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"Je vais rester comme je suis" : du combat contre le mal-logement à la mairie de La Possession, la longue marche d’Erick Fontaine

Ecrit par Sébastien Gignoux – le mercredi 25 mars 2026 à 07H06

Visage bien connu de la lutte contre l’habitat indigne à La Réunion, Erick Fontaine, 65 ans, a été élu dimanche 22 mars maire de La Possession, un peu à la surprise générale. Loin pourtant d’être un complet néophyte en politique, il promet de conserver son credo : proximité et disponibilité.

« Vous me connaissez, et mon numéro ne va pas changer ! » Debout sur l’estrade ce dimanche 22 mars, le nouveau maire de La Possession à peine élu égrène au micro les dix chiffres de son numéro de portable devant une foule en délire.

« Je ne serai pas un maire de bureau, mais un maire de terrain ! » clame-t-il encore, tout à l’euphorie d’une victoire qui a été lente à se dessiner, mais qui s’est bien matérialisée par 101 voix d’écart avec la maire sortante, Vanessa Miranville. Un scénario à peine concevable encore une semaine plus tôt, quand le porte-parole de la confédération nationale du logement (CNL) se lançait pour la première fois de sa vie, à 65 ans, comme tête de liste à des élections municipales.

"Le maire de la proximité"

Deux jours ont passé, et c’est dans son immuable chemise blanche que la silhouette longiligne d’Erick Fontaine apparaît mardi 24 mars dans la boulangerie de l’avenue Mahatma Gandhi où il a fixé rendez-vous à Zinfos974. Il reçoit aussitôt les félicitations chaleureuses de plusieurs clients, a un petit mot pour chacun, et répond encore au téléphone quand il sonne...

Sujet du jour : l’organisation de sa cérémonie d’investiture. « Ce sera vendredi 27 mars au gymnase Daniel Narcisse et pas en mairie, car je souhaite que la population puisse venir », explique Erick Fontaine, Possessionnais depuis 35 ans, qui veut démarrer son mandat dans des conditions conformes à ses promesses. « Je serai le maire de la proximité, qui prend le temps de répondre, d’être disponible », assure celui qui a passé ses soirs et ses week-ends des vingt dernières années à venir au secours des habitants en souffrance dans leur logement.

Bras de fer avec les bailleurs

Un combat qui lui tient particulièrement à cœur, lui qui a visité Soweto dans les années 80 et qui entretient depuis « des liens très forts » avec l’Afrique du Sud. « Mon épouse Angèle a grandi dans les bidonvilles du Port, et quand Jean-Michel Singaïny a voulu créer une association de défense des locataires, il m’a demandé de m’investir », retrace le nouveau maire de La Possession.

 « Au tout début, une dame des Camélias qui m’a pris pour quelqu’un de la mairie m’a fait entrer chez elle et m’a montré comment elle devait escalader, à 86 ans, pour entrer dans sa baignoire. J’ai appelé le bailleur et, quinze jours plus tard, les travaux étaient faits. Je me suis dit qu’il y avait beaucoup à faire, et j’ai commencé à me documenter sur ce sujet que je ne connaissais pas vraiment », relate le militant.

On est au début des années 2000, et pendant près de vingt ans, Erick Fontaine va mener un bras de fer avec les bailleurs sociaux, siégeant dans toutes les commissions possibles et n’hésitant pas à alerter les médias pour faire bouger les choses. « En 2011-2012, on a réussi à faire reloger des gens et détruire leur immeuble du Port qui menaçait de s’effondrer », se souvient-il.

Il se remémore aussi ces appels nocturnes, pour venir soutenir une famille victime d’un incendie, et sa femme qui lui demande, après, où est-ce qu’il a passé la nuit. « Je n’ai pas le choix, je suis comme ça. Tant que j’aurai la force physique, je continuerai », assure Erick Fontaine.

A bonne école chez Hilaire Maillot

Originaire du quartier de Camp Ozoux, le Dionysien de naissance a pourtant connu « une enfance heureuse » dans le chef-lieu, où ce fils d’un couple de policiers grandit aux côtés de ses deux frères, de la chanteuse Michou et de son frère le ségatier Christian Ducap, ses voisins. « On jouait beaucoup au foot à la Redoute » raconte ce grand fan du Bayern Munich, également féru de motos, de photographie et de randonnée, et qui court encore le 10 km en moins d’une heure…

Après une scolarité classique à Saint-Denis et diplôme de comptabilité en poche, il se lance dans une carrière de fonctionnaire territorial. Recruté par Hilaire Maillot, le maire de Salazie, il y devient directeur de la culture. « C’était un maire très dur, mais qui faisait passer ses administrés avant tout. Une très bonne école », souligne-t-il. Promu directeur de cabinet, il rejoint ensuite la Région alors présidée par Paul Vergès, l’autre figure politique qui l’a impressionné.

Premiers mandats d'opposition

En charge du plan Emploi Jeunes lancé par feu Lionel Jospin, il interviendra ensuite dans les domaines de la culture ou du tourisme, continuant à travailler sous Didier Robert avant de rejoindre le Département en 2017 comme attaché principal, délégué à l’aide à la création d’entreprise.

« Sans m’en rendre compte, j’ai toujours côtoyé des politiques, même si j’étais plutôt discret. Je n’étais rattaché à aucun parti. D’ailleurs mes détracteurs de droite disent que je suis de gauche, et ceux de gauche disent que je suis de droite ! », s'amuse Erick Fontaine.

Ce qui ne l’a pas empêché d’exercer ses premiers mandats au début des années 2000. Conseiller d’opposition à la mairie de Saint-Denis de Michel Tamaya, il siègera ensuite à La Possession, encore dans l’opposition aux côtés de Roland Robert après qu’il a perdu la mairie en 2014, et entre comme conseiller communautaire délégué à l’habitat au TCO.

"Sujets humains" plutôt que "grands chantiers"

« J’ai toujours voulu être constructif, y compris dans l’opposition », affirme-t-il. En 2020, il est sur la liste de Nassimah Dindar, « une amie », pour prendre la mairie de Saint-Denis, et se retrouve finalement à siéger dans la majorité d’Ericka Bareigts. Il devient vice-président à la CINOR en charge de l’habitat, son principal cheval de bataille.

« C’est primordial pour les gens, et pas seulement les locataires. Il y a beaucoup de petits propriétaires en difficulté également », reprend ce père de trois enfants, qui place aussi « l’accueil des enfants porteurs de handicap, l’aide aux personnes âgées et à celles qui n’ont pas de quoi manger » dans ses priorités.

Pas de chantier pharaonique en vue pour ce nouveau maire, arrivé 3e aux législatives 2024 dans la 2e circonscription, et qui préfère miser sur « des sujets humains, des réhabilitations îlot par îlot, et une vigilance sur les petites remises en état que le maire peut imposer aux bailleurs par son pouvoir de police. »

Autres sujets qui lui tiennent à cœur : « les fuites d’eau » ou « l'électrification de Mafate », illustre celui qui dit vouloir « aller très vite, pour montrer aux Possessionnais qu’on peut améliorer leur vie avec des mesures simples et un engagement de tous les instants. »

Union "sans contrepartie"

Un dévouement qu’il exigera de ceux qui constitueront son équipe, des membres de son mouvement citoyen « Engagés » à ceux des listes de Philippe Robert et Vincent Rivière qui ont accepté de faire l’union avec lui « sans aucune contrepartie de poste. »

Cette union « pour un nouveau souffle, s’est décidée en cinq minutes et n’est sûrement pas téléguidée par Huguette Bello, que je n’ai même pas vue depuis longtemps », assure Erick Fontaine, qui entretient d’excellentes relations avec, à la fois, Patrick Lebreton, Olivier Hoarau et Loulou Hippolyte, sans oublier Patrice Selly, longtemps avocat de la CNL.

« Il n’y a eu aucun accord de signé », insiste-t-il à propos de cette fusion expresse, qualifiée par l’équipe sortante de « manger cochon ». « Je serai bien le maire aux commandes, avec des adjoints qui assument », martèle-t-il.

Lire aussi : Avec "Engagés", Erick Fontaine vise des solutions "concrètes" pour La Réunion

"Respect de la parole donnée"

Pas question non plus de mener « une chasse aux sorcières » dans les rangs municipaux. « Je viens de la fonction publique et je sais qu’un changement de mandature, c’est parfois violent. Moi, je suis pour le respect des hommes et des femmes. Je n’ai pas promis non plus un emploi ou un logement à quiconque pour être élu », souligne encore Erick Fontaine, qui promet en revanche de baisser ses indemnités d’élu, et de n'avoir ni chauffeur ni voiture de fonction. « J’ai bientôt fini de payer le crédit de la mienne », sourit-il.

« Impatient de démarrer » et « conscient de la hauteur des enjeux », Erick Fontaine va devoir désormais honorer une autre vertu qu’il met en avant : celle du « respect de la parole donnée. » Peut-être la plus difficile quand on accède aux responsabilités…

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