"Touch pa nout Sport" : le CROS Réunion appelle au boycott de la Fête du Sport du 14 septembre

À La Réunion, le sport amateur craint de payer le prix des coupes budgétaires. Face à cette menace pour la jeunesse et la cohésion sociale, le CROS Réunion refuse de célébrer la Fête du Sport le 14 septembre.
Le Comité Régional Olympique et Sportif (CROS) de La Réunion a annoncé qu’il boycotterait la Fête du Sport prévue le 14 septembre 2025, rejoignant ainsi un mouvement national de protestation. Son président, Johan Guillou, dénonce une situation "profondément injuste" pour les clubs, bénévoles et éducateurs, déjà fragilisés par la baisse des moyens alloués au sport.
"Alors que l’on nous demande de faire la fête, l’État continue de priver le mouvement sportif des moyens nécessaires à son action", souligne-t-il, rappelant que le budget consacré au sport ne représente "même pas 0,1 %" du budget total de l’État.
Des coupes budgétaires qui menacent le terrain
Malgré l’élan des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024, le monde sportif local déplore l’absence d’héritage concret. La loi de finances 2025 a entériné une baisse des crédits alloués au ministère des Sports, et les projections pour 2026 annoncent une nouvelle réduction de 17,6 %.
Ces restrictions s’ajoutent à la diminution de dispositifs essentiels comme les contrats aidés ou le Pass’Sport, désormais inaccessible aux enfants de 6 à 13 ans. "On nous dit que le sport est important, mais en même temps on nous enlève des moyens comme le Pass’Sport", regrette Johan Guillou. "Il y aura des éducateurs en moins, et des familles qui ne pourront plus inscrire leurs enfants. Le risque, c’est une baisse du nombre de licenciés et la fragilisation de nombreux emplois associatifs."
"Le plus gros foutan que j’ai vu de ma vie"
Au-delà des chiffres, le président du CROS Réunion fustige le paradoxe de la situation. "L’État a décidé que le 14 septembre serait la journée nationale du sport, mais en nous disant de l’organiser sur notre propre budget, déjà raboté. On est en train de tuer le sport et on nous demande de faire la fête : c’est le plus gros foutan que j’ai vu de ma vie", s’emporte-t-il.
Pour Johan Guillou, le sport est bien plus qu’une pratique de loisirs : "C’est pour la santé, pour lutter contre la sédentarité, contre l’addiction aux écrans, et aussi pour éviter que les jeunes ne basculent dans la délinquance."
Une mobilisation solidaire à La Réunion
Si le boycott du 14 septembre s’annonce symbolique, il prendra des formes diverses selon les disciplines. Le basket, le volley-ball ou le handball ne programmeront pas de compétitions ce jour-là. D’autres épreuves déjà inscrites au calendrier, comme le Trail de l’UFOLEP ou le Marmay Run de Saint-Denis, maintiendront leurs courses, mais les participants afficheront un autocollant "Touch Pa Nout Sport" sur leur dossard en signe de solidarité.
Même le football, en fin de saison et contraint par son calendrier, prévoit un geste symbolique. "Chacun fera à sa manière, mais ce qui compte, c’est que tout le mouvement sportif réunionnais montre sa solidarité", insiste Johan Guillou.
Le CROS a par ailleurs obtenu un rendez-vous avec le préfet dans les prochains jours pour faire entendre ses revendications et rappeler que, pour l’île, "le sport, c’est l’éducation, la santé, l’insertion, l’inclusion et l’avenir de notre jeunesse".
Licences et clubs à La Réunion : une situation déjà fragile
- Entre 2017 et 2022, La Réunion a enregistré une baisse de 9 % du nombre de licences sportives délivrées, alors que la France métropolitaine affiche une baisse moindre, d’environ 2 % sur la même période. (Insee)
- Le taux de licences est de 19,2 licences pour 100 habitants à La Réunion, contre 24 pour 100 en France. Cela montre un retard structurel dans l’adhésion sportive formalisée par rapport à la moyenne nationale. (INJEP)
- Le football, sport le plus pratiqué de l’île, a perdu 9.340 licences entre 2017 et 2022.
- Le projet de loi de finances pour 2025 prévoit une baisse de 188 millions d’euros pour le sport hors JOP (Jeux Olympiques et Paralympiques), soit environ 20 % de réduction sur certaines lignes budgétaires sportives. (Sénat)


