Refus d'obtempérer : récit d'une course poursuite qui aurait pu finir en drame absolu

Le refus d'obtempérer est devenu un phénomène que les forces de l'ordre peinent à enrayer, et ce, pas seulement en métropole. La Réunion n'est pas épargnée. Ce constat désolant a pris tout son sens le 16 août dernier quand deux motards de la police nationale de La Réunion ont été victimes d'un chauffard qui a refusé de stopper son véhicule alors qu'il roulait à vive allure. Ils ne s'attendaient certainement pas à ce qui allait arriver ensuite.
Nous sommes le 16 août, en pleine après-midi, la circulation est dense quand deux policiers aperçoivent un véhicule roulant à vive allure sur la RN1 en direction du Port. Les deux motards prennent le chauffard en chasse afin de le contrôler, prenant soin d'actionner gyrophares et avertisseurs sonores. Le conducteur, averti, choisit alors délibérément d'accélérer. Tout y passe : embardées à vive allure, dépassements sur la bande d'arrêt d'urgence, et même un rond-point pris à contre-sens. Mais le pire est à venir.
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Le fuyard poursuit sa course folle
Lorsque l'un des motards se porte à sa hauteur sur la quatre voies, le chauffard n'hésite pas un instant à le serrer contre la barrière de sécurité. Ce geste dangereux et délibéré force l'agent de police à sortir son arme de service. Il la pointe en direction du chauffard pour lui faire entendre raison et constate avec effarement qu'un enfant est assis sur le siège passager. Le fuyard poursuit sa course folle, manquant de percuter les motards à deux reprises.
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Après 29 km de prise de risques en tous genres, de manquements au code de la route, mais surtout de mise en danger de la vie d'autrui, le fuyard stoppe sa course à Plateau Caillou. Non pas parce qu'il l'a décidé, mais parce que son véhicule tombe en panne. Les policiers arrivent pour l'interpeller et constatent avec effroi qu'il a laissé son fils de 9 ans sur place alors qu'il s'enfuit dans la savane. Il se rend plus tard de son plein gré à la police pour être placé en garde à vue. Il est finalement jugé ce mercredi 20 août dans le cadre d'une comparution immédiate.
Le petit était en état de choc
"J'ai vu qu'il avait un regard haineux et déterminé", confesse le motard qui a sorti son arme à la barre du tribunal. Il poursuit : "Il était déterminé à ne pas s'arrêter. Je suis ici pour mettre en avant le fait qu'il a abandonné son enfant. Le petit était en état de choc et, à mon avis, devrait bénéficier d'un suivi. En 20 ans de carrière, c'est la première fois que je suis contraint de sortir mon arme."
En pleurs à la barre, le prévenu se confond en excuses et reconnaît avoir roulé à 130 km/h. Pour autant, le président du tribunal lui rappelle qu'"un motard aurait pu perdre la vie", insistant avec fermeté : "Vous avez tenté de faire un strike avec un motard de la police." Pour expliquer son comportement, Farid M., qui roulait sans permis ni assurance, lance : "J'ai tout de suite paniqué." La voix tremblotante, il ajoute : "Pour moi, c'était sûr que j'allais aller en prison." "C'est la seule chose pour laquelle vous avez raison", fustige de volée le président, qui insiste : "Vous avez eu un comportement de kaniar."
« Si vous êtes là, c'est parce que vous avez mis la vie des autres en danger »
Avec un casier judiciaire de quatre mentions et trois affaires non jugées pour des faits identiques de conduite sans permis, sous stupéfiants et sans assurance, le prévenu comprend qu'il risque cette fois la prison. "Vous avez déjà été averti, monsieur. Si vous vous étiez arrêté, vous ne seriez pas ici aujourd'hui. Vous le savez, car ce n'est pas la première fois. On vous aurait sans doute placé en garde à vue, mais vous auriez été convoqué comme les autres fois. Si vous êtes là, c'est parce que vous avez mis la vie des autres en danger", tance la procureure qui requiert une peine de trois ans de prison, dont un an avec sursis.
À peine avait-elle prononcé le chiffre "3" qu'une vague de protestation s'élevait brutalement dans la salle. De contestations en insultes fleuries, le président, forcé et contraint, faisait évacuer la famille et les proches venus au soutien du prévenu. L'audience se retrouvait suspendue et le prévenu seul à la barre, sans personne, à l'exception de son avocate désabusée par cette intervention désastreuse précédant sa plaidoirie. Plus question de demander un placement sous bracelet dans la famille auquel le prévenu est éligible. La robe noire plaide malgré tout avec conviction une peine moins sévère face à un tribunal à l'écoute.
Finalement, le tribunal prononce une peine de quatre ans de prison dont deux ans avec sursis, la confiscation du véhicule Audi A3, l'annulation du permis et l'interdiction de le repasser avant un an. Le prévenu est maintenu en détention. Pour la petite histoire, le prévenu indique qu'il avait pris son fils pour aller acheter les effets scolaires pour la rentrée. De sortie la veille, il s'était réveillé "la tête à l'envers" à 15 heures.


