Responsabilité des métropolitains dans les difficultés sociales et économiques de la Réunion - Entre racisme et travestissement

Sujet d'une discussion d'un soir avec un fonctionnaire réunionnais : la responsabilité des français métropolitains (les blancs de métropole) dans les difficultés sociales et économiques de leur île ! Conversation qui eut pour effet de m'énerver. Les blancs de métropole sont-ils responsables des 120.000 chômeurs de la Réunion ? Ces 120.000 chômeurs sont-ils le résultat d'erreurs de développement économique imprimés au département au cours des cinquante dernières années, dont seraient responsables les blancs de métropole ? Et enfin les Réunionnais ne se voient-ils pas reconnaître les mêmes droits et les mêmes devoirs que leurs compatriotes blancs de métropole ? Telles étaient les thèses développées par ce fonctionnaire réunionnais, pour lesquels les blancs de métropole étaient à peu près responsables de tous les problèmes de la Réunion !
Ma thèse était différente. Il est ahurissant de considérer que les blancs portent cette responsabilité... que sans les blancs de métropole, la Réunion serait devenue le phare de l'Océan Indien, le Singapour réunionnais ! Les blancs portent une responsabilité dans les réussites et les échecs de l'île, évidemment. La Réunion a été construite pour partie par de jeunes métropolitains (et pour partie par de très nombreux réunionnais), arrivés comme volontaires de l'aide technique (VAT), notamment dans le domaine de la coopération agricole, et qui ont mis en place avec les agriculteurs réunionnais des structures coopératives pour organiser des filières de production végétales ou animales. Le résultat de leur labeur, ce sont aujourd'hui des filières agricoles modernes et productives, une plus ou moins grande indépendance alimentaire dans ces filières, des industries modernes, dans un système coopératif qui demeure de taille humaine et de fonctionnement plus ou moins démocratique.
Y avait-il dans les années 1970 ou 1980 (c'est la facilité des thèses indépendantistes, ils parlent d'un passé hypothétique non daté, d'une histoire idéalisée, fantasmée, sans que celle-ci ne puisse être confrontée à la réalité !) d'autres pistes de développement que celles qui ont été mises en oeuvre, et qui aurait permis aujourd'hui d'avoir un emploi à proposer aux 120.000 chômeurs de la Réunion. Peut-être que ce fonctionnaire réunionnais pensait-il en fait tout simplement à la piste de l'indépendance, en imaginant que la Réunion pourrait aujourd'hui être dans la situation de leurs frères mauriciens ? Je n'y ai pas pensé sur le coup !
Selon moi, le chômage réunionnais est la conséquence de deux éléments : une natalité explosive, qui a fait passer la population réunionnais de 250.000 habitants en 1946 à plus de 800.000 habitants aujourd'hui, soixante-six ans plus tard... et la mise en place du régime des minimums sociaux français, qui permettent aux salaires de se maintenir à des niveaux 'relativement' élevés... Le SMIC français et le revenu minimum d'insertion (devenu aujourd'hui le RSA) ne permettent pas de créer les emplois mal payés suffisants pour occuper l'ensemble de la population réunionnaise. Sans minimums sociaux, les salaires à la Réunion seraient vraisemblablement beaucoup plus bas, le chômage beaucoup plus faible, et les prix beaucoup plus bas ... Mais je ne suis pas sûr que les Réunionnais concernés seraient beaucoup plus heureux et plus riches ! Simplement, les riches y seraient relativement beaucoup plus riches et puissants !
Je ne pense pas que la mesure du chômage soit un bon indicateur de la réussite ou non des politiques de développement économique et social de ce département, comme de tous les départements d'outre-mer ! Le chômage y est la conséquence de déséquilibres sociaux, démographiques et économiques, qui ne me semblent pas prêts de devoir se résorber. Evidemment, si la Réunion pouvait devenir la Silicone Valley de l'océan indien, si nous pouvions exporter vers le monde entier des produits que le monde entier nous envierait, alors évidemment nous n'aurions plus de chômage et nous observerions un afflux de main d'oeuvre pour venir travailler chez nous. Afflux qui créerait un boom immobilier ... etc ... Le développement est un cercle vertueux ! Et le sous-développement une trappe à la pauvreté !
Evidemment, les blancs de métropole ont quand même quelques responsabilités dans des erreurs de développement, comme les politiques et industriels réunionnais ... La première des erreurs auxquelles je pense concerne l'abandon du réseau ferré réunionnais pour développer les réseaux routiers, qui apparaît avec le recul comme une mauvaise idée... Et je crains que cette décision n'ait été essentiellement un choix pris par quelques fonctionnaires métropolitains, que nous payons aujourd'hui au prix fort...
Pour conclure sur cette discussion abracadabrante, cela m'a conduit à revisiter les concepts libéraux de l'économie. Ce qui peut expliquer l'absence de développement économique de la Réunion, malgré les réussites des politiques d'import-substitution menées dans les années 1970-1980, c'est la captation des richesses réunionnaises par une classe de petits fonctionnaires, de petits possesseurs terriens, dont l'unique objectif et l'unique mesure de la richesse est dans la possession de terrains, de maisons, de véhicules de luxe, dans l'encaissement de loyers... Sans aucune prise de risque capitaliste et donc sans aucune possibilité de développement de l'économie réelle réunionnaise.
Et il ne faut pas non plus oublier que la Réunion doit son développement à compter des années 1960-1970 à l'indépendance de Madagascar et au reflux des investissements français vers l'île. Dans les années 1960-1970, les réunionnais partaient se faire soigner à Madagascar qui disposait des installations hospitalières les plus modernes ! D'une certaine façon, les réunionnais peuvent remercier les malgaches d'avoir choisi la voie de l'indépendance à leur place !
Saucratès


