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Sainte-Suzanne : tarif social de l’eau, centrale d’achat… “Je ne serai pas la gauche de l’incantation, mais le maire du quotidien”, promet Alek

Ecrit par P.M. – le mardi 10 mars 2026 à 17H06
le chef de file de Croire et oser a présenté ce matin sa liste et son projet.

Cantine à un euro, centrale d’achat citoyenne, mutuelle communale, "pass permis" pour les jeunes… C’est depuis la maison familiale du chemin Marencourt qu’Alexandre Laï-Kane-Cheong a présenté ce mardi sa liste et son projet pour Sainte-Suzanne. Une liste qu’il revendique “d’ouverture”, réunissant élus sortants de l’opposition, anciens membres de la majorité et candidats issus de la société civile.

C’est original et à même de plaire à un électorat plus jeune, sans se limiter à lui. La profession de foi d’Alexandre Laï-Kane-Cheong ne prend pas la forme d’une “liste à la Prévert” – selon sa propre formule – ni d’un long catalogue de propositions, mais d’un simple flyer au format A4 où le programme et la vision du candidat se racontent en bande dessinée.

L’esprit se veut à la fois décalé et très sérieux pour aborder les différentes problématiques qui touchent la commune et sa population. Le candidat y apparaît sous les traits d’un super-héros, tout en assurant ne pas l’être : “Néanmoins, nous nous engageons à donner de notre temps et de notre énergie au service de l’urgence de l’essentiel et des grands projets qui structureront Sainte-Suzanne.”

C'est sous forme de BD que le candidat présente son programme via sa profession de foi.

Un député "qui, dans le verbe, fait le travail"

Façon, peut-être, de répondre à l’image que certains veulent lui prêter, il dit se démarquer d’une gauche des “grands discours” pour revendiquer une ligne plus concrète : “Nous ne serons pas la gauche de l’incantation, je serai le maire du quotidien", lance-t-il.

Une formule qu’il oppose, sans jamais citer son nom, à Frédéric Maillot, député de la circonscription qui, “somme toute, dans le verbe, fait le travail, qui a mis sur la table le problème des monopoles, de ces groupes qui occupent des positions dominantes, mais est-ce que quelqu’un ici a vu le prix de la bouteille d’huile baisser ? Est-ce que quelqu’un ici a vu le prix de la balle de riz baisser ? Aux grands discours de lutte contre les monopoles qui n’ont malheureusement peu ou pas d’incidence, nous organiserons la population pour qu’elle entre en résistance contre la vie chère.”

Il l’invite à continuer “à prendre l’avion pour aller à Paris et continuer de faire ce que vous savez faire. Demain, nous serons très contents de vous recevoir en mairie de Sainte-Suzanne (…) pour défendre réellement les intérêts des habitants et remplir votre cahier de doléances.”

Lire aussi : Alexandre Laï-Kane-Cheong : "Les erreurs font grandir"

"Je mettrai fin à cette omerta"

S’attaquant au bilan de Maurice Gironcel, Alexandre Laï-Kane-Cheong dénonce une commune qu’il dit marquée depuis des années par “l’empêchement”, la politique de la"terre brûlée", “l’omerta” et “l’oppression”, et qu’il veut désormais “libérer”, en évoquant à la fois les habitants, les élus mais aussi les agents communaux.

“Je mettrai fin à cette omerta, à cette oppression et à ces opérations d’ingérence sur notre personnel communal”, promet-il, en assurant vouloir rendre à Sainte-Suzanne une “dignité recouvrée”.

"On nous a empêchés d'agir", dénonce l'ex-adjoint Maximin Astourne.

Des ex-élus de Gironcel : "On nous a empêchés d'agir"

Un point de vue partagé par plusieurs colistiers issus de l’ancienne majorité municipale, présents sur sa liste.

L’adjoint sortant à l’éducation, Maximin Astour, affirme ainsi avoir été “empêché” d’exercer pleinement sa délégation : “On nous a empêchés d’agir.” Il dénonce un fonctionnement concentré entre quelques mains : “Tout était piloté par le maire, sa fille et Gilles Leperlier (le directeur de cabinet de la Cinor, ndlr).

Même tonalité chez Valérie Mancier, conseillère municipale et communautaire sortante, qui évoque “l’humiliation” vécue au cours du mandat et raconte notamment avoir été progressivement écartée de ses permanences, “de peur que je fasse de l’ombre”.

Alors pourquoi être resté ? “Parce que le maire, ce n’est pas lui qui nous a fait élire, c’est la population”, se défend l’ancien adjoint qui estime avoir malgré tout réussi à mettre en place certaines actions, comme le petit-déjeuner gratuit dans les écoles ou les classes passerelles
“dont il ne voulait pas”.

Pour l’adjoint, “Alek a le pouvoir de l’amour, l’autre l’amour du pouvoir.”

Victor Tevané fait partie des élus de l'opposition sortants à se représenter.

"Mon coeur est ici"

Présentée “d’ouverture”, la liste regroupe à la fois les cinq élus sortants du groupe Croire et oser de l’opposition et six anciens membres de la majorité (Laurent Dalleau, Serge Alpou, Sarah Assama et Hubert Illan complètent la liste), ainsi qu’une moitié de candidats issus de la société civile.

Une équipe “représentative de la commune de Sainte-Suzanne” pour le candidat tête de liste.

Dans le même temps, ce dernier et ses colistiers disent s'interroger sur la multiplication des listes à Sainte-Suzanne (onze au total). S’il dit se féliciter du nombre de candidatures, qu’il interprète comme un signe de “vitalité démocratique”, il s’interroge aussi sur l'objectif affiché, laissant entendre que certaines pourraient n'avoir que pour seul objectif de diminuer son score "plutôt que de construire une alternative".

Interrogé sur d’éventuels contacts en vue du second tour, il répond qu’en l’état aucune discussion n’était engagée, en précisant avoir rencontré plusieurs candidats il y a plusieurs mois pour leur proposer une liste commune, mais sans succès. 

Le chef de file de Croire et oser revendique une forme de "légitimité" électorale. Il rappelle avoir enregistré plus de 3.000 voix sur la commune lors des dernières législatives et des municipales, où il avait terminé deuxième avec 31,89 % des suffrages exprimés.

Dans sa profession de foi, il insiste sur son ancrage local. “Mon cœur est ici”, écrit-il en forme de slogan, rappelant en souriant “habiter, voter et payer ses impôts" à Sainte-Suzanne.

Tarification sociale de l'eau, cantine à un euro…

Sur le fond, son projet s’articule autour de trois axes : “répondre à l’urgence de l’essentiel”, la création de "grands projets structurants" et la mise en place d'un "nouveau protocole de gouvernance”.

Le premier bloc accorde une large place au pouvoir d’achat.

Alexandre Laï-Kane-Cheong propose notamment la mise en place d'une tarification sociale de la cantine en trois tranches, avec l’objectif d’atteindre la cantine à un euro pour les revenus les plus modestes. Il veut aussi introduire 30 à 50 % de produits locaux dans les repas scolaires.

Le candidat défend un tarif social de l’eau avec les premiers mètres cubes qui seraient gratuits pour les foyers modestes, ainsi qu’un travail sur les fuites d’un réseau qu’il juge vétuste.

Dans le même registre, il propose la création d’une “mutuelle communale” dont la mission sera de lancer “un appel à candidatures, via le CCAS, pour que nous puissions négocier des tarifs 20 à 30 % moins chers pour environ 3.000 à 3.500 habitants.” Il souhaite aussi créer un bus santé prévention pour desservir les écarts de la commune.

Autre mesure : la création d’une “centrale d’achat citoyenne” pour permettre à “plusieurs milliers de familles de mutualiser l’achat de produits de base comme le riz, l’huile, le lait ou les couches, sans marge commerciale.”

Concernant l’énergie, il promet un “grand plan solaire”, avec un accompagnement technique gratuit pour aider les habitants à monter leurs dossiers photovoltaïques et développer “l’autoconsommation partagée”.

Il propose également la création d’un incubateur pour accompagner les jeunes porteurs de projet à Sainte-Suzanne.

Le permis contre des heures de bénévolat

Autre proposition : l’expérimentation du “bail réel solidaire” pour “faciliter l’accession à la propriété de jeunes ménages.”

Via un office foncier solidaire, “qui existe déjà à La Réunion”, lequel ferait l’acquisition du foncier, “qui est ensuite mis à disposition sous forme de loyer modique, tandis que le ménage devient propriétaire des murs mais pas du sol”, précise le candidat.

“Nous aimerions tester cette expérimentation pour une cinquantaine de familles, notamment dans l’intérieur de Sainte-Suzanne où il reste encore du foncier.”

Autre volet tourné vers les jeunes : la création d’un “pass permis” pour les 17 à 25 ans, “pour que ces jeunes puissent bénéficier de ce permis financé en échange de 70 à 100 heures de bénévolat pour des travaux d’intérêt général. Ça peut être par exemple une mission de visite aux gramounes de Sainte-Suzanne, ce qui permet de recréer du lien intergénérationnel.”

Une “autre manière de gouverner”

Le candidat a également esquissé ce qu’il présente comme une “autre manière de gouverner” avec la création de permanences régulières dans les quartiers, la décentralisation du conseil municipal et un budget participatif confié à des comités de citoyens.

Interrogé sur la façon dont il compte financer ces mesures, alors qu’il chiffre dans le même temps à 7 millions d’euros le déficit de la ville, le candidat assure qu’il ne compte pas s’appuyer uniquement sur les finances communales.

Il entend mobiliser davantage “les appels à projets de l’État et les financements publics disponibles”, ainsi que développer des “partenariats institutionnels”, notamment avec l’intercommunalité.

Le candidat évoque également une optimisation du fonctionnement de la mairie et un recours accru à certaines "agences publiques nationales afin de mutualiser des compétences et limiter certaines charges pour la commune”.

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