Déclenchement d'un téléphone grave danger : très lourde peine pour le conjoint violent

Un père de famille avait à répondre de faits de violences conjugales ce mercredi devant le tribunal correctionnel de Saint-Denis. L'homme de 37 ans comparaissait en état de récidive pour des faits identiques sur la même victime, sa compagne depuis 18 ans.
Il est des habitudes qui ont la dent dure comme les violences conjugales ou encore la consommation d'alcool, les deux étant souvent étroitement liées. Pour rappel, La Réunion est deuxième, après le département du Nord, du triste classement des faits de violences intrafamiliales. Exemple frappant, l'audience de comparution immédiate de ce mercredi avec à son rôle pas moins de quatre dossiers de violences sur cinq. Tous avaient un point en commun : la consommation d'alcool.
L'affaire qui nous intéresse concerne Jules A., né en 1988. Père de six enfants, il a la fâcheuse habitude de devenir violent lorsqu'il boit. L'homme est bien connu des services de justice puisqu'il était devant ce même tribunal au mois d'octobre dernier. Pas de chance pour lui, il est face au même président et à la même procureure ce mercredi. Il avait écopé d'une peine de 1 an de prison dont 6 mois de sursis probatoire assortis d'une interdiction de tout contact. Elle avait depuis en sa possession un téléphone grave danger.
Tellement il est saoul, il se blesse sérieusement au doigt en prenant le couteau par la lame
Il apparait clairement que le couple s'est reformé depuis, faisant fi des interdictions. Si tout allait bien au début, le 10 janvier, tout a basculé lorsqu'il est rentré complétement ivre. Une dispute éclate et, une fois encore, il la violente. Le président relate une scène de deux heures durant laquelle il la menace et la course avec un couteau. Tellement il est soul, il se blesse sérieusement au doigt en prenant le couteau par la lame. Il finit par se calmer et s'endormir. Le lendemain matin, elle met ses enfants à l'abri et déclenche le téléphone grave danger, le sien ayant été cassé par son agresseur lors de la dispute.
"Force et de constater que le sursis probatoire n'a servi à rien"
Il est rapidement interpellé et placé en garde à vue. La victime s'en sort avec une ITT de 5 jours et une longue liste d'abrasions, d'ecchymoses et même une morsure au visage. "Force et de constater que le sursis probatoire n'a servi à rien, vu que vous recommencez au bout de 3 mois", assène le président en guise de préambule. Si le prévenu acquiesce benoîtement, il minimise les faits, mettant une fois encore la faute sur sa consommation d'alcool. Comme l'indique la partie civile, "il n'a pas compris le sens de la dernière condamnation", qui insiste sur le fait qu'il s'est "imposé au domicile malgré l'interdiction de contact". Elle fustige le "comportement bestial d'un homme qui a enlevé à une femme le peu de dignité qui lui restait".
"Sa parole n'a plus aucune valeur"
"Sa parole n'a plus aucune valeur", fustige à son tour la procureure, qui rappelle que c'était déjà elle lors de la première audience. "Nous avons malheureusement une impression de déjà-vu. Son fils confirme que son papa courrait derrière maman avec un couteau. Il traumatise tout le monde", tance la magistrate qui requiert une peine de 18 mois de prison avec maintien en détention ainsi que la révocation des 6 mois de sursis restant. "Il est difficile de s'immiscer dans la vie des gens", répond la défense qui reconnait "une relation de 18 ans devenue toxique". La robe noire plaide la clémence du tribunal, argumentant, "elle le mord en premier, elle a aussi participé à ces violences".
Notant des "faits graves et en récidive", le tribunal prononce une peine de 3 ans de prison, révoque le sursis de 6 mois et assortit le tout d'un maintien en détention. Pour que le message soit clair, avant même le début de l'audience, le parquet avait mis les 6 mois ferme de la peine d'octobre à exécution. Jules A. part en détention pour 4 ans.


