Jean Gaël Anda Sita : "Quand la France brûle, le bon sens ne doit pas partir en fumée"

Les images d’incendies qui dévastent nos forêts, ravagent la biodiversité, emportent la faune piégée dans les flammes et réduisent en cendres des maisons, parfois des villages entiers, sont profondément révoltantes.
Comme beaucoup de Français, j’éprouve une immense tristesse. Nous sommes bouleversés en voyant ces familles contraintes de quitter leur foyer, leur jardin où ont grandi leurs enfants, et tous leurs souvenirs. Ces paysages défigurés, ces pompiers qui luttent sans relâche au prix d’un épuisement physique et moral exceptionnel, alors même qu’ils réclamaient davantage de moyens il y a quelques mois et n’ont pas été entendus, continuent pourtant de sauver chaque jour des vies et des habitations.
Face à cette tragédie, une image demeure pourtant porteuse d’espoir : celle de la solidarité. Celle des agriculteurs qui mettent leurs tracteurs, leurs citernes, leurs engins, leur temps et leur courage au service des secours. Malgré les normes, les contrôles et les exigences qui les accablent, les éleveurs et agriculteurs restent présents, debout, pour protéger leur territoire.
Ceux qui travaillent, qui produisent, qui nourrissent la nation, qui paient leurs impôts sont saignés alors qu’ils répondent toujours présents lorsque l’urgence frappe. Ils ont parfois le sentiment d’être davantage sollicités que reconnus. Nous sommes un des pays les plus taxés d’Europe et nos services publics sont à la dérive : la santé, la protection de l’enfance et, d’une façon générale, la sécurité et la protection de nos populations. Aujourd’hui encore, ce sont des citoyens qui se lèvent face aux défaillances de l’État : des femmes et des hommes qui épaulent les pompiers, protègent les habitants et défendent nos territoires.
Les élus locaux, les forestiers, les agriculteurs, et même les chasseurs, qui connaissent leurs biotopes et leurs forêts mieux que personne, sont eux aussi présents aux côtés des pompiers. Leur engagement est total, concret, immédiat. Pendant ce temps, ceux qui se présentent habituellement comme les défenseurs de l’environnement sont étonnamment silencieux ou absents.
Cette mobilisation est admirable. Mais elle révèle aussi une réalité plus inquiétante : un État dépassé par l’ampleur des événements, et des normes européennes et françaises souvent élaborées sans tenir compte des réalités et des besoins locaux. Depuis trop longtemps, ceux qui connaissent le terrain alertent sur les risques et sur la nécessité d’une véritable politique de prévention. Trop souvent, leur expérience a été ignorée ou reléguée au second plan.
Pendant ce temps, les décisions budgétaires continuent de se prendre dans des bureaux climatisés, loin du terrain. Rien n’est prévu pour garantir un revenu agricole, accompagner la transition agroécologique ou préserver le métier d’agriculteur et le choix d’une agriculture paysanne. Beaucoup de Français constatent que d’autres priorités nationales ou internationales mobilisent davantage de moyens, alors que notre pays fait face à des défis immenses sur son propre territoire.
Pourquoi Gabriel Attal, alors Premier ministre, a-t-il décidé dans un décret du 21 février 2024 de supprimer 52,8 millions d’euros de crédits destinés à la Sécurité civile ? Une décision lourde de conséquences, qui nous prive aujourd’hui de deux Canadairs supplémentaires.
La France ne peut pas se contenter de saluer le courage de celles et ceux qui ont été en première ligne une fois les flammes éteintes. Elle doit tirer les leçons de ces catastrophes, investir davantage dans la prévention, écouter celles et ceux qui vivent et travaillent sur le terrain, et redonner toute sa place au bon sens.
Parce qu'au-delà des hectares partis en fumée, c'est une part de notre patrimoine, de notre identité et de notre avenir qui disparaît. Cela ne devrait jamais laisser une nation indifférente.
Les responsabilités devront être établies et chacun devra répondre de ses choix. Car le feu ne consume pas seulement les forêts : les insuffisances de nos politiques publiques et nous rappelle que certaines valeurs doivent toujours primer sur les calculs politiciens.
Le courage des femmes et des hommes de terrain mérite mieux que des discours : il exige des actes.
Jean Gaël ANDA SITA – Conseiller Municipal et Communautaire


