Et si l’île Maurice était restée française le 15 octobre 1814 ?

Et si l’île Maurice était restée française le 15 octobre 1814 ?
Ne serait-elle pas, elle aussi, monsieur le Premier ministre de l’île Maurice, un département français soumis au même droit et au même devoir qui lui incombent ?
L’île Maurice serait encore l’île de France et la polémique n’aurait pas eu lieu d’être. Nous comprenons donc que ce que nous sommes devenus aujourd’hui, est contextuel et conjoncturel ce qu’ont fait de nous nos colonisateurs français et britanniques. L’un avec son attitude paternaliste d’assimilation faisant que tous noirs ou blancs aient les mêmes ancêtres à savoir les gaulois et l’autre avec son attitude associative et son Commonwealth qui a injecté en toutes ces colonies ce désir intense de prise de décision dans sa structuration.
Nous le constatons en Afrique, seul les pays anglophones ont réussi tant bien que mal à se structurer et à s’organiser sur les fondations des anciens maîtres colonisateurs. Pour ce qui est des pays francophones, la Côte d’Ivoire mais encore la RDC (ex Zaïre), nous ont montré les limites et les failles désastreuses d’une idéologie sur des hommes et des femmes à la base nés libres.
Mais comment ne pas relever que ce sont majoritairement dans les pays issus de la domination britannique, qu’ont été portés en leur sein l’apartheid comme en Afrique du Sud, la ségrégation raciale comme aux Etats-Unis, ainsi que l’esprit de séparation communautaire tel qu’il se pratique peu ou prou à l’île Maurice, alors qu’à La Réunion tous sont créoles, quelles que soient leur origines, ne formant qu’un dans l’absolu, une unité qui n’est pas de fait chez vous.
Nous comprenons donc qu’il ne peut y avoir polémique, nous sommes citoyens français et européens et vous Mauriciens, membres du Commonwealth, de par notre histoire et ce depuis que nos routes se sont séparées en 1814. Il est donc important, monsieur le Premier ministre, de comparer ce qui est comparable.
Néanmoins merci de mettre le doigt sur les plaies béantes qui sont les nôtres aujourd’hui encore, même si, personnellement, je n’aurais jamais osé faire quelques remarques sur le si fier peuple mauricien.
C’est vrai, monsieur le Premier ministre, votre allocution a eu le mérite de nous faire réfléchir sur ce que nous sommes ou ne sommes pas aujourd’hui. Des questions se posent encore !
- Sommes-nous des Français à part entière ou sommes-nous toujours sous le joug du système colonial ?
Est-ce bien les Réunionnais qui sont aux postes clés à la préfecture par exemple ? Est-ce bien La Réunion et ceux qui la dirigent, qui représente la France dans l’Océan Indien ou l’ambassade de France à Maurice ou à Madagascar ? Est-ce bien les Réunionnais qui représentent l’Europe dans l’Océan Indien, ou alors des émissaires venus directement de Strasbourg et qui parlementent et signent en notre nom des décisions et des actes qui se feront dans l’Océan Indien et dont on ne nous fait même pas état ?
Aussi, je comprends, monsieur le Premier ministre, que quand vous pensez la France, vous la voyez à travers ceux et celles que vous rencontrez aux plus hautes sphères décisionnelles et ceux là, la plupart ne sont pas Réunionnais. La méprise est grande.
Nous sommes encore aujourd’hui là pour faire joli, faire des bonbons piment et danser le maloya. Parce qu’en effet, dans l’Océan Indien, c’est n’est pas nous la France, ce sont ceux de l’Hexagone qui sont a dix mille lieux de comprendre ce que nous sommes et voulons.
- Sommes nous encore assistés ?
Nous le sommes, c’est un fait. Mais ce que vous appelez assistanat, monsieur le Premier ministre, n’est qu’un schéma structurel de notre héritage colonial assimilationniste que vous ne pouvez saisir puisque ayant hérité d’un autre système structurel. C’est un droit de percevoir le RSA et autres indemnités dans notre pays, mais il devient de l’assistanat quand il ne débouche pas sur de la création de richesse, de valeur ajoutée, de retour sur bénéfice et devient rapidement un bien pour un mal.
Le Réunionnais n’est pas intrinsèquement un assisté, ce n’est pas sa nature, c’est le système qui peu ou prou le fait devenir, puisque ne débouchant que sur précarité et déresponsabilisation. Ce système devra évoluer pour une autre et meilleure gouvernance locale toujours au sein, de la République et de l’Europe et pour une meilleure compétitivité régionale et une relance de l’emploi sur le territoire. Ce que vous ne pouvez saisir, monsieur le Premier ministre, c’est que dans notre système administratif, nous faisons face à un gros désavantage que n’ont pas les autres citoyens français de l’Hexagone, qui cherchent du travail.
Nous ne sommes pas entourés géographiquement par d’autres départements français ou régions d’Europe. C’est un handicap fort quand on sait combien les échanges et les coopérations transfrontalières, transnationales et inter-régionales sont essentiels au niveau commercial entre les régions d’Europe. Aucune structure étatique ne ressemble à la nôtre dans l’Océan Indien à part Mayotte qui fait son chemin petit a petit.
Alors je vous pose la question, monsieur le Premier ministre, seriez vous prêt à accueillir les travailleur réunionnais capables et compétents, en masse, dans votre belle île ? Je suis sûr que non ! D’autant et vous avez raison, que tout est fait pour que cela ne se fasse pas. Alors oui, nous sommes coincés de par ce que nous sommes devenu aujourd’hui et cela aura le mérite de montrer à la face du monde le génie réunionnais dans sa capacité à s’adapter, à évoluer et à relever les défis aujourd’hui et demain.
Monsieur le Premier ministre, et si c’était La Réunion qui était devenue anglaise en 1814 et que Maurice serait restée française, certainement notre Premier ministre aurait tenu le même discours que le vôtre, concernant la situation du département de l’île de France dans l’Océan Indien.
Aujourd’hui aucun pays ne se construit en autarcie. Nous sommes dans une organisation mondiale ou le vase clos n’existe pas et vous en savait quelque chose, monsieur le Premier ministre, puisque l’île Maurice reçoit chaque année des aides venant d’organisations internationales et je n’oserai jamais parler d’assistanat de la part de : l’Agence française de développement, de l’Union Européenne, du Programme de développement des Nations unies, du Fonds monétaire international à Maurice.
Alors je vous pose la question, monsieur le Premier ministre : qui gagne au change ?
Yannick Fontaine
Auteur de i[La quadrature du cercle ou le temps d’un grand changement]i
Yannickfontaine.net


