Juste pour dire… (Ma tentative de suicide)

Depuis quelques temps, les suicides font l’actualité et tristement le fonds de commerce de certain organe de presse peu scrupuleux. Ils paraient que l’on qualifie de charognard, les oiseaux qui se nourrissent d’animaux morts…C’était un coup de gueule, l’essentiel n’est là.
Le suicide est un sujet qui concerne tout le monde à mon sens.
Entre le 01 janvier et le 05 Mars, on en est déjà à 13 suicides et certainement encore plus de tentatives.
Quand on voit le pessimisme grandissant, l’agressivité montante nourrie par la colère et la frustration, on en peut être qu’inquiet. Dans ce contexte difficile, de repli sur soit, il n’est pas évident pour celle ou celui qui se retrouve (ou se sent) exclu du système de garder la tête hors de l’eau. Le suicide est un sujet complexe, que l’on en peut traiter à la légère car chaque cas est particulier et que l’on n’est pas également armé face à la vie.
Il n’est pas évident d’admettre que l’on va mal et encore moins d’identifier ce mal être pour en percevoir les voies de guérison. On attend de ceux qui nous sont le plus proches qu’ils soient en permanence à notre écoute, voire qu’ils devinent notre douleur et nous leur en voulons puisque bien évidemment, si nous nous taisons, ils ne peuvent pas savoir. De ceux avec qui, nous avons des liens affectifs, nous n’acceptons pas d’entendre des choses dérangeantes, des vérités. On voudrait qu’ils compatissent et soit à notre disposition tout le temps, qu’ils comprennent tout.
Je ne parle pas dans le vent, je me suis retrouvée à la rue il y a trois ans, sans aucune famille, sans personne à qui pouvoir faire appel, sans un euro sur mon compte bancaire. A rester centrer sur moi-même, à toujours attendre de plus de chacun, j’avais brillamment réussi à m’isoler de ceux qui auraient pu m’aider. La dépression est un cercle vicieux, qui vous entraîne comme une lame de fonds, une fois que vous êtes pris dedans, vous vous engluez. J’ai fait une dépression, j’ai un jour avalé plus de prozacs (je n’étais pas encore suivie à cette époque mais j’avais trouvé le moyen de m’en procurer) qu’il n’en fallait. Je ne voulais pas mourir, je voulais oublier, je voulais arrêter de penser. Je ne voulais plus ressentir ce mal qui me rongeait, je ne voulais plus me sentir si seule, si nulle, si incapable de vivre cette vie que les autres arrivaient à vivre.
Je me suis retrouvée à la rue…Ce moment là, il fait encore mal, très mal …J’ai le 115, je n’ai plus eu le choix. Je suis passée par la case "hébergement d’urgence", pendant presque un an. Là non plus ce n’était pas facile, parce que ce sont normalement des hébergements temporaires, d’une durée de 7 jours renouvelables, pour les personnes sans enfant. A chaque fois, une épée de Damoclès au dessus de la tête, me demandant si on allait me mettre dehors. Pas de la faute des formidables personnes qui travaillent au sein de ces structures mais la faute au système, trop de demande et pas assez de places alors on fait des choix difficiles, on remet à la rue. J’ai eu de la chance dans mon malheur, car au bout d’un an, j’ai eu une proposition d’hébergement par la Fondation Abbé Pierre pour un an maximum, dans leur relai social. Enfin, toujours en sursis car là aussi, pas assez de place donc il faut trouver rapidement un hébergement à long terme.
Aujourd’hui, je suis chez moi, grâce à l’Agence Soleil qui propose aux personnes nécessiteuses un logement à petit loyer. Je suis encore en train de me reconstruire, je n’ai pas encore de boulot mais je monte un projet pour créer mon propre emploi.
Ce que je tente de dire ici, aux personnes qui vont mal c’est qu’il y a des jours meilleurs.
Mais il faut aussi se battre et combattre. Il ne faut jamais perdre espoir, jamais lâcher. Je ne dis pas que c’est facile, ni qu’il n’y a pas des moments où l’on n’espère plus rien mais il faut rebondir. Je ne sais pas ce que me réserve la vie, ni l’avenir mais je me battrais toujours. Une seule chose m’a toujours interdit de franchir la barrière, la peine que j’infligerais à ma famille, ça non, je n’avais pas le droit.
Anna


