Pesticides : vers un désastre sanitaire?

Depuis le Grenelle de l’environnement d’octobre 2007, les gouvernements successifs n’ont cessé de nous vanter la diminution de consommation des pesticides en France. Borloo et Sarkozy avaient prévu une diminution de 50% en 10 ans. Soit en 2017. Or il n’en est rien. La semaine dernière, semaine de sensibilisation aux pesticides (qui l’a su ?), les chiffres sont tombés : +9.4% en 2014, contre déjà +9% en 2013 par rapport à 2012.
Pour contrer cela, le plan Ecophyto 2 (qui fait suite au plan Ecophyto 1 issu du Grenelle de l’environnement) vient d’être annoncé par Stéphane Le Foll, ministre de l’agriculture. Déjà, le plan Ecophyto 1, qui a concerné 1900 fermes en métropole et aussi quelques-unes à La Réunion, a permis la diminution de 2.5 à 1.6 IFT (indice de fréquence de traitement phytosanitaire, mesure choisie, plutôt que le tonnage utilisé, car les molécules ne cessent de changer et d’être de plus en plus efficaces, donc on en utilise de moins en moins). Ce deuxième plan va coûter 71 millions d’€ par an, tandis que le premier avant coûté 40 millions d’€ par an. Il prévoit une diminution de 50% (encore !) en … 2025 ! Normalement, à cette date, Hollande et Le Foll sucreront leur thé dans une retraite bien mal méritée.
Or la consommation globale continue d’augmenter. La moyenne d’utilisation est de 2.3 kg/an/ha en France. Elle est de 4.9 kg/an/ha à La Réunion (7.7 kg aux Antilles françaises). La moitié en glyphosate, l’herbicide de Monsanto, quasi-exclusivement utilisé par l’industrie de la canne à sucre (3.8 kg/an/ha). Est-ce un hasard si le président de la FNSEA, Xavier Beulin, est PDG d’une holding appelée AVRIL (anciennement SOFIPROTEOL), qui commercialise la moitié des pesticides de France ? Oui, bien sûr, c’est un hasard…
Une lueur d’espoir ? La lutte entre Stéphane Le Foll, encore lui, qui s’était fendu d’une lettre aux députés pour ne pas interdire les néonicotinoïdes (comme le Gaucho). Ces derniers ont malgré tout voté l’interdiction quand le ministre voulait leur prolongation. Bon, allez, l’interdiction, c’est pour 2018…
Il est vrai que Stéphane Le Foll s’inscrit dans une bonne tradition socialiste de défense des poisons agricoles :
- Henri Nallet, en 1988 (gouvernement Rocard), défendait vaillamment les intérêts de la chlordécone, un insecticide organochloré, malgré toutes les études scientifiques antérieures. En 2012, on observait, aux Antilles françaises, une incidence de cancer de la prostate de 222 pour 100.000 habitants, loin devant la Norvège, 129 pour 100000, deuxième mondial, avec une mortalité d’environ 30 pour 100.000 contre 7 pour 100.000 en moyenne mondiale. Sans compter la diminution de la spermatogenèse et les risques de prématurité. Le tout lié à ce poison démontré. Henri Nallet avait commencé sa carrière comme chargé de mission à la FNSEA. Il a ensuite savamment conseillé Servier, vous savez, le laboratoire du Médiator…
- Jean Glavany, en 1998 (gouvernement Jospin), avait cédé devant les intérêts supérieurs de Bayer et son Gaucho, malgré les cris de désespoir des apiculteurs.
Désormais les débats sur les pesticides ne sont plus scientifiques, car tout est démontré, Cash Investigations, l’émission d’Elise Lucet sur France2, qui a fait grand bruit, n’a été qu’une pierre de plus à jeter dans le jardin des empoisonneurs. Les luttes sont politiques. Peut-on faire confiance à nos gouvernants ? Votre sentiment, ami lecteur, sonnera comme un aveu !
Dr Bruno Bourgeon, président d’AID
http://www.aid97400.re
#NuitDebout


