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[Communiqué] Il y a 196 ans, les premiers engagés indiens arrivaient au Barachois

La Fédération Tamoule de La Réunion célèbre aujourd'hui le 196e anniversaire du débarquement des premiers travailleurs engagés indiens provenant de l'Andhra Pradesh. L'occasion de réfléchir à la place de l'histoire de La Réunion et de ses communautés qui ont participé à la construction de la culture réunionnaise.
Ecrit par N.P. – le lundi 3 juin 2024 à 07H33

Monsieur le Consul Général de l’Inde, M. Bhupendra Singh
Monsieur le vice-président du Conseil Départemental, M. Gilles Hubert
Madame la Maire de Saint-Denis, Mme Ericka Bareigts
Mesdames et messieurs les élus en vos grades et qualités.
Chers collègues présidentes et présidents d’associations
Mesdames et Messieurs,

Elloroukkoum Vanakkam, bonjour à toutes et à tous.

Comme vous vous en doutez, ce dimanche 2 juin 2024 nous permet de commémorer sereinement le 196e anniversaire de l’arrivée le 3 juin 1828. Car demain, lundi, jour ouvrable, l’organisation aurait été plus délicate et moins mobilisatrice.

Je vous remercie pour votre présence.

En cette rade du Barachois, comme vous l’a précisé Jean Pierre, le bateau de la Turquoise avec à son bord 15 primo travailleurs engagés indiens ont été débarqués, venus du bassin dravidien, et plus particulièrement de l’Andhra Pradesh que l’on nomme donc les Télingas. Près de 2 siècles plus tard, nous imaginons le débarquement de nos ancêtres indiens dans la baie du Barachois !

Jusqu’ici, nous avions coutume depuis 2003 de commémorer la fin du traité liant la monarchie britannique à la monarchie française en termes d’engagisme indien à savoir le 11 novembre 1882.

Cette date qui nous réunit en ce dimanche ensoleillé m’interroge sur ce qu’est l’Histoire, si ce n’était qu’une simple accumulation de dates au fil des petites histoires vécues ou subies par des femmes et des hommes dont certains sont passés à la postérité mais aussi lourdes de sens pour tant d’autres restés malheureusement dans l’anonymat le plus total. Notre système éducatif étant trop autocentré sur l’Europe et l’Occident, nous n’avons pas eu le privilège de nous imprégner des autres pages de notre jeune histoire réunionnaise. Par contre, nous sommes incollables sur les différentes monarchies occidentales, les guerres mondiales, les conflits, etc. Cela laisse à réfléchir, n’est-ce pas ?

Il n’y a pas, à mes yeux, de grande Histoire ou de petite Histoire, il y a l’HISTOIRE avec un grand H ! Et même si cela peut paraître anodin, nous continuons à l’écrire toutes et tous ce dimanche en résonance au 3 juin 1828, soit il y a 196 années de cela. Cette date nous fait voyager au plus loin de notre imaginaire, aux rêves de nos ancêtres, à leurs dures conditions de vie, à leur périlleux voyage voguant dans les cales des bateaux sur l’océan Indien. Ce premier convoi officiel d’engagés indiens fut donc le début d’un processus qui a duré 54 années ayant transporté près de 120 000 Indiennes et Indiens à quitter leur pays pour tenter une aventure qui leur semblait peut-être belle mais qui, malheureusement, s’est avérée n’être qu’une forme d’esclavage déguisé.

Je me tiens devant vous, avec beaucoup d’émotion, en ma qualité de descendant d’engagé indien dont les ancêtres ont, eux aussi, quitté l’Inde pour un horizon incertain. Qu’avaient-ils en tête au moment de s’engager et de quitter leur pays d’origine vers une destination inconnue ? Quels étaient leurs rêves mais aussi leurs craintes au moment d’embarquer sur les navires qui les conduiraient si loin de chez eux ? Qu’ont-ils ressenti en débarquant sur nos côtes et qu’ont-ils pu éprouver lorsque la réalité s’est finalement avérée bien différente de celle qui leur avait été avancée au départ ? Tant d’interrogations qui font voyager notre imaginaire.

Se souvenir par devoir de mémoire, par respect, pour transmettre, pour ne plus reproduire mais surtout construire notre jeune histoire sans aigreur, ni honte mais avec la fierté d’être aujourd’hui ce que nous sommes grâce à leur souffrance. Sur notre long chemin du savoir, il nous faudra chaque année, grâce aux femmes et hommes qui font le choix de garder vivante cette page de notre mémoire collective dans leur cœur, partager ces émotions, cette mémoire auprès des jeunes générations.

Au nom de la Fédération Tamoule, je tiens à saluer le travail de recherches mené par nos chercheurs, nos historiennes et historiens réunionnais qui nous permet d’apprendre, de définir des marqueurs historiques, d’écrire chaque jour les pans entiers de l’histoire réunionnaise. Jeune Histoire certes, mais ô combien riche et imprégnée des vents de l’Indo-Océan, histoire trop longtemps restée informelle, trop peu enseignée dans le milieu scolaire et souvent méconnue du grand public.

Forts de notre volonté de préserver, de transmettre, de partager ; la Fédération Tamoule de La Réunion a mis en place la journée à la Mémoire des engagés le 11 novembre 2003 soit plus de 20 ans de cela. Grâce à l’indéfectible volonté du tissu associatif, au sein du CAIR, du Conseil des Associations Indiennes, sous l’égide du Consulat Général de l’Inde, nous avons fortement contribué en 2015 à l’installation de ce mémorial. Celui-ci fut inauguré en présence du ministre indien M. Sharma de passage sur notre île.

Je tiens à saluer l’engagement des dirigeants associatifs, celles et ceux qui ont permis l’installation de ce monument marqueur intemporel de la présence indienne sur notre île au cœur de la capitale. Nous vous invitons toutes et tous à baliser la route de l’Engagisme par le biais notamment de ces deux marqueurs historiques, 3 juin 1828 – 11 novembre 1882. Cet incontournable lieu patrimonial sera, j’en suis sûr, au fil des années, partagé par le plus grand nombre de nos compatriotes mais également par nos visiteurs étrangers.

Assumons notre passé, assumons nos apports quels qu’ils soient, assumons notre jeune Histoire réunionnaise, et soyons-en fiers !

Jaï Bharat, Jaï Larényon !
Nandri, merci.

Jean Luc Amaravady

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