[Communiqué] Jeunes Agriculteurs : « Ce que j’ai à vous dire sur notre agriculture péi »

Dans une lettre ouverte, les Jeunes Agriculteurs de La Réunion interpellent les Réunionnais sur les réalités du métier, les préjugés, le coût des produits locaux et les difficultés croissantes que traverse le secteur. Entre colère et espoir, cette lettre ouverte est un appel à la conscience collective pour défendre une agriculture locale en péril.
Lettre ouverte aux consommateurs réunionnais :
Oui, le prix des fruits et légumes péi est plus élevé aujourd’hui qu’hier.
Oui, nos produits sont parfois plus chers que ceux venus d’ailleurs.
Oui, certains agriculteurs seront indemnisés pour leurs pertes après le cyclone Garance.
Oui, des assurances existent, et ceux qui ont eu les moyens de s’en offrir verront une partie de leurs réparations prises en charge.
Oui, vous voyez des pick-up sur nos routes.
Oui, des tracteurs roulent sur la 4 voies pendant la campagne canne.
Mais…
Mais l’agriculture péi, ce n’est pas un caprice ni un passe-temps. C’est un métier. C’est une vie. C’est le quotidien de femmes et d’hommes qui se lèvent chaque matin pour nourrir cette île.
C’est une agriculture qui tente de payer ses salariés, ses charges, ses factures au prix de la vie à la Réunion.
C’est une agriculture qui refuse de produire des légumes calibrés mais sans goût, des fruits brillants mais vides de sens.
C’est une agriculture de petites exploitations, sur des terrains escarpés, difficilement mécanisables, où chaque kilo produit est un combat.
C’est une agriculture qui ne se fait pas avec de la main-d’œuvre sous-payée à l’autre bout du monde.
C’est une agriculture qui subit, année après année, des sécheresses, des cyclones, des pertes, des retards d’indemnisation, des découragements. Et malgré tout ça, elle continue.
Quand un cyclone passe, certains perdent leur maison. Nous, lorsque ça arrive, on perd notre maison ET notre emploi. Et contrairement à d’autres, nous n’avons ni salaire garanti, ni aide immédiate pour relancer notre activité. Les indemnisations ? Parfois un an d’attente pour quelques centaines d’euros. Certains sont propriétaires, d’autres locataires, les charges s’accumulent et doivent être payées, les délais ne sont pas extensibles indéfiniment.
Essayez de faire vivre une famille avec ça.
Vous voyez un pick-up ? Nous voyons un outil de travail. Le seul capable d’atteindre certains champs.
Vous trouvez nos produits chers ? Nous voyons des personnes pleurer pour une salade à 2€ puis acheter des produits transformés, sucrés, importés, sans cligner des yeux avant de repartir du supermarché en voiture tunée.
Vous critiquez les remorques sur la 4 voies ? Nous y voyons une filière canne qui fait vivre des milliers de Réunionnais, les éleveurs voient un moyen de nourrir les bêtes, et d’épandre leurs effluents d’élevage afin de fertiliser les champs, les entreprises voient une source d’énergie.
Si l’agriculture péi meurt, ce ne sont pas que des produits qui disparaîtront. Ce sont des champs remplacés par des immeubles. Ce sont des paysages défigurés. Ce sont des familles effacées. Ce sont des libertés perdues.
Vous comptez sur les importations ? Sans agriculture locale pour équilibrer les prix, qui se fera de l’argent sur votre dos ? Les lobbys, les pays étrangers, l’État.
Aujourd’hui, nous pleurons avec vous. Car oui, le prix est devenu difficile à supporter. Mais posez-vous les bonnes questions :
Souhaitez-vous encore d’une agriculture réunionnaise ?
Souhaitez-vous encore de nos produits, de notre savoir-faire, de notre terre nourricière ?
Souhaitez-vous encore que nos enfants puissent grandir ici, sur leur île, en continuant à la faire vivre ?
L’agriculture péi vous parle. Écoutez-la tant qu’elle existe encore.
Pour que l’agriculture péi ait un avenir.


