Bonne année 2013, laïque et républicaine

Que sera une année qui débute dans le fracas des bombes au Mali et le renforcement du plan Vigipirate dans notre pays ? Le pire, en effet, est à craindre. Il ne s'agit pas, ici, de discuter du bien-fondé de l'intervention militaire française. Ni de relancer une énième fois le débat sur le droit ou le devoir d'ingérence. Nous voulons juste rappeler quelques faits qui appartiennent au domaine du bon sens.
Le retour du religieux qu'un certain nombre d'observateurs avertis ont relevé ne nous apparaît pas comme une menace, à condition de ne pas perdre de vue quelques principes essentiels.
Toute croyance religieuse est respectable (et toute incroyance l’est aussi) dans la mesure où elle propose à ses fidèles un cheminement leur permettant de s'améliorer, individuellement et collectivement, d'être à l'écoute de l'autre, de sa souffrance ou de son malheur, et de lui apporter, dans la mesure des moyens dont on dispose, solidarité et fraternité. Croire, c'est avant tout une démarche spirituelle individuelle. On ne peut donc, au nom de la foi qui est nôtre, imposer à son voisin, par la violence physique ou la terreur psychologique, des principes auxquels il ne souscrit pas.
Une fois ce principe posé et accepté, tout croyant a la possibilité d’exercer le culte de son choix, dans des condition décentes et en toute liberté. Pour cela, nous avons la chance dans notre République - et c'est pour cette raison que le retour du religieux, si retour il y a, ne nous inquiète pas - de disposer d'un outil au service du vivre ensemble : la loi de 1905 dite « de séparation des églises et de l'État ».
Il est bon, en ces temps de confusionnisme, d'en rappeler les deux articles clés :
« La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes. » (article 1)
« La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. » (article 2)
En trois phrases, tout est dit : la République n'a pas de religion, mais chaque citoyen dispose d'une totale liberté de conscience. Et il n'est nul besoin d'ajouter un qualificatif quelconque au terme de laïcité, subterfuge qui ne trompe personne et qui ne vise qu'à vider la loi de sa substance.
Mais revenons un instant aux événements du Mali. Les groupes extrémistes qui s'étaient emparés d'une bonne partie du territoire, au nord de ce pays se sont tout de suite distingués par la violence, la cruauté dont ils ont fait preuve à l'égard de la population, par l'obscurantisme qui les a notamment conduit à détruire nombre de monuments historiques près de Tombouctou. Ce qui n'est pas sans rappeler la destruction par les talibans afghans des Bouddhas de Bâmiyân classés au patrimoine mondial de l'Unesco. Qui, croyant ou non, peut accepter une telle barbarie ? Toute démarche spirituelle, qu'elle relève d'une religion ou d'une tradition philosophique, a pour but d'élever l'homme, non de développer en lui ses plus bas instincts. Alors que les cavaliers mongols de Genghis Khan avaient laissé intacts les trois Bouddhas, les talibans ont transformé le site en champ de ruines. Tombouctou, la ville où entre le XVe et le XVIe siècles des milliers d'étudiants affluaient, parce que la ville était un foyer intellectuel intense, risque d'être transformée en capitale de l'obscurantisme. Un hadith (tradition orale de l’Islam) affirme : « Cherchez le savoir même jusqu’en Chine, car la recherche du savoir est une obligation pour tout musulman ». Qui sont alors ces hommes qui, aujourd'hui au Mali, demain au Nigéria, sèment la mort et la désolation ? Sûrement pas des croyants !
Nous avons la chance, à La Réunion, que les religions cohabitent pacifiquement. Mais une double remarque s'impose : primo, cet équilibre est fragile et peut à tout moment être remis en cause. Une vigilance de tous les instants s'impose donc pour préserver notre société.
Seconde remarque : si la société réunionnaise accepte en son sein tous ceux qui croient au ciel, quid de ceux qui n'y croient pas ? Parce que à ResPublica 974, nous croyons en la République une et indivisible, tous les citoyens sont égaux. La foi de l’un n'est pas supérieure à la foi ou à l’absence de foi de l'autre.
C'est en ayant à l'esprit ces quelques principes de bon sens et de républicanisme que nous ferons en sorte, tous ensemble, que l'année 2013 se déroule dans la liberté, l'égalité et la fraternité, mais aussi la solidarité et la laïcité.
Heureuse année à toutes et à tous.


