Comme dans les romans réalistes du 19è siècle, cette brave dame du Tampon, 80 ans bientôt, cumule tous les malheurs possibles. Comme prévu, il y a eu des salauds pour profiter de sa détresse.
Atteinte de graves troubles psychologiques et physiques depuis les années 70, elle subit un divorce pénible quelques temps plus tard et se retrouve seule dans un petit appartement, sans soutien, sans ressources, abandonnée de sa famille, y compris ses enfants.
C’est alors qu’elle "tombe" sur des personnes généreuses, Daniel Hoareau et sa concubine, Paulette Boursillon. Laquelle a été l’auxiliaire de vie de la pauvre dame. Que voilà une proie d’excellence. Taïaut !
Le couple de rapaces a vite fait de convaincre la dame, qui ne sait ni lire ni écrire, de venir habiter chez eux. Gratuitement, cela va de soi. On va vite constater une fois de plus que bon marché i coûte cher. Le plan est diabolique.
On convainc vite la victime de vendre son petit bien. Puis on lui ouvre deux comptes bancaires alors qu’elle en a déjà un à l’Epargne postale. Puis on effectue généreusement les démarches, au pas de charge, pour qu’elle obtienne une pension de quelques 700 euros mensuels. La toile est tissée, la proie s’y englue sans rien y comprendre.
Tout l’argent de la vieille dame va disparaître entre les pattes des "chasseurs". Piscine, jaccuzi… Les épouvantables, tant qu’on y est, profitent de l’aubaine pour prendre leur retraite, le manque à gagner étant largement comblé comme on sait. De sa pension de 700 euros, la vielle dame reçoit quelques piécettes de 20 centimes pour la quête à l’office dominical. Autant se mettre bien avec le Tout-puissant…
La dame Boursillon n’étant pas à l’audience, son compagnon essuie le tir nourri des questions d’une présidente Ramage remontée à bloc. Et répond avec un culot monstre.
L’argent de la vente ? Il n’en sait rien. Les 10.000 euros ayant atterri sur son compte ? Pas plus. La vieille était dans un cabanon sans chauffage (vers la Plaine-des-Cafres) ? Allons donc, n’exagérons rien. Avec le poulailler adjacent ? Pas si adjacent que ça… Une garde-robe non renouvelée depuis des années ? Mais si, on lui donnait des vêtements pour sortir. Mais qui a manigancé le tout ? Pas de doute, "je travaillais toute la journée, c’est donc Paulette Boursillon !" Les ordres de virement et autres chèques à leur intention, tirés sur le compte de la vieille dame ? "C’est elle qui voulait nous remercier". Mais elle ne sait ni lire ni écrire ? Question restée sans réponse.
La disparition de la pension d’invalidité ? "Il y a les dépenses courantes, la nourriture…" La nourriture ? s’intéresse la présidente. "Ses yaourts, son petit déjeuner, les repas, une glace, elle mangeait beaucoup". Chacun sait qu’une vieille sans fortune se gave de caviar et de Dom Pérignon.
Quant aux bricoles, abonnements téléphoniques divers, Canal +, nouveaux comptes bancaires, l’argent de la vente de l’appartement dilapidé en trois mois… Réponses évasives. Pour toute excuse, le Saint-Vincent-de-Paul du 21è siècle s’apitoie sur lui-même : "On ne pouvait pas la laisser seule. On l’a recueillie et c’est nous qui sommes accusés aujourd’hui !" On en pleurerait.
Soulignons la performance de Me Videlo-Clerc, partie civile. Qu’est-ce qu’elle leur a mis ! Insistant sur la détresse de la victime, elle met en avant la faiblesse physique et morale, l’isolement familial, les avatars de la vie qui en font une victime de choix pour des prédateurs avertis, "les sauveurs qui débarquent !" Le prévenu ricane ouvertement.
Alors que la vieille dame est hospitalisée pour un cancer, la carte bancaire continue de fonctionner à flux tendu.
"Cette femme a tout perdu et devait quémander pour avoir du dentifrice !" Avant de souligner que les gendarmes, émus, sont allés très loin dans leurs investigations.
Après ce tir de barrage, le procureur Saunier aurait pu se dispenser de requérir. Ce serait mal le connaître. Enfonçant mille fois le clou, l’accusateur met en avant les éléments probants d’une captation de biens dans toute sa splendeur, main basse totale sur les biens et le patrimoine d’un être sans défense.
Ces tirs croisés n’ont pas démonté une seule seconde l’avocat de la défense, Me Guillaume Albon qui s’élève contre "ce lynchage public".
"Les accusés ont accueilli cette femme quand elle était totalement délaissée et n’avait rien pour vivre. Sans eux, elle aurait été retrouvée morte dans son studio, un beau jour. Elle a quand même vécu huit ans avec eux ! Les rapports médicaux n’ont trouvé aucune trace de maltraitance. Est-il difficile d’imaginer que cette dame leur ait laissé la disposition de ses biens en remerciement pour l’avoir prise en compte, l’avoir considérée comme un être humain ?"
Un argument de la défense a certainement pesé dans la décision du tribunal.
La pauvre dame vivait délaissée, abandonnée de sa famille. Le pot-aux-roses a été découvert quand les héritiers ont appris que le petit appartement avait été vendu. Ah ! là, ça devenait sérieux. L’argent était allé dans d’autres poches ? Halte-là, camarade !
Qui plus est… Quand cette brave dame est sortie de l’hosto (cancer), ses enfants ont accepté sans broncher qu’elle s’en aille finir ses jours dans une famille d’accueil. Plus de pognon à palper. On en chialerait.
Verdict : 10 mois avec sursis pour la Boursillon, 5 pour son clampin. Et quelques milliers d’euros de dédommagement. Pas cher payé car… qui protège nos vieux, alors ?
La victime n’intéresse toujours personne, sinon sa famille d’accueil où, selon toute apparence, elle est bien soignée, bien entourée. Elle est enfin aimée pour elle-même. Ses enfants s’en foutent royalement.
Alors, j’y ajouterai un commentaire qui n’engage que moi. Bien sûr la présidente, la partie civile, l’accusateur public ont eu raison de stigmatiser la rapacité de ces chercheurs de proies. Mais qui dira la responsabilité d’une famille qui a laissé dans la détresse totale une vieille femme sans défense ? Ils ne risquent rien, eux.
Sans excuser qui que ce soit… qui sont les monstres, en fin de compte ?
Réunion, ma Réunion, tu n’es plus mon île. On n’abandonne pas ses vieux. C’est grâce à eux que nous sommes là. Ils ont pété leurs tripes pour nous, N… de D… de m… !
Jules Bénard