La CCI Réunion adopte un budget primitif 2026 "de rigueur" face aux contraintes nationales

La Chambre de commerce et d'industrie de La Réunion a voté un budget primitif marqué par la stabilité de ses dépenses courantes mais aussi par une capacité d’autofinancement négative. L’institution mise sur son patrimoine foncier et ses projets immobiliers pour renforcer ses recettes.
La Chambre de commerce et d’industrie de La Réunion (CCIR) a tenu ce vendredi 14 novembre son assemblée générale consacrée notamment à la présentation et au vote du budget primitif 2026. L’ordre du jour a également porté sur plusieurs dossiers structurants, dont l’acquisition et la réhabilitation d’un bâtiment aux Avirons, la prise de participation dans la SCIM (une SELARL initiée par CCI France pour la gestion des concessions aéroportuaires), des évolutions au sein de la vie consulaire ainsi que l’avancement du projet du Domaine des Pierres.
Mais c’est bien la situation financière de l’institution et ses perspectives pour l’année à venir qui ont retenu l’attention. Le budget primitif 2026 s’élève à 31,9 millions d’euros pour la partie fonctionnement, un montant quasiment stable par rapport à l’exercice précédent.
Charges en hausse et recettes en baisse : un équilibre fragile
Certaines dépenses connaissent toutefois une évolution, notamment les charges externes qui progressent de 9,1 à 9,4 millions d’euros, ainsi que la masse salariale, impactée par la négociation annuelle obligatoire et le recrutement de nouveaux agents, bien que partiellement compensée par les départs à la retraite. L’activité formation reste fortement pénalisée par la nouvelle réglementation sur l’apprentissage, laquelle entraîne une diminution des subventions d’exploitation estimées à 1,094 million d’euros.
En matière d’investissement, la CCIR prévoit une enveloppe de 17 millions d’euros, financée par des subventions, des fonds propres et un emprunt de 4,5 millions d’euros. Le niveau de la taxe pour frais de chambre est maintenu à 4,7 millions d’euros. Le résultat financier intègre notamment 650.000 euros de dividendes issus de la SA Aéroportuaire ainsi que des produits attendus des placements en cours. Par ailleurs, des cessions foncières à hauteur de 1,903 million d’euros viendront soutenir l’équilibre du budget. À la clôture, la CCIR affiche un résultat net bénéficiaire de 232.000 euros mais une capacité d’autofinancement négative de 1,146 million d’euros. La trésorerie s’établit à 5,5 millions d’euros et le fonds de roulement brut à 5,8 millions d’euros.
La CCIR face à une crise nationale sans précédent
Face aux élus consulaires, le président Pierrick Robert a défendu un budget "de rigueur", qu’il juge cohérent avec les actions portées par l’institution. "Nous avons présenté un budget de rigueur, un budget primitif sur lequel nous avons travaillé pour qu’il y ait véritablement une cohérence avec l’action que nous menons à la CCI de La Réunion", a-t-il souligné, tout en rappelant que les chambres de commerce à l’échelle nationale subissent de plein fouet les ponctions budgétaires imposées par l’État. "Plus de 66 chambres de commerce et d'industrie en France seront en état de cessation de paiement si cette ponction est maintenue cette année."
Interrogé sur les conséquences concrètes de ce contexte pour 2026, Pierrick Robert reconnaît que certains arbitrages seront inévitables. La CCI devra privilégier son cœur de mission : le soutien aux entreprises. "Oui, nous allons éliminer ce qui n’est plus essentiel pour permettre de nous concentrer sur le volet économique. Nous avons trop d’entreprises qui sont en difficulté : elles ont besoin d’accompagnement", affirme-t-il. Des comités de pilotage ont déjà été mis en place afin de réorganiser certains services et adapter l’action consulaire.
Immobilier d’entreprise : un axe clé pour les prochaines années
Privée désormais de la gestion de l’aéroport et du port, la CCIR entend aussi renforcer sa stratégie foncière et immobilière pour diversifier ses recettes. "Nous sommes dans une stratégie de développement de l’immobilier d’entreprise", explique le président, précisant que des opérations déjà lancées généreront des revenus locatifs dès 2026, avec un impact plus marqué à partir de 2027. Une orientation qui s’inscrit dans une stratégie de long terme, pensée dès le début de la mandature.
Malgré les tensions nationales et les contraintes budgétaires locales, la CCIR réaffirme son engagement pour soutenir l’économie réunionnaise. Pour Pierrick Robert, l’enjeu est clair : préserver un outil consulaire indispensable au tissu entrepreneurial du territoire. "Nous ne voulons pas voir disparaître cet outil essentiel pour les entreprises réunionnaises", insiste-t-il. Ce budget primitif 2026, adopté dans une période d’incertitude, "se veut ainsi un outil d’équilibre et d’anticipation, au service du développement des entreprises et de la pérennité de l’action consulaire", conclut Pierrick Robert.


