compétitions. L'homme est par la suite devenu un coach pour des clients qu'il emmenait dans des compétitions internationales. La tentation est donc forte d'atteindre rapidement un changement physique et des résultats en s'injectant des produits dopants pourtant interdits en France ou de faire usage de produits vétérinaires détournés.
Pour fournir sa vingtaine de clients réguliers et d'athlètes de tous âges et de tous milieux, Alan a fait connaissance d'un bulgare via Facebook. La marchandise était expédiée en France hexagonale chez la famille ou des amis pour ensuite être livrée à La Réunion. Sur une cure de 1.000 euros, le bénéfice pour le coach s'élevait à 400 euros. Le bodybuildeur a rapidement tiré des revenus conséquents de son activité illégale et menait grand train : 11 voyages réalisés en moins de 2 ans, achats de deux Mercedes Classe A et d'une Ducati. Un trafic lucratif jusqu'à ce qu'une de ses athlètes tombe grièvement malade lors d'un tournoi à Maurice. Cette dernière n'a pas porté plainte et ne souhaite pas “accabler “ son ancien coach pourtant il y a un lien entre la prise de produits dopants fournis par son coach et son handicap.
Sa mère de 75 ans réceptionne la marchandise
Si la transformation du corps est certes spectaculaire, les effets secondaires liés à la prise de stéroïdes anabolisants sont graves voire mortels. Troubles du comportement, agressivité, problèmes cardio-vasculaires, troubles des fonctions hépatiques et rénales, atteinte à la fonction sexuelle et à la fertilité chez les femmes...indiquent différentes études.
Plusieurs témoignages décrivent un Alan vénal et flambeur, aimant s'afficher sur les réseaux sociaux. “Oui j'ai peut-être pris la grosse tête. Je viens d'une cité et j'étais aveuglé” se défend-il. Le bodybuilder a lui-même failli rester handicapé après des injections s'il n'y avait eu l'intervention de son médecin. Pourtant, Alan a réalisé des injections sur deux de ses athlètes et conseillait également une posologie.
Cédric a le profil inverse. L'homme est discret sur son trafic mais a impliqué sa femme, sa fille et sa mère de 75 ans . Les commandes se faisaient directement sur des sites en ligne. Les colis en provenance de Chine et de Tchécoslovaquie étaient envoyés chez sa mère. Sa fille participait au reconditionnement. Plus de 32.000 euros, un SUV et une moto ont été saisies durant l'enquête. L'homme appelé “le sculpteur” dans le milieu est aussi poursuivi, au-delà du trafic, pour exercice illégal de la profession de médecin et pharmacien.
Prison ferme requise
“Ce n'est pas parce que tout le monde se dope que cela vient minimiser les responsabilités de chacun”, pointe le parquet. “L'argent, la compétition et la renommée à tout prix et au mépris de la santé de ses athlètes, c'est ça Alan”, décrit la substitut du procureur qui requiert 4 ans de prison dont 2 ans de sursis simple mais aussi l'interdiction d'exercer l'activité de coach sportif.
Une peine de 2 ans de prison dont 1 an de sursis simple a été demandée à l'encontre de Cédric. Le ministère public a également requis le paiement d'une amende de 10.000 euros dont la moitié avec sursis pour les deux bodybuildeurs.
Des peines de prison fermes aménageables, rassure le parquet.
“Une affaire qui casse le mythe de Terminator ou encore Musclor de notre enfance. Finalement de la gonflette et beaucoup de culte de l'orgueil”, note Me Farid Issé. Pour la défense de Cédric, il plaide une “honnêteté naïve”, une sorte de “Shrek au grand cœur”, “tombé dans un engrenage trop facile comme beaucoup d'autres certainement”.
A l'instar de son confrère, Me Amel Khlifi Etheve propose pour son client Alan, "une tête brûlée qui n'a pas su mettre de limite au développement de son propre corps” une peine de sursis simple.
Le délibéré est attendu pour le 28 novembre prochain.


