Des fonctionnaires et de la sur-rémunération

Le phénomène est cyclique et récurrent.
A chaque fois que la conjoncture économique est mauvaise, les fonctionnaires sont montrés du doigt : Sécurité de l’emploi, paresseux, trop nombreux. Les seuls responsables du déficit budgétaire de la France, ce sont les fonctionnaires. C’est la variable d’ajustement de notre économie et du budget.
Il en est d’ailleurs de même pour les militaires, ces parasites trop nombreux, mais portés aux nues et dont on est contraint de renforcer les effectifs en catastrophe, quand tout va mal.
L’ancien fonctionnaire et officier que je suis et qui a, comme beaucoup d’autres donné beaucoup de son temps, ne peut se laisser insulter par ces propos populistes sans réagir, à moins que les privilèges dont nous bénéficions ne nous donnent pas droit à la parole. Je vais la prendre quand même, car c’est mon tempérament.
La seule chose qui a compté pour moi sur le plan professionnel, c’est l’intérêt général. Oui, l’intérêt général ! Si le fonctionnaire bénéficie d’une certaine stabilité dans son emploi, c’est précisément pour qu’il succombe moins facilement à la tentation et aux pressions que d’autres. C’est en tout cas l’esprit du statut et je ne crois pas que les cas de corruption soient équivalents à ce que l’on peut trouver ailleurs.
Des salaires mirobolants : je me souviens avoir vu très gêné le DRH d’une PME de métropole lorsque nous avons comparé nos bulletins. J’étais pourtant "haut fonctionnaire".
Certes, les salariés payés au Smic (et ils sont nombreux) n’ont pas la belle vie et je les plains ou les admire. Mais avez-vous vu les fiches de paie des agents de catégorie B, C, et D? Surtout les anciens ? Savez- vous combien perçoit un professeur des écoles qui a une responsabilité capitale dans l’avenir de nos enfants et donc de notre pays? Allez voir en métropole!
Avez-vous regardé les conditions d’évolution de carrière de ces nantis ? Pour ma part, j’ai déménagé 17 fois et ma famille une dizaine de fois. Cette mobilité n’a pas permis à mon épouse (diplômée de l’enseignement supérieur) de travailler pendant longtemps. Mais de quoi se plaint-on ? Elle a élevé ses enfants ! C’était ou la séparation (nous l’avons accepté pendant 5 années au total cumulé) ou le déménagement. Ce n’est pas mal dans une vie ! Surtout quand on est en charge d’une famille! Mais encore un avantage : les voyages ne forment-ils pas la jeunesse ?
Outre la question des revenus, comment avoir une résidence principale à soi dans ces conditions ?
Mais c’est vrai que l’on ne peut tout avoir ! Voilà la vérité pour un fonctionnaire qui veut évoluer ! Mais c’est vrai, tout le monde n’est pas obligé d’évoluer
Et maintenant, parlons de la sur rémunération locale.
Quand je suis revenu au pays (après 38 ans), certes, j’ai trouvé ma situation enviable, bien qu’encore très sensiblement inférieure à celle du privé du même niveau. Quelque peu interrogatif sur cette situation privilégiée par rapport à la métropole, je m’en suis confié à un haut fonctionnaire (non originaire) qui m’a rappelé que ce résultat n’était que le fruit d’une mesure d’égalité à l’égard des autochtones par rapport à leurs collègues venus d’ailleurs. Cette égalité avait été obtenue de longue lutte disait-il (cf articles de presse des années 40 et 50) et donc difficile à remettre en cause eu égard à sa valeur symbolique.
Je me suis alors souvenu en effet, que nos ancêtres avaient dû se battre notamment par une grève de 62 jours en 1953 (ma mère était veuve, mère de 8 enfants et fonctionnaire… et elle a fait grève tout ce temps) pour obtenir cette égalité de traitement.
Certes cette mesure crée localement un avantage pour la fonction publique d’Etat.
Outre la valeur symbolique sus énoncée de cette suppression qui n’apporterait rien aux autres, sauf à approuver un alignement par le bas, à qui profiterait-elle?
Certainement pas à l’économie : Le pouvoir d’achat des fonctionnaires a un impact direct sur la consommation, donc sur l’emploi. Il ne me parait pas utile de développer. Surtout ne me faites pas rêver d’un fonds qui servirait à l’économie locale ? L’expérience de la vignette automobile pour les personnes âgées enlèverait toute illusion sur ce point.
Alors, allons- y, supprimons ce qui à mes yeux ne relève que du "gros cœur" et acceptons de supprimer par la même occasion des emplois supplémentaires ! C’est la solidarité ! Si c’est le "gros cœur", allez courage : passez le concours, Il est ouvert à tous !!
Un vieux fonctionnaire retraité, probablement peu concerné par cette mesure au titre, osons l’espérer, des avantages acquis, comme dans le privé…. !
Vié yab


