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Patrimoine: Histoire de réfléchir

Ecrit par zinfos974 – le mardi 15 septembre 2015 à 05H38

Les journées du patrimoine sont orientées cette année vers le XXIe siècle bien que la connaissance de l'histoire ait toujours été privilégiée dans ces manifestations, de façon à se poser dans la vie pour mieux appréhender ce qui se construit. Mais la prudence est toujours de mise quand il est question de la vérité historique.

Raphaël Ortscheidt, journaliste au "Quotidien de la Réunion", l'a été dans son dossier du 13/08/15 concernant l'implantation de la première église de l'île où a été "baptisé le 7 août 1 667 Étienne Pau, le premier enfant officiellement né à la Réunion", selon Alexis Miranville dans son opuscule "Le Tour des Roches, Haut lieu du patrimoine naturel et historique de Saint-Paul".

En effet, depuis quelque temps, sur la rive droite de la ravine Bassin, en un lieu surplombant le bas du sentier Bassin Vital, des fouilles archéologiques sont entreprises par la DAC-OI afin de contredire la carte d'Étienne de Champion qui donne une implantation de cette même église sur la rive gauche de la ravine Bassin, dans le village La Perrière (voir photo). Il est vrai que l'historien Sudel Fuma appuyait cette nouvelle thèse, mais sans avoir mis sur la table des arguments, et les recherches au sol pour accréditer cette possibilité n'ont pour l'instant rien apporté de probants.

Pourtant, la carte de Champion semble bien tenir la route, bien qu'une certaine tradition orale dont il se dit qu'elle pourrait être orientée pousse à faire croire le contraire. En effet, la localisation de Champion s'appuie sur des repères de la géographie physique : le N°67 sur cette carte place bien l'église du Vieux Saint-Paul entre la ravine Bassin et la ravine Tête Dure, c'est-à-dire dans l'actuel village de La Perrière. Etienne Regnault n'aurait pas fait construire une église en dehors du village, de l'autre côté de la ravine Bassin, en un point surélevé qu'il aurait fallu gravir pour aller aux offices, et ce d'autant que les terres aux alentours y sont représentées en zones cultivées. Le site des fouilles, à voir sa surface et la qualité du dallage de pierre, n'aurait-il pas été plutôt un lieu d'implantation d'une maison de maître ? À quand la publication du rapport détaillé de ces fouilles ? L'archéologie ne mène pas automatiquement à la vérité historique.

Mais l'essentiel pour s'en approcher est de prendre en compte tous les éléments des deux thèses, de les élargir, de les confronter. C'est cette méthode qui donne de la valeur au débat sur l'histoire. Une société n'avance pas qu'avec des certitudes, malheureusement parfois organisées et qui d'ailleurs finissent par tomber au fil du temps. C'est sur cette méthode que les organisateurs des journées du patrimoine doivent s'appuyer, particulièrement pour les scolaires. La construction d'un patrimoine ne concerne pas seulement les experts ; un passage important est de former des citoyens aptes à s'emparer des éléments crédibles de façon à permettre à chacun d'y voir une part de sa propre histoire, et de s'en émerveiller !

Aimé LEBON, Bois-de-Nèfles Saint-Paul

 

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