Le procès de la négligence: Un ouvrier brûlé à l’acide sur tout le corps

La douleur a dû être insoutenable. Mohamed Djabiri, employé de la société Ecochimie spécialisée dans la commercialisation de produits d’entretien et de matériels de nettoyage, a été gravement blessé en août 2014 sur son lieu de travail.
Alors qu’il s’apprêtait à descendre un bidon de 25 litres d’acide nitrique d’une étagère, le contenu s’est déversé sur lui, le brûlant profondément à la tête, visage, cou, torse et les deux bras. Hurlant de douleur, il se précipite vers un jet d’eau, se recouvrant entièrement d’eau avec un tuyau d’arrosage avant que son responsable ne vienne prendre le relais.
Un coma et plusieurs mois de soins et de rééducation s’en sont suivis. Les premiers jours, il a dû être intubé et ventilé. Il a ensuite subi des auto-greffes et une greffe de la cornée de l’œil droit. "En arrosant mon visage d’eau dans la panique, j’ai recouvert tout mon visage d’acide et c’est même rentré dans mon œil", décrit-il. Il a donc dû porter un masque facial 24 heures sur 24 pendant trois mois. Il le porte toujours la nuit et avoue être sensible à la chaleur et souffrir de démangeaisons.
À qui la faute ?
Devant le tribunal correctionnel de Saint-Denis, il avoue n’avoir porté que des lunettes et des gants, alors qu’il aurait dû être davantage protégé, notamment par une combinaison. Il reconnaît également n’avoir pas utilisé le transpalette dédié au transport des bidons.
Pascal Buisson, gérant de la société, a également été entendu par le tribunal. "Cette boîte existe depuis 25 ans et nous n’avions jamais eu d’accident de travail avant cet incident, affirme-t-il, le stockage se fait à l‘extérieur mais les normes sont respectées et les salariés reçoivent des vêtements de protection". S’il rappelle que ses employés ne portent pas toujours les combinaisons fournies, "car ils ont chaud et c’est encombrant", il précise : "Je ne fuis pas mes responsabilités même si je ne pense pas que l’entreprise a failli à ces règles. Il a voulu bien faire mais a omis certaines choses".
Agir dans l'urgence et manipuler un bidon fissuré ont donc coûté cher à la victime. La réglementation veut que les bidons d’acide soient stockés à l’abri des rayons du soleil, d’où la fissure, probablement. Le gérant reconnaît aussi un manque de contrôle. Si la procureure a requis la relaxe de Pascal Buisson en tant que personne physique, elle demande le versement de 20.000 euros pour blessures involontaires et 2000 euros d’amendes pour chaque délit, soit 8000 euros au total.
Il sera fixé sur son sort le 10 novembre prochain.


