Hausse des frais d'inscription à l'université : l'inquiétude grandit à La Réunion

Un rapport remis au gouvernement propose de multiplier par cinq les droits d'inscription des étudiants français.
Les étudiants devront-ils bientôt payer beaucoup plus cher pour accéder à l'université ? C'est l'une des propositions les plus commentées du rapport issu des Assises du financement des universités, remis mercredi au gouvernement. Les auteurs estiment que le modèle économique actuel des établissements n'est plus viable à long terme et avancent plusieurs pistes pour assurer leur financement, dont une augmentation significative des frais d'inscription.
Le rapport, rédigé par Jérôme Fournel, inspecteur général des finances, et Gilles Roussel, président de l'Université Gustave-Eiffel, part d'un constat préoccupant : sans évolution du modèle de financement, les universités françaises risquent un "appauvrissement" progressif d'ici à 2030.
Aujourd'hui, les droits d'inscription représentent une part très limitée du coût réel des formations. Les rapporteurs proposent ainsi de porter la contribution des étudiants à environ 10 % des ressources des universités, contre 3 % actuellement. Concrètement, les frais passeraient de 178 à 900 euros par an en licence et de 254 à 1.300 euros en master pour les étudiants non boursiers.
Selon le rapport, cette hausse s'accompagnerait d'une réforme des bourses afin d'exonérer les étudiants les plus modestes grâce à un système plus progressif. Les recettes supplémentaires seraient directement reversées aux universités.
Les Jeunes socialistes de La Réunion dénoncent une "injustice sociale"
À La Réunion, cette perspective suscite déjà de vives réactions. Dans un communiqué diffusé ce mercredi, les Jeunes socialistes de La Réunion dénoncent une mesure qui risquerait, selon eux, d'aggraver les inégalités d'accès à l'enseignement supérieur.
L'organisation rappelle que la précarité étudiante est déjà particulièrement marquée sur l'île, où de nombreux jeunes cumulent études et emploi pour financer leur quotidien. Elle souligne également que près d'un étudiant sur deux déclare renoncer régulièrement à un repas pour des raisons financières.
"Faire payer davantage les étudiants n'est pas une solution, c'est une injustice sociale", estiment les Jeunes socialistes, qui considèrent qu'une telle hausse instaurerait une sélection par les ressources financières plutôt que par le mérite.
Une problématique renforcée par les spécificités réunionnaises
L'organisation insiste également sur les difficultés propres au territoire réunionnais. Chaque année, de nombreux bacheliers sont contraints de poursuivre leurs études dans l'Hexagone faute d'une offre de formation suffisamment diversifiée à l'Université de La Réunion. Une situation qui représente déjà un coût important pour les familles et qui, selon eux, conduit certains jeunes à renoncer à leur projet d'études.
Pour les Jeunes socialistes, augmenter les droits d'inscription reviendrait à ajouter un obstacle supplémentaire à une jeunesse déjà confrontée à des difficultés économiques, sociales et psychologiques.
Ils demandent au gouvernement d'abandonner cette piste et plaident plutôt pour un renforcement des bourses, un meilleur accompagnement de la vie étudiante ainsi qu'un financement durable des universités. Ils réclament également un investissement accru dans l'enseignement supérieur à La Réunion afin de développer de nouvelles filières et permettre à davantage d'étudiants de poursuivre leur cursus sur leur territoire.
À ce stade, le gouvernement n'a pas indiqué s'il entendait reprendre cette proposition, qui ne constitue qu'une des recommandations formulées dans le rapport remis à l'issue des Assises du financement des universités. Le sujet s'annonce toutefois déjà comme l'un des débats majeurs de la prochaine rentrée universitaire.


