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"Ouverture de capot" et tickets annulés : Une dizaine de chauffeurs de bus devant la justice

Ces chauffeurs de bus sont accusés d'avoir détourné le fonds de caisse via deux types de fraude. Quelques centaines d'euros chacun sur quelques semaines au total pour s'acheter des cigarettes, à boire et à manger, ont reconnu certains d'entre eux au tribunal correctionnel de Saint-Pierre.
Ecrit par P.B. – le dimanche 15 septembre 2024 à 06H07

Le système bien rodé se transmettait presque de génération de chauffeurs en génération de chauffeurs, souvent lors de conversation à la gare routière. Pour empocher les 2 euros d'un trajet sur le réseau Car jaune, certains chauffeurs ont reconnu avoir pratiqué “l'ouverture du capot”. La technique consiste à ouvrir l'appareil délivrant les tickets et provoquer ainsi un incident qui n'apparait pas dans la caisse du chauffeur. Ce dernier peut ensuite empocher le montant du ticket non émis sans laisser de trace.

Le deuxième type de fraude concernerait les tickets annulés. La méthode sous-entend que les chauffeurs revendent ces tickets aux usagers.

Fonds de caisse avec argent personnel

Ces fraudes ont été révélées en décembre 2020 alors qu'un nouveau système de traçage des données a été mis en place par le GIE Activ. Le groupement, qui rassemble la plupart des sociétés de transport de personnes, gère le réseau Car Jaune.

Une trentaine de chauffeurs ont été visés par cette enquête, dont la moitié ont reconnu les faits. Les six présents à la barre du tribunal correctionnel refusent d'admettre le détournement de l'argent des tickets. Toutes les sociétés de transports ne fournissent pas à leur chauffeur un fond de caisse. Prendre quelques euros dans la caisse pour manger et boire un coup n'apparait encore moins pour ces chauffeurs obligés de faire l'avance avec leur argent personnel comme du détournement.

"S'attaquer à un grand patron, c'est trop compliqué"

A Jack*, il est reproché le plus gros montant détournés. De décembre 2019 à février 2020, l'enquête relève à son encontre 60 ouvertures de capot, 378 tickets annulés pour un montant d'euros 600 euros. “C'est vrai que ce n'est pas notre argent”, mais le chauffeur, aujourd'hui licencié pour faute grave, se justifie également par des conditions de travail difficiles sans avantages sociaux. “Souvent les tickets ne sortaient pas ou la machine buguait à chaque nid de poule”, fait valoir un autre chauffeur qui au mieux touche 1.500 euros par mois, assure-t-il. “On avait un patron très influent dans le milieu du transport. Je ne suis qu'un simple chauffeur. S'attaquer à un grand patron, c'est trop compliqué. Ça fait peur”, finit par lâcher Noa*, aujourd'hui transféré au transport scolaire.

Le montant de l'escroquerie est estimé à 60.000 euros par le GIE qui a alerté les autorités. “Des petits larcins qui sont devenus la normalité”, dénonce Me Olivier Guerin-Garnier.

“Une analyse plus fine” des données

“Peut-être que les conditions de travail sont difficiles mais on n'est pas obligé de taper dans la caisse”, tance le parquet. “C'est justement parce que c'est invisible que cela fonctionne”, fait remarquer le ministère public qui souhaite requalifier les faits d'abus de confiance. Il requiert pour ces chauffeurs des peines d'amende de 1.000 euros avec une partie ferme.

Pour l'avocat de trois de ces chauffeurs, la technique du ticket annulé apparait irréalisable. “Ça me parait difficile de convaincre un certain nombre de passagers d'entrer dans cette combine qui consiste à restituer au chauffeur le ticket annulé et pourtant payé par l'usager”, plaide Me Nicolas Dyall. “La réalité de ce dossier, ce sont les terminaux défectueux”. Par ailleurs, “toutes les sommes ont été restituées, peut-être en partie à tort, bien avant la plainte”, souligne l'avocat de la défense. Elles ont été prises comme un aveu de culpabilité. La robe noire aurait en revanche aimé “une analyse plus fine” des données prenant en compte les abonnements, ou encore le mauvais temps qui influence la présence d'espèces dans la caisse. Il demande la relaxe.

Le délibéré est attendu pour le 29 octobre prochain.

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